L'un des avantages souvent sous-estimés de la SASU ou de l'EURL par rapport au micro-entrepreneur : vous pouvez déduire vos charges réelles de votre chiffre d'affaires. Chaque euro de charge déductible réduit votre bénéfice imposable à l'IS — et donc votre impôt. Mais quelles dépenses sont réellement déductibles, et dans quelles limites ?
Ce guide fait le tour complet des principales catégories de charges déductibles en 2026, avec les règles concrètes à connaître.
La règle de base : charge réelle, professionnelle, documentée
Pour être déductible, une charge doit remplir trois conditions cumulatives :
- Réelle : la dépense a effectivement eu lieu (facture, justificatif)
- Professionnelle : elle est engagée dans l'intérêt de la société et de son activité
- Documentée : vous avez la facture ou le justificatif comptable à l'appui
Une dépense mixte (à la fois personnelle et professionnelle) peut être partiellement déductible, au prorata de l'usage professionnel. Le fisc peut contester les charges excessives ou sans lien avec l'activité — d'où l'importance de la documentation.
Matériel informatique et équipements
Ordinateur, écran, clavier, disque dur, imprimante, casque, tablette graphique… Tout matériel utilisé pour votre activité est déductible. La règle comptable distingue deux cas :
- Valeur < 500 € HT : déductible en une fois l'année d'achat (charge immédiate)
- Valeur ≥ 500 € HT : doit être amorti sur sa durée de vie (généralement 3 ans pour l'informatique, 5 ans pour d'autres équipements)
Exemple : vous achetez un MacBook Pro à 2 400 € HT. Vous amortissez 800 €/an sur 3 ans — ce montant est déduit du bénéfice chaque année, et non les 2 400 € d'un coup.
Si vous utilisez votre matériel pour un usage mixte (personnel et professionnel), vous ne pouvez déduire que la part professionnelle. En pratique, si vous avez un ordinateur dédié au travail, on admet souvent 100 % de déduction.
Bureau à domicile (home office)
Si vous travaillez depuis chez vous, vous pouvez déduire une quote-part de vos charges de logement. Le calcul se fait généralement au prorata de la surface dédiée au bureau par rapport à la surface totale du logement.
Exemple : vous avez un appartement de 80 m², dont un bureau de 12 m² exclusivement dédié à votre activité. La quote-part professionnelle est 12/80 = 15 %. Vous pouvez déduire 15 % de votre loyer, charges locatives, électricité, internet, assurance habitation.
Pour une société (SASU/EURL), la déduction peut se faire de deux manières : soit la société vous rembourse une quote-part de loyer (convention de mise à disposition avec votre bail), soit vous déclarez un avantage en nature si c'est la société qui prend en charge votre logement. La première option est plus simple pour la plupart des freelances.
Attention : si vous êtes propriétaire, la déduction du loyer n'est pas possible (vous ne vous payez pas un loyer à vous-même), mais vous pouvez déduire la quote-part des charges de copropriété, taxes foncières et intérêts d'emprunt.
Téléphone et internet
Votre abonnement téléphonique et votre connexion internet sont déductibles au prorata de l'usage professionnel. Si vous utilisez votre téléphone à 70 % pour le travail, vous déduisez 70 % de la facture. Si vous avez une ligne dédiée uniquement professionnelle, c'est 100 % déductible.
En pratique, la plupart des freelances déclarent 50–80 % d'usage professionnel pour le téléphone. Le plus propre est d'avoir une ligne pro séparée — entièrement déductible et sans discussion possible lors d'un contrôle.
Véhicule et déplacements
Les frais liés aux déplacements professionnels sont déductibles, mais les règles varient selon la situation.
Si votre société possède le véhicule : toutes les charges du véhicule (assurance, carburant, entretien, amortissement) sont déductibles, mais la TVA sur les voitures de tourisme n'est pas récupérable. Si le véhicule est utilisé à des fins personnelles, vous devez déclarer un avantage en nature.
Si vous utilisez votre véhicule personnel pour l'activité : la société peut vous rembourser des indemnités kilométriques sur la base du barème fiscal kilométrique. Ces remboursements sont déductibles pour la société et non imposables pour vous (dans les limites du barème). C'est souvent la solution la plus simple.
Pour les trajets en transport en commun, taxi ou avion, les billets sont directement déductibles sur justificatif.
Repas professionnels
Les repas pris dans le cadre de rendez-vous clients, de réunions d'affaires ou de déplacements professionnels sont déductibles. Les règles :
- Le repas doit avoir un caractère professionnel clairement établi (noter sur la facture le nom du client et l'objet du repas)
- Il n'y a pas de plafond légal strict, mais le fisc considère que des montants disproportionnés peuvent être requalifiés en avantage en nature
- Les repas solitaires (vous mangez seul lors d'un déplacement pro) sont également déductibles dans une limite raisonnable (environ 20 € par repas)
Ce qui n'est pas déductible : les repas du quotidien à votre domicile ou près de votre lieu de travail habituel, sans caractère professionnel.
