Dermatologue libéral 2026 : statut, CARMF, TVA esthétique et fiscalité

Guide complet du dermatologue libéral 2026 : BNC ou SELARL/SELASU, cotisations CARMF, secteurs 1/2/3 OPTAM, frontière TVA thérapeutique vs esthétique (botox, peelings, lasers), amortissement laser et IPL, comparatif net mensuel à 180 k€ de recettes avec mix 60 % conventionné / 40 % esthétique, et 6 pièges à éviter.

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Vous êtes dermatologue, vous envisagez de quitter le salariat hospitalier pour ouvrir votre cabinet libéral, ou vous voulez optimiser une activité mixte thérapeutique + esthétique déjà installée ? La dermatologie est la spécialité médicale où l'arbitrage fiscal est le plus subtil : votre cabinet cumule en pratique deux activités fiscalement distinctes — les actes médicaux conventionnés (exonérés de TVA) et les actes à visée esthétique (TVA 20 % obligatoire au-delà de la franchise). Cette frontière est la première source de redressement chez les dermatologues libéraux.

Ce guide fait le point sur les règles 2026 pour les ~3 800 dermatologues libéraux français : régime BNC quasi-systématique, cotisations CARMF détaillées, secteurs 1/2/3 OPTAM (la majorité des dermatologues sont en secteur 2), TVA thérapeutique vs esthétique avec exemples concrets, choix SELARL/SELASU (la SASU classique vous est interdite par la loi n° 90-1258) et leviers d'optimisation.

Profil du dermatologue libéral en 2026

Selon les chiffres CNOM 2025, on compte environ 3 800 dermatologues en exercice libéral exclusif en France, sur ~5 100 dermatologues libéraux ou mixtes au total. La démographie est tendue (délais d'attente 2-6 mois, déserts dermatologiques), ce qui maintient une forte demande à la fois sur l'activité conventionnée et sur l'activité esthétique. Les revenus médians BNC se situent entre 110 et 220 k€ de recettes annuelles, avec une grande dispersion selon la part d'actes esthétiques :

  • Dermatologie médicale pure (sans esthétique) — recettes 90-140 k€/an, marge nette ~60-65 % en BNC.
  • Cabinet mixte (50-70 % médical, 30-50 % esthétique) — recettes 150-280 k€/an, marge nette ~50-55 % (amortissement laser, produits injectables, TVA collectée sur la part esthétique).
  • Cabinet à dominante esthétique (>60 % esthétique) — recettes 250-500 k€/an, souvent en SELARL/SELASU, marge nette 45-55 %.

Côté secteur conventionnel, environ 70 % des dermatologues libéraux exercent en secteur 2 (honoraires libres, parfois avec OPTAM), 25 % en secteur 1, et le solde en secteur 3 (non conventionné) ou en activité mixte hôpital + libéral. Le secteur 2 est nettement majoritaire en dermatologie car la grille CCAM conventionnée est jugée insuffisamment rémunératrice pour les actes techniques (cryothérapie, exérèses, dermoscopie numérique).

Pourquoi le BNC est quasi-systématique (loi 90-1258)

Comme pour les autres médecins, les actes de dermatologie conventionnés (consultations, actes CCAM techniques tels qu'exérèses, biopsies, cryothérapie) relèvent fiscalement des Bénéfices Non Commerciaux (BNC). La loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 vous interdit d'exercer votre activité médicale via une SASU ou EURL classique : seule la Société d'Exercice Libéral (SEL) est autorisée pour exercer en société.

En pratique, vous avez quatre options :

  • EI BNC réel (déclaration contrôlée 2035) — la forme la plus simple, recommandée jusqu'à 130-150 k€ de recettes ou si votre activité reste majoritairement médicale conventionnée.
  • SELARL — SEL de forme SARL, gérant TNS, soumise à l'IS, avec la règle des 10 % du capital pour les dividendes.
  • SELASU — SEL de forme SASU, président assimilé salarié, soumise à l'IS, dividendes en flat tax PFU 31,4 % sans règle des 10 %.
  • SELAS / SCP — formes pluripersonnelles pour les cabinets de groupe (de plus en plus fréquents en dermatologie esthétique pour mutualiser laser et plateformes IPL).

Le micro-BNC (abattement forfaitaire 34 %) est théoriquement disponible jusqu'à 77 700 € de recettes, mais quasi-jamais pertinent en dermatologie : dès que vous équipez votre cabinet d'un laser ou d'une plateforme IPL, vos frais réels dépassent largement 34 % et le réel BNC devient gagnant.

