L'arrêt maladie est l'un des scénarios les plus redoutés des freelances. Contrairement à un salarié dont l'employeur maintient le salaire, un indépendant qui tombe malade voit son activité s'arrêter — et ses revenus avec. Ce que peu de créateurs d'entreprise savent, c'est que le montant des indemnités journalières maladie (IJM) varie considérablement selon le statut juridique choisi.
En 2026, un président de SASU peut percevoir jusqu'à 2–3 fois plus qu'un gérant d'EURL ou un micro-entrepreneur à revenu équivalent. Ce guide vous explique pourquoi, comment calculer vos droits, et comment combler les lacunes avec une prévoyance complémentaire.
Deux régimes, deux logiques
En France, les indépendants relèvent de l'un de ces deux régimes selon leur statut :
- Régime général (CPAM) — pour les présidents de SASU et les gérants minoritaires de SARL (assimilés salariés). Ils cotisent comme les salariés et bénéficient de la même couverture maladie.
- Sécurité sociale des indépendants (SSI), géré par l'URSSAF — pour les micro-entrepreneurs, les entrepreneurs individuels (EI), les gérants majoritaires d'EURL ou de SARL, et les professions libérales non CIPAV. Ce régime offre une protection maladie moins généreuse.
C'est cette distinction qui explique l'essentiel de l'écart entre les indemnités perçues selon les statuts.
SASU (assimilé salarié) : la protection du régime général
En tant que président de SASU, vous êtes affilié à la CPAM exactement comme un salarié. Votre couverture maladie est donc calquée sur le régime général.
Conditions d'ouverture des droits
Pour bénéficier des IJM en 2026, vous devez remplir l'une des conditions suivantes au moment de l'arrêt :
- Avoir travaillé au moins 150 heures au cours des 3 derniers mois (ou 90 jours), ou justifier d'un salaire équivalent à 1 015 fois le SMIC horaire sur les 6 derniers mois.
- Être affilié depuis au moins 10 mois pour les arrêts de plus de 6 mois.
Conséquence pratique : si vous venez de créer votre SASU et ne vous versez pas encore de salaire, vos droits aux IJM peuvent être nuls ou très limités les premiers mois.
Calcul des IJM CPAM
Le montant de vos indemnités est calculé sur la base de votre salaire brut moyen des 3 derniers mois précédant l'arrêt :
- Salaire journalier de base (SJB) = salaire brut des 3 derniers mois ÷ 90
- IJM = SJB × 50 %
- Plafond : le SJB est plafonné à 1/730ème du Plafond annuel de la sécurité sociale (PASS). Avec le PASS 2026 à 46 368 €, le plafond de SJB est de 63,52 €, soit une IJM maximale de 31,76 €/j en cas de salaire très élevé... mais ce plafond est doublé : le salaire pris en compte est plafonné à 1,8 × PASS/an (environ 83 462 €), ce qui donne une IJM maximale effective de ~114 €/jour pour les salaires les plus élevés.
Délai de carence : 3 jours calendaires. Vous commencez à percevoir des IJM à partir du 4ème jour d'arrêt.
Durée maximale : 360 jours sur une période de 3 ans pour une même affection. Pour une longue maladie (ALD), la durée peut atteindre 3 ans.
Exemple chiffré — Président SASU, 4 000 €/mois brut
Pour un président de SASU versant un salaire mensuel brut de 4 000 € :
- SJB = (4 000 × 3) / 90 = 133,33 €/j
- IJM = 133,33 × 50 % = 66,67 €/j
- Pour 2 mois d'arrêt (60 jours − 3 jours de carence = 57 jours) : 3 800 € d'IJM
TNS (micro, EI, EURL) : la protection SSI — moins favorable
Les travailleurs non salariés affiliés au SSI bénéficient d'une couverture maladie nettement moins généreuse. Le calcul des IJM repose sur le revenu professionnel annuel moyen des 3 dernières années, et les plafonds sont bien plus bas.
Calcul des IJM SSI
- Revenu journalier de référence = moyenne des revenus professionnels nets des 3 dernières années ÷ 730
- IJM = revenu journalier de référence × 50 %
- Plafond : l'IJM est plafonnée à 1/730ème du PASS, soit environ 63,52 €/j en 2026. Avec le taux de 50 %, l'IJM maximale SSI est donc de ~31,76 €/j.
- Plancher : si votre revenu moyen est inférieur à 10 % du PASS (4 637 €/an), vos IJM sont de 0 €. Des cotisations minimales ouvrent un droit minimal.
