L'acupuncteur non-médecin exerce une profession dont le titre n'est pas réglementé en France : contrairement au médecin qui pratique l'acupuncture dans le cadre de sa spécialité médicale, l'acupuncteur formé en médecine traditionnelle chinoise (MTC) ne relève d'aucun ordre professionnel et n'est pas soumis à la loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990. Il peut donc exercer en SASU classique, en plus des statuts habituels BNC. Cette liberté structurelle s'accompagne cependant d'une règle fiscale souvent mal connue : la TVA à 20 % s'applique sur toutes les séances, sans aucune exonération médicale.
Statut juridique : BNC ou SASU ?
L'acupuncteur non-médecin relève des bénéfices non commerciaux (BNC) au titre de l'article 92 du CGI, qu'il exerce en entreprise individuelle ou en société. Deux grandes options s'offrent à lui pour démarrer :
- Micro-BNC : abattement forfaitaire de 34 % sur le chiffre d'affaires, sans déclaration de charges réelles. Accessible jusqu'à 83 600 € de CA. Idéal en phase de lancement si les charges réelles restent inférieures à 34 % du CA.
- EI au réel (déclaration contrôlée 2035) : déduction des charges effectives (aiguilles, location de cabinet, formations, CIPAV complémentaire Madelin, IK…). Gagnant dès que les frais dépassent 34 % du CA.
- SASU IS : société par actions simplifiée unipersonnelle à l'impôt sur les sociétés. Accessible à l'acupuncteur non-médecin car la loi 90-1258 ne s'applique pas aux professions non réglementées. Le président est assimilé salarié, cotise au régime général CPAM et à l'AGIRC-ARRCO. Pertinent au-delà de 85-90 k€ de CA ou dans le cadre d'une stratégie ARE.
À noter : la SASU classique est accessible précisément parce que le titre d'acupuncteur n'est pas protégé et que la profession n'est pas réglementée par un ordre. Un médecin acupuncteur, lui, est soumis à la loi 90-1258 et doit exercer en SELARL ou SELASU.
Cotisations CIPAV 2026
L'acupuncteur non-médecin relève de la CIPAV (Caisse Interprofessionnelle de Prévoyance et d'Assurance Vieillesse) pour sa retraite complémentaire, comme les sophrologues, naturopathes, hypnothérapeutes et autres praticiens de médecines alternatives non réglementées.
Le régime de retraite de base reste la SSI (Sécurité sociale des indépendants), avec un taux de 17,75 % jusqu'à 1 PASS (47 100 € en 2026). Les cotisations CIPAV comprennent trois volets :
- Retraite complémentaire : forfaitaire par classes A à F selon les revenus de l'année N-2, de ~1 377 €/an (classe A, revenus < 26 580 €) à ~8 262 €/an (classe F, revenus > 119 040 €).
- Invalidité-décès : ~241 €/an (classe 1) à ~600 €/an (classe 3) selon les revenus N-2.
- CSG/CRDS : 9,2 % sur le bénéfice imposable (dont 6,8 % déductibles du résultat fiscal).
Attention au choc CIPAV N+2 : lors des deux premières années d'installation, vous cotisez sur des bases provisionnelles minimales (classe A). À partir de la troisième année, la CIPAV régularise en fonction de vos revenus réels. Un acupuncteur qui réalise 50 000 € de bénéfice dès la première année peut recevoir un appel de régularisation de 3 000 à 5 000 € en N+2. Provisionnez 35 à 40 % de vos revenus dès le premier jour.
TVA 20 % sur toutes les séances
C'est le point le plus piégeux pour les acupuncteurs non-médecins : contrairement au médecin qui pratique l'acupuncture (exonéré en vertu de l'article 261-4-1° du CGI), les séances d'acupuncture pratiquées par un non-médecin sont soumises à la TVA à 20 %.