Cotisations CARMF 2026 du dermatologue libéral

La CARMF (Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France) couvre la retraite et la prévoyance de tous les médecins libéraux, dermatologues inclus. Les taux 2026 sont identiques entre généralistes et spécialistes — la différence se fait sur l'assiette (vos revenus BNC N-2). Voici les quatre cotisations à provisionner :

1. Retraite de base (RB)

Taux 8,23 % sur la tranche de revenus jusqu'à 1 PASS (~47 100 € en 2026), puis 1,87 % sur la tranche entre 1 et 5 PASS. Pour un dermatologue à 150 k€ de revenu BNC, la cotisation RB se situe autour de 5 800 €/an.

2. Retraite complémentaire (RC) — classes A à G

Cotisation forfaitaire selon une classe choisie en début de carrière. La classe C (intermédiaire) coûte environ 4 800 €/an en 2026, la classe G (la plus protectrice) ~9 200 €/an. Beaucoup de dermatologues en cabinet équipé esthétique choisissent les classes D ou E (~5 500-6 500 €/an) pour viser un revenu de remplacement retraite de 50-55 % du revenu d'activité.

3. ASV (Avantage Social Vieillesse)

Spécifique aux médecins conventionnés secteur 1 ou secteur 2 avec OPTAM. Composée d'une part forfaitaire (~5 400 €/an, dont 2/3 pris en charge par l'Assurance Maladie) et d'une part proportionnelle aux revenus conventionnés. En secteur 2 hors OPTAM, vous payez l'intégralité, soit ~5 400-6 200 €/an. Point clé : seule la part de votre chiffre d'affaires conventionné (les soins remboursés CPAM) ouvre droit à l'ASV — votre activité esthétique pure n'y contribue pas et n'en bénéficie pas.

4. Invalidité-décès

Cotisation forfaitaire d'environ 780 €/an en 2026 (toutes spécialités). Couvre une rente invalidité et un capital décès modeste — la plupart des dermatologues complètent par une prévoyance Madelin individuelle, particulièrement utile en cas d'arrêt prolongé (un dermatologue arrêté ne peut plus pratiquer ses actes techniques).

À retenir : pour un dermatologue secteur 2 OPTAM à 150 k€ de revenu BNC, le total CARMF (RB + RC classe D + ASV + ID) avoisine 15 500-17 500 €/an. Hors CARMF, ajoutez l'URSSAF maladie (Régime PAMC, ~0,1 % en secteur 1, ~9,75 % en secteur 2 hors OPTAM sur les revenus conventionnés) + CSG/CRDS 9,7 % + allocations familiales 0-3,1 % selon revenus.

TVA dermatologie : la frontière thérapeutique vs esthétique

C'est le sujet n° 1 spécifique aux dermatologues, et la première source de redressement URSSAF/DGFiP en cabinet libéral. L'article 261-4-1° du CGI exonère de TVA les prestations médicales à visée thérapeutique réalisées par un médecin. À l'inverse, toute prestation à visée esthétique pure est soumise à TVA 20 %, exactement comme un acte commercial.

Actes exonérés de TVA (visée thérapeutique)

  • Consultation dermatologique de diagnostic ou de suivi (acné kystique, psoriasis, eczéma, mycoses…).
  • Exérèse de lésion suspecte ou bénigne (naevus, kystes, lipomes).
  • Cryothérapie thérapeutique (verrues, kératoses actiniques).
  • Dermoscopie numérique et biopsie cutanée à visée diagnostique.
  • Laser à visée thérapeutique (angiomes plans, cicatrices hypertrophiques, taches pigmentaires post-mélanome).
  • Traitement de l'acné rebelle (peelings TCA prescrits dans un protocole médical documenté).

Actes soumis à TVA 20 % (visée esthétique pure)

  • Injection de toxine botulique (Botox, Azzalure) à visée anti-rides.
  • Injection d'acide hyaluronique (comblement, volumisation).
  • Peeling chimique (TCA, glycolique) à visée esthétique pure.
  • Laser épilation définitive, photorajeunissement, détatouage.
  • Plateforme IPL (lumière pulsée) à visée esthétique.
  • Mésothérapie esthétique, microneedling, radiofréquence.
  • Conseils en cosmétologie et vente de produits dermocosmétiques.

