Vous êtes cardiologue, vous envisagez de quitter le salariat hospitalier pour vous installer en libéral, ou vous cherchez à optimiser votre cabinet existant ? La cardiologie est l'une des spécialités médicales les plus denses en équipement (échographe, Holter, MAPA, épreuve d'effort), ce qui change profondément l'arbitrage fiscal : amortissements lourds, TVA généralement non récupérable, et choix structurel SELARL/SELASU vs BNC qui n'a pas le même point de bascule que pour un généraliste.
Ce guide fait le point sur les règles 2026 pour les ~6 000 cardiologues libéraux français : régime BNC quasi-systématique, cotisations CARMF détaillées, secteurs 1/2/3 OPTAM (la majorité des cardiologues sont en secteur 2), choix SELARL/SELASU (la SASU classique vous est interdite par la loi n° 90-1258) et leviers d'optimisation.
Profil du cardiologue libéral en 2026
Selon les chiffres CNOM 2025, on compte environ 6 100 cardiologues en exercice libéral exclusif en France, sur ~7 500 cardiologues libéraux ou mixtes au total. Les revenus médians BNC se situent entre 130 et 220 k€ de recettes annuelles, avec une grande dispersion selon la part d'actes techniques :
- Consultations pures (sans plateau technique) — recettes 100-150 k€/an, marge nette ~60-65 % en BNC.
- Cabinet équipé (écho cardiaque + Holter + MAPA) — recettes 150-280 k€/an, marge nette ~50-55 % (amortissements lourds).
- Cardiologie interventionnelle (cathétérisme, rythmologie)— recettes 250-500 k€/an en cabinet de groupe, le plus souvent en SELARL/SELASU.
Côté secteur conventionnel, environ 55 % des cardiologues libéraux exercent en secteur 2 (honoraires libres avec ou sans OPTAM), 40 % en secteur 1, et le solde en secteur 3 (non conventionné) ou en activité mixte hôpital + libéral.
Pourquoi le BNC est quasi-systématique (loi 90-1258)
Comme pour les autres médecins, les actes de cardiologie conventionnés (consultations, actes CCAM techniques) relèvent fiscalement des Bénéfices Non Commerciaux (BNC). La loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 vous interdit d'exercer votre activité médicale via une SASU ou EURL classique : seule la Société d'Exercice Libéral (SEL) est autorisée pour exercer en société.
En pratique, vous avez quatre options :
- EI BNC réel (déclaration contrôlée 2035) — la forme la plus simple, recommandée jusqu'à 130-150 k€ de recettes ou si vous démarrez sans plateau technique lourd.
- SELARL — SEL de forme SARL, gérant TNS, soumise à l'IS, avec la règle des 10 % du capital pour les dividendes.
- SELASU — SEL de forme SASU, président assimilé salarié, soumise à l'IS, dividendes en flat tax PFU 31,4 % sans règle des 10 %.
- SELAS / SCP — formes pluripersonnelles pour les cabinets de groupe (très fréquents en cardiologie interventionnelle).
Le micro-BNC (abattement forfaitaire 34 %) est théoriquement disponible jusqu'à 77 700 € de recettes, mais quasi-jamais pertinent en cardiologie : dès que vous avez un échographe en cabinet, vos frais réels dépassent largement 34 % et le réel BNC devient gagnant.
Cotisations CARMF 2026 du cardiologue libéral
La CARMF (Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France) couvre la retraite et la prévoyance de tous les médecins libéraux, cardiologues inclus. Les taux 2026 sont identiques entre généralistes et spécialistes — la différence se fait sur l'assiette (vos revenus BNC N-2). Voici les quatre cotisations à provisionner :
1. Retraite de base (RB)
Taux 8,23 % sur la tranche de revenus jusqu'à 1 PASS (~47 100 € en 2026), puis 1,87 % sur la tranche entre 1 et 5 PASS. Pour un cardiologue à 180 k€ de revenu BNC, la cotisation RB se situe autour de 6 500 €/an.
2. Retraite complémentaire (RC) — classes A à G
Cotisation forfaitaire selon une classe choisie en début de carrière. La classe C (intermédiaire) coûte environ 4 800 €/an en 2026, la classe G (la plus protectrice) ~9 200 €/an. Beaucoup de cardiologues en cabinet équipé choisissent les classes E ou F (~6 500-7 800 €/an) pour viser un revenu de remplacement retraite de 50-55 % du revenu d'activité.
3. ASV (Avantage Social Vieillesse)
Spécifique aux médecins conventionnés secteur 1 ou secteur 2 avec OPTAM. Composée d'une part forfaitaire (~5 400 €/an, dont 2/3 pris en charge par l'Assurance Maladie) et d'une part proportionnelle aux revenus conventionnés. En secteur 2 hors OPTAM, vous payez l'intégralité, soit ~5 400-6 200 €/an.