L'exonération de TVA prévue à l'article 261-4-1° du CGI s'applique aux soins dispensés par des médecins, chirurgiens, sages-femmes et autres professionnels de santé réglementés. Le titre d'acupuncteur n'étant pas protégé et la profession n'étant pas réglementée, aucune exonération n'est possible. La Direction générale des finances publiques est formelle sur ce point : même si les séances visent un objectif thérapeutique, seul l'exercice par un professionnel de santé diplômé d'État ouvre droit à l'exonération.
En pratique, cela signifie :
- Franchise en base TVA : tant que votre CA HT reste sous 37 500 € (seuil 2026), vous bénéficiez de la franchise et ne facturez pas de TVA. Dès le franchissement du seuil majoré de 41 250 €, vous êtes redevable de la TVA à 20 % dès le premier jour du mois de dépassement.
- Au-delà de 37 500 € HT : vous collectez 20 % de TVA sur chaque séance et la reversez à l'administration. En contrepartie, vous récupérez la TVA sur vos achats professionnels (aiguilles, table de massage, formations, loyer de cabinet si option TVA du bailleur…).
- Impact tarifaire : une séance à 70 € TTC ne vous rapporte que 58,33 € HT une fois la TVA déduite. Pour maintenir un revenu équivalent, il faut soit augmenter ses tarifs, soit accepter une baisse de marge effective de 16,7 %.
Ce point distingue l'acupuncteur non-médecin des ostéopathes DE, des psychothérapeutes reconnus et des médecins, qui bénéficient tous de l'exonération TVA sur leurs actes thérapeutiques.
Honoraires 2026
Les tarifs pratiqués par les acupuncteurs libéraux varient selon la localisation, la spécialisation (MTC pure, acupuncture énergétique, auriculothérapie…) et le positionnement :
- Séance individuelle adulte : 60 à 90 € TTC
- Bilan initial et anamnèse : 80 à 130 € TTC
- Forfait 5 séances : 280 à 420 € TTC
- Forfait 10 séances : 520 à 800 € TTC
- Intervention en entreprise (stress, burn-out, bien-être au travail) : 400 à 900 € HT/jour
- Consultation à domicile (majoration déplacement) : 80 à 120 € TTC
La clientèle est essentiellement privée : aucun remboursement Sécurité sociale pour les acupuncteurs non-médecins. Certaines mutuelles prennent en charge une partie des séances dans leurs contrats médecines douces. Un bon positionnement sur les remboursements mutuelles (avec devis et factures conformes) peut constituer un argument commercial.
Frais déductibles spécifiques
En régime réel (EI déclaration contrôlée ou SASU IS), les charges suivantes sont déductibles à 100 % :
- Aiguilles d'acupuncture (consommables, comptes 601/602) : 200 à 600 €/an selon le volume de patients.
- Table de massage et de soins : 300 à 800 €, amortissement sur 5 à 7 ans.
- Moxas, ventouses, électrostimulateurs (consommables et matériel) : 100 à 400 €/an.
- Formations en médecine traditionnelle chinoise : 500 à 3 000 €/an (formations IMAAP, IMTC, EAA, instituts privés de MTC).
- Logiciels de prise de rendez-vous (Doctolib ~2 400 €/an, Calendly, RDV-médicaux) : 100 % déductibles.
- RC Pro : 200 à 500 €/an pour une couverture spécifique aux actes d'acupuncture.
- Indemnités kilométriques : barème 2026 à 0,529 €/km pour un 5 CV thermique (+20 % pour les véhicules électriques). Registre kilométrique daté obligatoire.
- Loyer ou quote-part de cabinet partagé : loyer d'un cabinet ou part de SCM (structure commune).
- CIPAV complémentaire (volet Madelin) : déductible uniquement en régime réel BNC au titre de l'article 154 bis du CGI. Non déductible en micro-BNC.
Seuil micro-BNC gagnant : la micro-BNC (abattement 34 %) reste avantageuse tant que vos charges réelles représentent moins de 34 % du CA. Avec les consommables, la formation continue et la RC Pro, beaucoup d'acupuncteurs restent sous ce seuil, surtout en début d'activité sans location de cabinet fixe.