Franchise en base de TVA : tant que votre chiffre d'affaires esthétique pur reste inférieur à 37 500 € HT par an (seuil 2026), vous bénéficiez de la franchise en base et facturez sans TVA. Dès que vous dépassez ce seuil, vous devez :

  1. Vous immatriculer à la TVA pour la part esthétique uniquement.
  2. Facturer 20 % de TVA sur tous vos actes esthétiques (en plus du prix).
  3. Tenir une comptabilité séparée entre actes médicaux et actes esthétiques.
  4. Déposer une CA3 mensuelle ou trimestrielle et reverser la TVA collectée diminuée de la TVA déductible sur vos achats esthétiques (produits injectables, laser, marketing).

Conseil pratique : si votre activité esthétique approche 30 000-35 000 € HT, faites un rescrit fiscal à la DGFiP pour qualifier sans ambiguïté chaque catégorie d'actes. Cela vous protège en cas de contrôle et fige l'interprétation pour la durée du rescrit. La frontière thérapeutique/esthétique fait l'objet d'une jurisprudence constante (CJUE 21 mars 2013, Skatteverket vs PFC Clinic) qui privilégie la finalité réelle de l'acte sur sa qualification médicale apparente.

Secteurs 1, 2 et OPTAM : quel impact fiscal ?

Le secteur conventionnel détermine non seulement vos honoraires plafonnés ou libres sur la part conventionnée, mais aussi votre régime d'URSSAF maladie et votre éligibilité à la prise en charge ASV par la CNAM. À noter : la part esthétique pure n'est pas concernée par ces règles conventionnelles (vous fixez librement vos honoraires hors convention).

Secteur 1 — tarifs opposables

Vous facturez aux tarifs conventionnels (consultation CS à 30 €, dermoscopie QZQP011 à 32 €, biopsie cutanée QZHP002 à 38,40 €). Avantages : cotisations sociales prises en charge par l'Assurance Maladie (URSSAF maladie 0,1 %, ASV 2/3 pris en charge). Inconvénient : recettes plafonnées sur la part médicale.

Secteur 2 — honoraires libres

Vous fixez librement vos honoraires sur la part conventionnée (consultation 50-100 €, exérèse 80-200 €, dermoscopie 60-120 €). Inconvénient majeur : URSSAF maladie ~9,75 % sur tous les revenus conventionnés (vs 0,1 % en secteur 1), ASV à votre charge à 100 %, et vos patients sont moins bien remboursés sur la part dépassement.

OPTAM (Option Pratique Tarifaire Maîtrisée)

Compromis : vous restez en secteur 2 mais vous vous engagez à limiter vos dépassements (~30 % en moyenne sur la part conventionnée) en échange d'une prise en charge partielle des cotisations sociales par la CNAM (URSSAF maladie réduite, ASV pris en charge à 2/3). En 2026, ~52 % des dermatologues secteur 2 ont signé l'OPTAM.

Le calcul fiscal change donc selon votre secteur : un dermatologue secteur 1 à 130 k€ BNC paie ~24 000 € de cotisations sociales totales ; un dermatologue secteur 2 hors OPTAM à 130 k€ BNC en paie ~36 000 € (environ 9 % de net en moins). L'OPTAM ramène l'écart à ~6 000 €/an, ce qui en fait un choix presque toujours gagnant tant que vous restez sous les ~30 % de dépassements.

Frais déductibles spécifiques au dermatologue

L'équipement esthétique explique la majeure partie de l'écart fiscal entre dermatologue et généraliste. Voici les principaux postes à amortir ou déduire :