4. Invalidité-décès
Cotisation forfaitaire d'environ 780 €/an en 2026 (toutes spécialités). Couvre une rente invalidité et un capital décès modeste — la plupart des cardiologues complètent par une prévoyance Madelin individuelle.
À retenir : pour un cardiologue secteur 2 OPTAM à 180 k€ de revenu BNC, le total CARMF (RB + RC classe D + ASV + ID) avoisine 16 500-18 500 €/an. Hors CARMF, ajoutez l'URSSAF maladie (Régime Praticien Auxiliaire Médical Conventionné, ~0,1 % en secteur 1, ~9,75 % en secteur 2 hors OPTAM sur les dépassements) + CSG/CRDS 9,7 % + allocations familiales 0-3,1 % selon revenus.
Secteurs 1, 2 et OPTAM : quel impact fiscal ?
Le secteur conventionnel détermine non seulement vos honoraires plafonnés ou libres, mais aussi votre régime d'URSSAF maladie et votre éligibilité à la prise en charge ASV par la CNAM.
Secteur 1 — tarifs opposables
Vous facturez aux tarifs conventionnels (consultation cardio CSC à 25 €, écho-doppler cardiaque DEQP003 à 96,49 €). Avantages : cotisations sociales prises en charge par l'Assurance Maladie (URSSAF maladie 0,1 %, ASV 2/3 pris en charge). Inconvénient : recettes plafonnées.
Secteur 2 — honoraires libres
Vous fixez librement vos honoraires (consultation 60-120 €, écho cardiaque 150-250 €). Inconvénient majeur : URSSAF maladie ~9,75 % sur tous les revenus conventionnés (vs 0,1 % en secteur 1), ASV à votre charge à 100 %, et vos patients sont moins bien remboursés.
OPTAM (Option Pratique Tarifaire Maîtrisée)
Compromis : vous restez en secteur 2 mais vous engagez à limiter vos dépassements (~30 % en moyenne) en échange d'une prise en charge partielle des cotisations sociales par la CNAM (URSSAF maladie réduite, ASV pris en charge à 2/3). En 2026, ~62 % des cardiologues secteur 2 ont signé l'OPTAM.
Le calcul fiscal change donc selon votre secteur : un cardiologue secteur 1 à 150 k€ BNC paie ~28 000 € de cotisations sociales totales ; un cardiologue secteur 2 hors OPTAM à 150 k€ BNC en paie ~42 000 € (environ 9 % de net en moins).
Frais déductibles spécifiques au cardiologue
L'équipement explique la majeure partie de l'écart fiscal entre cardiologue et généraliste. Voici les principaux postes à amortir ou déduire :
- Échographe cardiaque haut de gamme — 50 000 à 150 000 € HT, amortissement sur 5-7 ans (linéaire ou dégressif).
- Holter ECG / Holter tensionnel MAPA — 5 000 à 12 000 € HT pièce, amortissement 3-5 ans.
- Tapis d'effort + ergocycle + analyseur VO2 — 15 000 à 40 000 € HT, amortissement 5-7 ans.
- ECG 12 dérivations — 2 000 à 5 000 € HT, amortissement 3-5 ans.
- Logiciel cabinet (Doctolib, Maiia, Weda, Axisanté)— 2 400 à 4 800 €/an.
- RC Pro cardiologie — 1 800 à 4 500 €/an (plus élevée que généraliste, surtout en interventionnel).
- Cotisation CNOM — ~360 €/an + cotisation syndicale (SNSMCV ~200-400 €/an).
- FMC / DPC obligatoire — congrès SFC, JESFC, ESC, EHRA (2 000 à 8 000 €/an).
- Local cabinet — loyer professionnel ou amortissement si propriétaire via SCI.
- Prévoyance Madelin — déductible BNC réel uniquement (plafond ~3,75 % du PASS + 7 % de la fraction de revenu entre 1 et 8 PASS).
Astuce TVA : les actes médicaux thérapeutiques sont exonérés de TVA (art. 261-4-1° CGI), ce qui implique que vous ne pouvez pas récupérer la TVA sur vos achats d'équipement. L'échographe coûte donc 60 000 € HT + 20 % de TVA = 72 000 € TTC à amortir.
SELARL vs SELASU : quel arbitrage pour un cardiologue ?
Le passage en SEL devient pertinent au-delà de ~150-180 k€ de revenu BNC, ou si vous voulez :
- Lisser votre revenu (rémunération + dividendes différés).