Comparatif des statuts à 45 000 € et 65 000 € de CA
Pour un acupuncteur avec peu de charges fixes (pas de cabinet en propre, quelques consommables et une RC Pro) :
- À 45 000 € de CA : micro-BNC ~29 550 € net/an vs EI réel ~27 000 € net/an si charges réelles < 34 % du CA. La micro gagne de ~2 500 €/an.
- À 65 000 € de CA : micro-BNC ~43 680 € net/an vs EI réel ~41 000 € net/an si charges réelles < 34 % du CA. La micro reste gagnante.
- Si les charges dépassent 34 % du CA (cabinet loué, formations intensives, déplacements importants) : l'EI au réel devient plus avantageuse. Simulez avec vos charges réelles.
- Au-delà de 83 600 € de CA : la micro n'est plus accessible. La SASU IS prend le relais avec l'IS à 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice.
Zones rurales : ZRR et France Ruralités Revitalisation
L'acupuncteur qui s'installe dans une commune éligible au dispositif France Ruralités Revitalisation (FRR, ex-ZRR) bénéficie d'une exonération d'impôt sur le revenu à 100 % pendant 5 ans, puis dégressive sur 3 ans (article 44 quindecies A du CGI). Les communes éligibles sont généralement celles de moins de 25 000 habitants situées dans des zones à faible densité. À vérifier sur le site officiel zonages.entreprises.gouv.fr avant toute installation.
Pour un acupuncteur réalisant 45 000 € de CA en zone FRR, cette exonération représente une économie d'IR de 3 000 à 6 000 €/an selon la situation familiale, sans aucune démarche particulière au-delà de l'installation dans la zone.
Stratégie ARE + SASU sans salaire
Un acupuncteur qui quitte un CDI pour se lancer peut combiner les allocations chômage (ARE) et les dividendes d'une SASU sans salaire. France Travail ne prend pas en compte les dividendes dans le calcul de l'écrêtement, ce qui permet de cumuler intégralement les deux sources de revenus pendant la période d'indemnisation.
Cas chiffré Thomas, acupuncteur, 34 ans :
- Ancien salaire brut : 32 000 €/an (CDI)
- Rupture conventionnelle obtenue
- CA prévisionnel en acupuncture : 55 000 € HT/an
- Structure : SASU IS, sans salaire la première année
Résultat sur 18 mois :
- ARE perçue : ~23 400 € (sur 18 mois à ~1 300 €/mois)
- Dividendes SASU (bénéfice après IS 15 %) : ~26 068 € nets (PFU 31,4 %)
- Total 18 mois : ~49 468 € nets vs ~27 000 € nets en EI réel sans ARE
- Différentiel : +22 468 € grâce à la stratégie ARE + SASU
Attention : cette stratégie implique de ne verser aucun salaire pendant la période d'indemnisation. Les droits à la retraite AGIRC-ARRCO ne sont pas constitués sur cette période. À peser selon votre situation personnelle.
Retraite et prévoyance Madelin
En régime réel BNC (EI ou EURL IR), l'acupuncteur peut déduire ses cotisations CIPAV complémentaire via le dispositif Madelin (article 154 bis du CGI). Le plafond de déduction est :
- 10 % du bénéfice imposable (dans la limite de 8 PASS)
- 15 % sur la fraction de bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS
Un PER individuel (Plan d'Épargne Retraite) peut compléter la retraite obligatoire SSI + CIPAV, avec le même plafond de déduction. Pour un acupuncteur au réel avec 40 000 € de bénéfice, la déduction PER peut atteindre 4 000 à 6 000 €/an, soit une économie d'IR de 1 200 à 2 460 € selon la TMI.
La prévoyance Madelin (invalidité, décès) est également déductible au réel, dans la limite de 3,75 % du bénéfice + 7 % du PASS.