  • Laser CO2 fractionné ou Nd:YAG — 30 000 à 80 000 € HT, amortissement sur 5-7 ans. TVA récupérable uniquement sur la quote-part utilisée pour l'activité esthétique soumise à TVA.
  • Plateforme IPL (lumière pulsée) — 15 000 à 40 000 € HT, amortissement 5-7 ans.
  • Dermatoscope numérique connecté (FotoFinder, Vectra) — 8 000 à 35 000 € HT, amortissement 4-5 ans, usage médical (TVA non récupérable car activité exonérée).
  • Cryothérapie (CryoPen, azote liquide) — 1 500 à 5 000 € HT.
  • Radiofréquence / microneedling / mésothérapie — 5 000 à 20 000 € HT par dispositif.
  • Produits injectables (Botox, acide hyaluronique) — stock 4 000 à 15 000 €/an, TVA récupérable (achats liés à l'activité esthétique soumise à TVA).
  • RC Pro dermatologie esthétique — 1 200 à 3 500 €/an (plus élevée que dermatologie médicale pure, en raison des risques liés aux actes injectables).
  • Logiciel cabinet (Doctolib, Maiia, Weda, Hellocare) — 2 400 à 4 800 €/an.
  • Cotisation CNOM — ~360 €/an + cotisation syndicale (Syndicat National des Dermato-Vénéréologues ~200-400 €/an).
  • FMC / DPC obligatoire — congrès JDP, AAD, EADV (2 000 à 7 000 €/an).
  • Local cabinet — loyer professionnel ou amortissement si propriétaire via SCI.
  • Prévoyance Madelin — déductible BNC réel uniquement (plafond ~3,75 % du PASS + 7 % de la fraction de revenu entre 1 et 8 PASS).

Astuce TVA mixte : si vous êtes assujetti à la TVA sur la part esthétique, vous récupérez la TVA sur vos achats au prorata d'affectation. Concrètement, un laser utilisé 60 % du temps pour l'esthétique et 40 % pour le thérapeutique donnera droit à 60 % de récupération de TVA. Documentez cette ventilation (planning, registre d'utilisation) pour résister à un contrôle.

SELARL vs SELASU : quel arbitrage pour un dermatologue ?

Le passage en SEL devient pertinent au-delà de ~150-180 k€ de revenu BNC, et particulièrement intéressant si :

  • Votre activité esthétique dépasse 50 % du CA.
  • Vous voulez lisser votre revenu (rémunération + dividendes différés).
  • Vous voulez bénéficier de l'IS à taux réduit (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà) au lieu du barème IR jusqu'à 45 %.
  • Vous préparez la cession de votre clientèle (les SEL bénéficient des dispositifs d'exonération art. 238 quindecies CGI).
  • Vous mutualisez un cabinet de groupe partageant laser et IPL (SELAS pluripersonnelle).

SELARL — gérant TNS et règle des 10 % du capital

Le gérant majoritaire est TNS (cotisations CARMF), ce qui maintient votre couverture retraite. Mais la fameuse règle des 10 % impose que les dividendes dépassant 10 % du capital social + primes d'émission + apports en compte courant soient assimilés à des revenus d'activité et soumis aux cotisations CARMF (~40-45 %).

Contre-mesure : capitaliser fortement la SELARL (50 à 100 k€ de capital) pour relever le plafond des 10 %. Sur un capital de 80 k€, vous pouvez distribuer jusqu'à 8 000 € de dividendes sans surcoût. Si votre cabinet équipé en laser/IPL nécessite un investissement de 100 k€, autant l'injecter en capital plutôt qu'en compte courant — vous bénéficiez à la fois du financement et du relèvement du plafond.

SELASU — président assimilé salarié, dividendes en flat tax

Le président est assimilé salarié (régime général sécurité sociale, retraite CNAV + AGIRC-ARRCO). Pour un dermatologue, cela suppose d'abandonner la CARMF — un point à arbitrer finement selon vos droits déjà acquis (le différentiel de pension future est en général de 12-18 k€/an sur 25 ans).

L'avantage majeur : aucune règle des 10 %, vos dividendes sont taxés à la flat tax PFU 31,4 % (18,6 % prélèvements sociaux + 12,8 % IR), quel que soit leur montant. Pour un dermatologue à 280 k€ de recettes avec une part esthétique dominante, la SELASU est très compétitive fiscalement.

Cas chiffré : 180 k€ de recettes (60 % conventionné / 40 % esthétique) BNC vs SELASU

Hypothèses : 180 k€ de recettes (108 k€ conventionné, 72 k€ esthétique HT), 65 k€ de charges déductibles (loyer, amortissements laser/IPL, produits injectables, RC Pro, secrétariat partagé), bénéfice avant rémunération 115 k€. Dermatologue secteur 2 OPTAM, célibataire sans enfant, TMI 41 %.

  • EI BNC réel — cotisations sociales (CARMF + URSSAF) ~36 k€, IR ~26 k€. Net en poche : ~53 k€/an.
  • SELASU IS — rémunération de gérance 60 k€ brut (cotisations sociales ~26 k€), bénéfice IS ~55 k€ taxé à 15 % = 8,2 k€, dividendes nets de PFU 31,4 % sur 46,8 k€ = ~32 k€ nets. Net en poche : ~70 k€/an (vs 53 k€ en BNC) mais avec une retraite régime général (vous abandonnez ~12-15 k€/an de droits CARMF). Différentiel réel ~5-8 k€/an après ajustement retraite.