Délai de carence SSI : 3 jours également — à partir du 4ème jour. En revanche, pour les affections de longue durée (ALD), la carence est supprimée.
Durée maximale : identique, 360 jours sur 3 ans.
Le piège des premières années d'activité
Le calcul sur la moyenne des 3 dernières années pénalise fortement les créateurs d'entreprise. Si vous venez de lancer votre activité, vos revenus des années N-1, N-2, N-3 peuvent être nuls ou très faibles — vos IJM le seront aussi. Cette lacune est l'une des principales raisons de souscrire une prévoyance complémentaire dès la création.
Tableau comparatif — 60 000 € de CA annuel
| Critère | SASU (assimilé salarié) | EI / EURL / Micro (TNS) |
|---|---|---|
| Régime | CPAM (régime général) | SSI (sécurité sociale des indépendants) |
| Base de calcul | Salaire brut moyen des 3 derniers mois | Revenu professionnel moyen sur 3 ans |
| Taux | 50 % du salaire journalier | 50 % du revenu journalier |
| IJM (revenu 60 000 €, salaire 3 500 €/mois brut) | ~58 €/j | ~41 €/j (plafonné à ~31,76 €/j max SSI) |
| Délai de carence | 3 jours calendaires | 3 jours calendaires |
| Durée max | 360 j sur 3 ans (3 ans en ALD) | 360 j sur 3 ans |
| Plafond IJM | ~114 €/j (salaires élevés) | ~31,76 €/j |
| Impact premières années | Lié au salaire versé (peut être 0 si pas de salaire) | Très pénalisant (base sur 3 ans) |
Cas pratique — Freelance IT, 2 mois d'arrêt maladie
Voici ce que percevrait Camille, développeuse freelance, pour un arrêt maladie de 60 jours (57 jours indemnisables après carence) selon son statut :
| Statut | CA / Revenu | IJM estimée | Total 57 jours | Manque à gagner mensuel |
|---|---|---|---|---|
| SASU (salaire 4 000 €/mois brut) | ~60 000 € net imposable | ~66 €/j | ~3 762 € | ~4 238 €/mois net perdu |
| EI / EURL (TNS, 60 000 € de revenu) | 60 000 € CA | ~31 €/j (cap SSI) | ~1 767 € | ~5 000 €/mois net perdu |
| Micro-entrepreneur (60 000 € CA BNC) | ~36 000 € net après abattement | ~25 €/j | ~1 425 € | ~4 575 €/mois net perdu |
La conclusion est sans appel : sans prévoyance complémentaire, un arrêt maladie de 2 mois représente une perte nette de 4 000 à 5 000 € pour un indépendant, quel que soit son statut. C'est pourquoi la prévoyance complémentaire n'est pas un luxe, mais une nécessité.
La prévoyance complémentaire : combler les lacunes
Une assurance prévoyance complémentaire (ou "prévoyance individuelle") permet de toucher des indemnités journalières supplémentaires en cas d'arrêt maladie, en plus des IJM légales. Elle est particulièrement indispensable pour les TNS dont le plancher SSI est très bas.
Contrats Madelin — L'avantage fiscal des TNS
Les travailleurs non salariés (EI, EURL, SARL dont gérant majoritaire) peuvent souscrire des contrats Madelin, dont les cotisations sont entièrement déductibles du revenu imposable dans la limite de plafonds Madelin.
Plafond de déduction Madelin prévoyance en 2026 (indicatif) :
- 3,75 % du revenu professionnel + 7 % du PASS, le tout plafonné à 3 % de 8 PASS (soit environ 11 128 €/an de cotisations déductibles).
Concrètement, si votre cotisation prévoyance Madelin est de 1 500 €/an et que vous êtes à une tranche marginale d'IR de 30 %, votre économie d'impôt est de 450 € — la prévoyance vous coûte réellement 1 050 € nets.
La SASU peut-elle déduire la prévoyance ?
Oui, mais différemment. En SASU, le président salarié peut bénéficier d'un régime de prévoyance collectif et obligatoire souscrit par la société. Les cotisations patronales sont alors déductibles du résultat de la société (charge d'exploitation) et exonérées de charges sociales dans certaines limites.
Toutefois, si le président est seul salarié, les régimes collectifs obligatoires peuvent être complexes à mettre en place. Une prévoyance individuelle reste possible, sans avantage fiscal spécifique au niveau de l'IR personnel.