- Bénéficier de l'IS à taux réduit (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà) au lieu du barème IR jusqu'à 45 %.
- Préparer la cession de votre clientèle (les SEL bénéficient des dispositifs d'exonération art. 238 quindecies CGI).
- Mutualiser un cabinet de groupe (SELARL ou SELAS pluripersonnelle).
SELARL — gérant TNS et règle des 10 % du capital
Le gérant majoritaire est TNS (cotisations CARMF), ce qui maintient votre couverture retraite. Mais la fameuse règle des 10 % impose que les dividendes dépassant 10 % du capital social + primes d'émission + apports en compte courant soient assimilés à des revenus d'activité et soumis aux cotisations CARMF (~40-45 %).
Contre-mesure : capitaliser fortement la SELARL (50 à 100 k€ de capital) pour relever le plafond des 10 %. Sur un capital de 80 k€, vous pouvez distribuer jusqu'à 8 000 € de dividendes sans surcoût.
SELASU — président assimilé salarié, dividendes en flat tax
Le président est assimilé salarié (régime général sécurité sociale, retraite CNAV + AGIRC-ARRCO). Pour un cardiologue, cela suppose d'abandonner la CARMF — un point à arbitrer finement selon vos droits déjà acquis.
L'avantage majeur : aucune règle des 10 %, vos dividendes sont taxés à la flat tax PFU 31,4 % (18,6 % prélèvements sociaux + 12,8 % IR), quel que soit leur montant. Pour un cardiologue à 280 k€ de recettes, la SELASU est très compétitive fiscalement par rapport au BNC.
Cas chiffré : 180 k€ de recettes BNC vs SELASU
Hypothèses : 180 k€ de recettes, 60 k€ de charges déductibles (loyer, amortissements, RC Pro, secrétariat partagé), bénéfice avant rémunération 120 k€. Cardiologue secteur 2 OPTAM, célibataire sans enfant, TMI 41 %.
- EI BNC — cotisations sociales (CARMF + URSSAF) ~38 k€, IR ~28 k€. Net en poche : ~54 k€/an.
- SELASU IS — rémunération de gérance 60 k€ brut (cotisations sociales ~26 k€), bénéfice IS 60 k€ taxé à 15 % = 9 k€, dividendes nets de PFU 31,4 % sur 51 k€ = ~35 k€ nets. Net en poche : ~73 k€/an (vs 54 k€ en BNC) mais avec une retraite régime général (vous abandonnez ~12-15 k€/an de droits CARMF). Différentiel réel ~5-8 k€/an après ajustement retraite.
Verdict : la SELASU devient nettement gagnante au-delà de 200-220 k€ de recettes, surtout si vous êtes en secteur 2 hors OPTAM (cotisations URSSAF maladie 9,75 % très lourdes en BNC).
Stratégie ARE + SELASU sans salaire pour un cardiologue PH
Vous êtes praticien hospitalier (PH) et vous voulez basculer en libéral ? La rupture conventionnelle (puis ARE) combinée à une SELASU sans rémunération est une stratégie particulièrement puissante pour un cardiologue, car le revenu de remplacement Pôle Emploi est élevé (plafond ~6 500 €/mois en 2026).
Mécanisme :
- Négocier une rupture conventionnelle avec votre établissement (l'indemnité est exonérée d'impôt et de cotisations dans la limite de 2 PASS = ~94 k€).
- Vous ouvrez vos droits ARE (~57 % du salaire brut, plafonné à ~80 k€/an).
- Vous créez votre SELASU et vous vous versez 0 € de rémunération de gérance — vous cumulez ainsi 100 % de votre ARE.
- La SELASU encaisse vos honoraires, paie l'IS, et vous distribuez des dividendes en flat tax 31,4 % une fois vos droits ARE épuisés (24 à 36 mois selon votre âge).
Sur 24 mois, un cardiologue PH 50 ans à 75 k€ brut/an qui négocie une rupture peut cumuler ~80 k€ d'ARE + ~50 k€ d'indemnité + accumuler une trésorerie taxée à 15 % d'IS dans sa SELASU, soit un effet de lissage fiscal très avantageux par rapport à une installation directe en BNC.
6 pièges à éviter pour le cardiologue libéral
1. Sous-dimensionner le capital de sa SELARL
Beaucoup de cardiologues créent leur SELARL avec un capital symbolique (5 000 €) pour économiser. Résultat : la règle des 10 % limite leurs dividendes « sans surcoût » à 500 €/an. Avec un cabinet à 80 k€ de bénéfice après IS, ils paient des cotisations CARMF sur ~79 500 € de dividendes (~32 000 € de surcoût). Capitalisez à 50-80 k€ dès la création si vous savez que vous distribuerez régulièrement.