Logiciels et abonnements SaaS
C'est la catégorie la plus simple : tout logiciel ou abonnement utilisé pour votre activité professionnelle est intégralement déductible. Exemples typiques pour les freelances :
- Suite Adobe, Figma, Sketch (design)
- GitHub, GitLab, AWS, Vercel, OVH (développement/hébergement)
- Notion, Linear, Slack, Zoom, Loom (productivité/communication)
- Quickbooks, Pennylane, Dext (comptabilité)
- Antidote, Grammarly, ChatGPT Pro (rédaction/IA)
- LinkedIn Premium, outils marketing/prospection
Si vous payez en USD, le montant en euros converti au taux du jour est déductible. Gardez tous les relevés de carte ou factures récapitulatives annuelles.
Formation professionnelle
Les dépenses de formation directement liées à votre activité sont déductibles : cours en ligne, formations professionnelles, livres techniques, conférences métier, abonnements à des plateformes de veille ou d'apprentissage (Udemy, Coursera, O'Reilly…).
Note : en tant que dirigeant de SASU ou gérant d'EURL, vous pouvez également vous faire financer certaines formations via votre CPF (Compte Personnel de Formation) — qui est distinct des charges déductibles de la société.
Cotisations et assurances professionnelles
Sont déductibles :
- La RC Pro (responsabilité civile professionnelle) — obligatoire dans beaucoup de secteurs
- La garantie décennale pour les activités du bâtiment
- La mutuelle santé collective souscrite par la société pour vous (et vos salariés si applicable) — déductible avec des limites Madelin pour les TNS
- La prévoyance complémentaire (invalidité, décès) souscrite dans le cadre Madelin (EURL) ou comme avantage social (SASU)
- Les cotisations ordinales si vous exercez une profession réglementée (expert-comptable, médecin, avocat…)
Frais bancaires et comptables
Les frais de tenue de compte bancaire pro, les commissions de virements, les frais de carte de crédit professionnelle — tout est déductible. Les honoraires d'expert-comptable également, intégralement : c'est d'ailleurs l'une des charges les plus clairement justifiées (et souvent les mieux documentées).
Ce qui n'est PAS déductible
Quelques dépenses souvent tentantes mais non déductibles (ou sévèrement limitées) :
- Les amendes et pénalités (infractions routières, pénalités fiscales) — expressément exclues
- Les dépenses personnelles facturées à la société (vacances, courses alimentaires, vêtements non professionnels…)
- Les cadeaux clients au-delà de 73 € TTC par bénéficiaire et par an — au-delà, c'est un avantage en nature
- La TVA non récupérable (véhicules de tourisme, certains restaurants selon régime TVA) — elle reste dans le coût mais les règles de déductibilité IS et TVA sont différentes
- Le remboursement de capital d'emprunt — seuls les intérêts sont déductibles, pas le principal
En pratique : comment tenir ses charges
Le meilleur conseil est simple : toujours avoir une carte bancaire professionnelle dédiée à la société. Toutes les dépenses pro passent par ce compte. Cela vous évite de mélanger perso et pro, facilite le travail de votre comptable, et vous protège en cas de contrôle.
Pour chaque dépense, gardez la facture (en PDF dans un dossier cloud est suffisant — Pennylane, Dext ou même Google Drive). Le fisc peut demander les justificatifs jusqu'à 6 ans après l'exercice.
Si vous démarrez, voici un tableau récapitulatif rapide :
| Catégorie | Déductibilité | Conditions |
|---|---|---|
| Matériel informatique | 100 % (usage pro) | Amortissement si ≥ 500 € HT |
| Bureau à domicile | Quote-part surface | Convention de mise à disposition |
| Téléphone/internet | % usage pro | Justifier le taux retenu |
| Déplacements | 100 % | Factures ou barème kilométrique |
| Repas clients | 100 % | Objet pro noté sur facture |
| SaaS / logiciels | 100 % | Usage professionnel |
| Formation | 100 % | Lien avec l'activité |
| RC Pro / assurances | 100 % | Assurance pro obligatoire/complémentaire |
| Honoraires comptable | 100 % | – |
| Cadeaux clients | Plafonné 73 €/bénéficiaire/an | Mentionner le bénéficiaire |
L'impact sur votre IS : un exemple chiffré
Pour visualiser l'impact des charges déductibles, prenons un freelance en SASU avec 90 000 € de CA HT et un salaire brut de 36 000 €.
| Scénario | Peu de charges | Charges optimisées |
|---|---|---|
| CA HT | 90 000 € | 90 000 € |
| Salaire brut dirigeant | 36 000 € | 36 000 € |
| Charges patronales (~45 %) | 16 200 € | 16 200 € |
| Autres charges déductibles | 2 000 € | 8 000 € |
| Bénéfice IS | 35 800 € | 29 800 € |
| IS estimé | ~5 620 € | ~4 620 € |
| Économie IS | – | ~1 000 € |
En passant 6 000 € de charges supplémentaires légitimes, vous économisez ~1 000 € d'IS (taux effectif ~16 %). Ces charges sont des dépenses que vous auriez faites de toute façon — les passer correctement en frais de société permet simplement de les payer avec de l'argent avant impôt.
Pour maximiser votre revenu net global, la stratégie des charges déductibles se combine avec l'optimisation de votre répartition salaire/dividendes. Notre simulateur intègre l'ensemble de ces paramètres :