Que couvre la prévoyance complémentaire ?
Selon le contrat souscrit, la prévoyance peut inclure :
- Indemnités journalières complémentaires : complètent les IJM légales jusqu'à 50 à 100 % de votre revenu habituel.
- Invalidité : rente en cas d'invalidité partielle ou totale.
- Décès : capital versé aux bénéficiaires désignés.
- Délai de franchise contractuel : à partir du 4ème jour, du 8ème ou du 31ème jour selon le contrat (plus le délai est long, moins la cotisation est élevée).
Tarifs indicatifs 2026
Les tarifs varient selon l'âge, la profession, l'état de santé et le niveau de couverture. À titre indicatif, pour un freelance de 35 ans en bonne santé :
- Prévoyance de base (50 €/j à partir du 8ème jour) : entre 30 et 60 €/mois
- Prévoyance renforcée (100 €/j à partir du 4ème jour) : entre 80 et 150 €/mois
- Couverture complète invalidité-décès inclus : entre 100 et 200 €/mois
Comparés à l'exposition au risque (plusieurs milliers d'euros de perte par mois d'arrêt), ces montants restent raisonnables — d'autant plus qu'ils sont déductibles en Madelin pour les TNS.
Stratégie selon votre statut
Vous êtes en micro-entreprise
Votre couverture SSI est la plus fragile : les IJM sont calculées sur un revenu souvent faible (abattement forfaitaire de 34 à 71 % selon l'activité), et les premières années d'activité vous exposent à des droits quasi nuls. La prévoyance complémentaire est quasi indispensable.Privilégiez un contrat avec un délai de franchise court (4 à 8 jours) et des IJM couvrant au moins 50 % de votre chiffre d'affaires mensuel net.
Vous êtes en EI ou EURL (TNS)
La situation est similaire : plafond SSI à ~31,76 €/j max, calcul sur 3 ans qui pénalise les premières années. L'avantage : vos cotisations Madelin sont déductibles. Souscrire un contrat Madelin prévoyance couvrant 80 à 100 €/j supplémentaires à partir du 4ème jour est une optimisation à la fois sociale et fiscale.
Vous êtes en SASU
Votre couverture CPAM est nettement plus favorable — à condition de vous verser un salaire. Si votre stratégie est de minimiser votre salaire au profit des dividendes, vos IJM seront proportionnellement basses. Dans ce cas, une prévoyance complémentaire reste recommandée. À noter : si vous ne vous versez aucun salaire (stratégie ARE + dividendes), vous n'avez aucun droit aux IJM CPAM — vous devrez vous reposer entièrement sur une prévoyance privée.
Ce que ne couvre pas l'arrêt maladie
Rappelons quelques points souvent oubliés :
- Les charges fixes continuent pendant votre arrêt : loyer, abonnements, cotisations URSSAF (même si elles sont réduites en cas de revenus nuls). Seules les cotisations URSSAF sont ajustées à la baisse lors de la régularisation annuelle.
- Le maintien de l'activité n'est pas toujours possible : un client peut résilier un contrat si vous êtes absent trop longtemps. L'assurance perte d'exploitation peut couvrir ce risque, mais elle est distincte de la prévoyance maladie.
- L'invalidité — si un arrêt maladie se prolonge et évolue vers une invalidité — ouvre des droits différents et généralement plus favorables. La prévoyance invalidité est une couverture complémentaire à ne pas négliger.
Résumé des points clés
- Les présidents de SASU (assimilés salariés) bénéficient du régime général CPAM : IJM calculées sur le salaire réel, plafond plus élevé (~114 €/j pour les salaires importants).
- Les micro-entrepreneurs, EI et gérants d'EURL/SARL (TNS) relèvent du SSI : IJM plafonnées à ~31,76 €/j, calculées sur la moyenne des 3 dernières années de revenus.
- Le délai de carence est de 3 jours dans les deux cas.
- Les premières années d'activité exposent les TNS à des droits très faibles, voire nuls.
- La prévoyance complémentaire est indispensable pour tous, et déductible en contrat Madelin pour les TNS.
- Un président de SASU sans salaire n'a aucun droit aux IJM légales.
Le choix du statut juridique impacte bien plus que la fiscalité : il détermine votre niveau de protection sociale en cas de coup dur. Pour comparer le coût réel de chaque statut (cotisations incluses) et trouver la structure la plus adaptée à votre situation, utilisez notre simulateur gratuit.