Les 6 pièges à éviter en 2026
- TVA 20 % sur toutes les séances sans exception : c'est le piège numéro un. Contrairement au psychothérapeute reconnu ou au médecin, l'acupuncteur non-médecin ne bénéficie d'aucune exonération TVA au titre de l'article 261-4-1° du CGI. Dès 37 500 € HT de CA, vous devez vous immatriculer à la TVA et la collecter à 20 % sur chaque séance.
- Choc CIPAV complémentaire en N+2 : les deux premières années, vous cotisez au minimum (classe A). La régularisation en N+2 peut représenter 3 000 à 6 000 € d'appel de cotisations supplémentaires. Provisionnez systématiquement 35 à 40 % de vos recettes.
- CIPAV complémentaire non déductible en micro-BNC : en micro, l'abattement forfaitaire de 34 % est censé couvrir toutes vos charges, y compris les cotisations CIPAV complémentaire. Vous ne pouvez pas les déduire séparément. Ce levier Madelin n'est disponible qu'en régime réel.
- Double seuil TVA 37 500 € et micro 83 600 € : ce sont deux seuils distincts. Vous pouvez être en micro-BNC (sous 83 600 €) et avoir dépassé le seuil TVA (37 500 €). Dans ce cas, vous devez collecter la TVA tout en restant en micro pour l'IR. La confusion entre les deux seuils est fréquente et peut entraîner un redressement TVA.
- IK sans registre kilométrique daté : si vous vous déplacez chez vos patients ou entre plusieurs cabinets, les indemnités kilométriques sont déductibles — mais uniquement avec un registre kilométrique précis mentionnant la date, le motif du déplacement et les kilomètres parcourus. Sans ce justificatif, l'URSSAF peut rejeter la déduction en contrôle.
- Taxe sur les salaires SASU : si votre CA est exonéré de TVA à plus de 90 % (ce qui n'est pas le cas des acupuncteurs non-médecins qui ont une TVA à 20 %, mais peut arriver si vous proposez des formations Qualiopi en parallèle), votre SASU sera assujettie à la taxe sur les salaires sur la rémunération que vous vous versez. La stratégie sans salaire pendant la période ARE permet d'éviter ce risque.
Comment choisir votre statut en 2026
Voici un guide de décision simplifié selon votre profil :
- CA < 37 500 € HT : micro-BNC, pas de TVA, cotisations URSSAF simplifiées. Idéal pour démarrer ou pour une activité complémentaire.
- CA entre 37 500 € et 60 000 € HT : micro-BNC avec immatriculation TVA (si charges réelles < 34 % du CA) ou EI au réel (si charges réelles > 34 %).
- CA entre 60 000 € et 83 600 € HT : arbitrage entre micro-BNC et EI réel selon vos charges. La SASU devient pertinente si vous avez un CDI à quitter et une stratégie ARE.
- CA > 83 600 € HT : micro plus accessible. EI réel ou SASU IS selon votre situation personnelle et familiale.
- Stratégie ARE + SASU : si vous quittez un CDI avec une rupture conventionnelle ou une démission légitime, la SASU IS sans salaire permet de cumuler l'ARE et les dividendes pendant 18 à 24 mois, avec un gain net souvent supérieur à 20 000 € par rapport à une installation directe en EI.
En résumé
L'acupuncteur libéral non-médecin dispose d'une flexibilité statutaire que beaucoup de professions de santé n'ont pas : la SASU classique lui est accessible. En contrepartie, il doit intégrer deux réalités fiscales majeures — la TVA à 20 % sur toutes ses séances et le choc des cotisations CIPAV en N+2 — qui peuvent sérieusement amputer ses revenus s'il ne les anticipe pas. Avec une bonne structuration (micro-BNC en démarrage, puis SASU IS avec stratégie ARE si CA croissant et CDI à quitter), il est possible d'optimiser significativement son revenu net sur les premières années d'installation.
Utilisez le simulateur pour comparer votre net annuel selon votre CA et votre statut, en tenant compte de votre situation personnelle.