Verdict : la SELASU devient nettement gagnante au-delà de 200-220 k€ de recettes, surtout si vous êtes en secteur 2 hors OPTAM (cotisations URSSAF maladie 9,75 % très lourdes en BNC) ou si votre part esthétique dépasse 50 % du CA.

Stratégie ARE + SELASU sans salaire pour un dermatologue PH

Vous êtes praticien hospitalier (PH) en service de dermatologie universitaire et vous voulez basculer en libéral ? La rupture conventionnelle (puis ARE) combinée à une SELASU sans rémunération est une stratégie particulièrement puissante en dermatologie, car la phase de démarrage d'une activité esthétique nécessite des investissements lourds (laser 50 k€, IPL 25 k€, stock produits injectables, marketing) que la trésorerie d'une SELASU IS à 15 % peut absorber bien plus efficacement qu'un BNC à l'IR.

Mécanisme :

  1. Négocier une rupture conventionnelle avec votre établissement (l'indemnité est exonérée d'impôt et de cotisations dans la limite de 2 PASS = ~94 k€).
  2. Vous ouvrez vos droits ARE (~57 % du salaire brut, plafonné à ~80 k€/an).
  3. Vous créez votre SELASU et vous vous versez 0 € de rémunération de gérance — vous cumulez ainsi 100 % de votre ARE.
  4. La SELASU encaisse vos honoraires, paie l'IS, et vous distribuez des dividendes en flat tax 31,4 % une fois vos droits ARE épuisés (24 à 36 mois selon votre âge).

Sur 24 mois, un dermatologue PH 48 ans à 70 k€ brut/an qui négocie une rupture peut cumuler ~76 k€ d'ARE + ~50 k€ d'indemnité + accumuler une trésorerie taxée à 15 % d'IS dans sa SELASU pour financer son équipement esthétique — soit un effet de lissage fiscal très avantageux par rapport à une installation directe en BNC.

6 pièges à éviter pour le dermatologue libéral

1. Oublier la TVA esthétique au-delà de 37 500 €

C'est le piège n° 1 en dermatologie. Beaucoup de dermatologues continuent à facturer sans TVA leurs injections et peelings esthétiques au-delà du seuil de franchise, persuadés qu'ils sont couverts par l'exonération médicale. Le redressement peut couvrir 3 ans + majorations 40-80 % pour manquement délibéré. Suivez votre CA esthétique mensuel et faites un rescrit dès 30 000 €.

2. RC Pro mal calibrée sur les actes invasifs esthétiques

Un dermatologue médical paie ~600-1 200 €/an de RC Pro. Dès que vous injectez du Botox ou de l'acide hyaluronique, vous devez provisionner 1 800-3 500 €/an de RC Pro spécifique actes esthétiques, avec une couverture >3 M€ (les contentieux esthétiques sont plus fréquents et plus chers que le médical). Vérifiez votre police dès le premier acte injectable.

3. Amortir son laser sur une durée inadaptée

Le laser est le poste d'amortissement le plus lourd. Deux erreurs courantes : (1) choisir un amortissement trop court (3 ans) qui crée des bénéfices négatifs gaspillés ; (2) ne pas opter pour le dégressif (coefficient 1,75 pour un bien de 5-7 ans) qui maximise la déduction les premières années — pratique si vous voulez optimiser votre IR ou votre IS pendant la phase de remboursement bancaire du laser.

4. OPTAM non signée en secteur 2

Si vous êtes secteur 2 sans OPTAM avec des dépassements modérés (<30 %), vous payez ~9,75 % d'URSSAF maladie pour rien. Sur 130 k€ de revenus conventionnés, c'est ~12 700 €/an de cotisations supplémentaires alors que l'OPTAM aurait abaissé l'URSSAF maladie à ~5 % avec prise en charge ASV partielle. Vérifiez chaque année si l'OPTAM est pertinente pour vous.

5. Sous-dimensionner le capital de sa SELARL

Beaucoup de dermatologues créent leur SELARL avec un capital symbolique (5 000 €) pour économiser. Résultat : la règle des 10 % limite leurs dividendes « sans surcoût » à 500 €/an. Avec un cabinet à 80 k€ de bénéfice après IS, ils paient des cotisations CARMF sur ~79 500 € de dividendes (~32 000 € de surcoût). Capitalisez à 50-80 k€ dès la création si vous savez que vous distribuerez régulièrement — et utilisez ce capital pour financer votre laser/IPL.