2. Confondre actes thérapeutiques et actes esthétiques
Les actes médicaux thérapeutiques sont exonérés de TVA. Mais l'activité d'expertise judiciaire que beaucoup de cardiologues exercent en complément est soumise à TVA 20 % au-delà du seuil de franchise (37 500 € en 2026). Tenez une compta séparée et facturez la TVA si nécessaire.
3. Oublier la régularisation URSSAF maladie N+1 en secteur 2
En secteur 2 hors OPTAM, vous payez ~9,75 % d'URSSAF maladie sur vos honoraires. Cette cotisation est provisionnelle : vous payez sur la base N-2 puis régularisez en N+1. Si vous démarrez en 2026 avec 200 k€ de recettes, votre régularisation 2028 sera basée sur 2026 — préparez ~12-15 k€ de trésorerie en réserve.
4. Mal amortir son échographe
L'échographe est le poste d'amortissement le plus lourd. Deux erreurs courantes : (1) choisir un amortissement trop court (3 ans) qui crée des bénéfices négatifs gaspillés ; (2) ne pas opter pour le dégressif (coefficient 1,75 pour un bien de 5-7 ans) qui maximise la déduction les premières années — pratique si vous voulez optimiser votre IR ou votre IS pendant la phase de remboursement bancaire.
5. Confondre SELASU et SASU classique
Une SASU classique est interdite pour exercer la cardiologie (loi 90-1258). Si vous avez créé une SASU avant 2010 et que votre expert-comptable n'a pas signalé cette anomalie, vous risquez la nullité des actes médicaux et un redressement Ordre des médecins. Transformez en SELASU sans délai (procédure possible sans perte de capital).
6. Sous-estimer la RC Pro en cardiologie interventionnelle
Un cardiologue généraliste de cabinet paie ~2 000 €/an de RC Pro. Un cardiologue interventionnel (coronarographie, ablation) doit provisionner 4 500-8 000 €/an de RC Pro avec une couverture >6 M€. Vérifiez votre police chaque année si votre activité évolue.
FAQ cardiologue libéral 2026
Puis-je rester en BNC à 250 k€ de recettes ou dois-je passer en SELASU ?
Rien ne vous y oblige juridiquement, mais fiscalement la SELASU devient gagnante au-delà de 180-220 k€. À 250 k€ de recettes (130 k€ de bénéfice après charges), vous économisez ~12-18 k€/an en SELASU par rapport au BNC, à condition d'accepter de basculer en régime général de sécurité sociale (perte de droits CARMF).
Quelle est la différence fiscale entre OPTAM et OPTAM-CO pour un cardiologue ?
L'OPTAM-CO (Option Pratique Tarifaire Maîtrisée - Chirurgie et Obstétrique) ne concerne pas les cardiologues. Vous relevez de l'OPTAM « standard » — engagement de plafonner vos dépassements à ~30 % en échange d'une prise en charge partielle des cotisations sociales.
Mon échographe est financé par un crédit-bail : comment ça impacte mes impôts ?
En crédit-bail (leasing), vous déduisez les loyers de votre BNC (au lieu d'amortir le bien). Avantage : déduction intégrale sans avance de TVA. Inconvénient : vous payez les intérêts financiers (4-6 % en 2026). À comparer au cas par cas avec un emprunt bancaire classique.
Puis-je créer une SCI pour acheter mes locaux de cabinet et les louer à ma SELASU ?
Oui, c'est même une stratégie patrimoniale courante. La SCI familiale détient les murs, votre SELASU paie un loyer professionnel (déductible de l'IS) à la SCI, qui distribue les loyers nets à votre famille (souvent en revenus fonciers à votre TMI). Avantage : constitution d'un patrimoine immobilier hors entreprise. Attention à fixer un loyer de marché pour éviter un risque d'abus de droit.
Cabinet de groupe : SELARL pluripersonnelle ou SCM ?
Deux structures différentes : la SCM (Société Civile de Moyens) ne mutualise que les charges (loyer, secrétariat, équipement), chaque cardiologue garde son BNC séparé. La SELARL pluripersonnelle mutualise aussi les recettes — chaque associé détient des parts et se distribue dividendes + rémunération. Pour un cabinet de 3-5 cardiologues qui partagent un échographe à 120 k€, la SELARL est généralement plus efficace fiscalement.
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Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil fiscal ou juridique personnalisé. Les montants de cotisations CARMF indiqués sont des estimations 2026 — vérifiez les taux définitifs sur carmf.fr. Consultez un expert-comptable spécialisé en professions médicales libérales pour une analyse personnalisée.