6. Choc de régularisation CARMF N+2 au démarrage

Comme tous les TNS, vos cotisations CARMF la première année sont calculées sur une base forfaitaire (~19 PASS), puis régularisées en N+2 sur vos revenus réels N. Si vous démarrez à 180 k€ de BNC en 2026, votre régularisation 2028 sera basée sur ces 180 k€ — préparez ~18-22 k€ de trésorerie en réserve dans votre compte bancaire professionnel. Beaucoup de dermatologues subissent un choc de trésorerie à ce moment-là, surtout si l'activité a légèrement ralenti.

FAQ dermatologue libéral 2026

Puis-je rester en BNC à 250 k€ de recettes ou dois-je passer en SELASU ?

Rien ne vous y oblige juridiquement, mais fiscalement la SELASU devient gagnante au-delà de 180-220 k€. À 250 k€ de recettes (135 k€ de bénéfice après charges), vous économisez ~12-18 k€/an en SELASU par rapport au BNC, à condition d'accepter de basculer en régime général de sécurité sociale (perte de droits CARMF). Si votre activité est à dominante esthétique (TVA collectée importante), la SELASU est particulièrement adaptée car elle facilite la déduction des achats avec TVA récupérable.

Comment ventiler mes recettes entre actes thérapeutiques et esthétiques ?

Tenez deux comptes-clients distincts (ou deux livres de recettes) : l'un pour les actes médicaux conventionnés (recettes brutes y compris dépassements secteur 2 + actes hors-nomenclature à visée thérapeutique), l'autre pour les actes esthétiques purs (Botox, injections AH, peelings esthétiques, lasers esthétiques). Documentez votre logiciel cabinet pour qu'il distingue ces deux flux, et archivez les ordonnances/protocoles médicaux qui justifient le caractère thérapeutique des actes intermédiaires (laser cicatriciel, peeling acné).

Mon laser est financé par un crédit-bail : comment ça impacte mes impôts ?

En crédit-bail (leasing), vous déduisez les loyers de votre BNC (au lieu d'amortir le bien). Avantage : déduction intégrale sans avance de TVA. Inconvénient : vous payez les intérêts financiers (4-6 % en 2026) et vous ne récupérez pas la TVA sur le prix d'achat (uniquement sur les loyers, au prorata d'affectation à l'activité esthétique soumise à TVA). À comparer au cas par cas avec un emprunt bancaire classique.

Puis-je créer une SCI pour acheter mes locaux de cabinet et les louer à ma SELASU ?

Oui, c'est même une stratégie patrimoniale courante. La SCI familiale détient les murs, votre SELASU paie un loyer professionnel (déductible de l'IS) à la SCI, qui distribue les loyers nets à votre famille (souvent en revenus fonciers à votre TMI). Avantage : constitution d'un patrimoine immobilier hors entreprise. Attention à fixer un loyer de marché pour éviter un risque d'abus de droit.

Cabinet de groupe : SELAS pluripersonnelle ou SCM ?

Deux structures différentes : la SCM (Société Civile de Moyens) ne mutualise que les charges (loyer, secrétariat, équipement), chaque dermatologue garde son BNC séparé. La SELAS pluripersonnelle mutualise aussi les recettes — chaque associé détient des parts et se distribue dividendes + rémunération. Pour un cabinet de 3-5 dermatologues qui partagent un laser à 80 k€ et une plateforme IPL à 30 k€, la SELAS est généralement plus efficace fiscalement et facilite la transmission de clientèle au départ d'un associé.

Pour simuler précisément votre net mensuel selon votre secteur conventionnel, votre mix thérapeutique/esthétique et votre niveau de recettes, utilisez notre simulateur comparatif de statuts qui intègre les cotisations CARMF et l'IS PME 2026.

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil fiscal ou juridique personnalisé. Les montants de cotisations CARMF indiqués sont des estimations 2026 — vérifiez les taux définitifs sur carmf.fr. La qualification des actes (thérapeutique vs esthétique) doit être tranchée au cas par cas avec un expert-comptable spécialisé en professions médicales libérales et, en cas de doute, par un rescrit fiscal auprès de la DGFiP.

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