Vous venez de terminer vos études vétérinaires, vous pensez à vous installer en libéral, ou vous cherchez à optimiser la structure fiscale de votre cabinet ? Ce guide fait le point sur les règles 2026 : régime BNC quasi-systématique, obligation légale de recourir à une SEL pour exercer en société (la SASU classique vous est interdite), cotisations CARPV détaillées branche par branche, spécificité TVA cruciale à connaître (les soins vétérinaires sont taxables à 20 %, contrairement aux actes médicaux humains), et les leviers pour maximiser votre revenu net.
Pourquoi le BNC est quasi-systématique pour les vétérinaires libéraux
Les honoraires perçus pour des actes vétérinaires relèvent fiscalement des Bénéfices Non Commerciaux (BNC), que vous exerciez seul ou en société. L'exercice libéral vétérinaire ne peut pas être structuré via une SASU ou une EURL classique : la loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 et l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 imposent le recours à une Société d'Exercice Libéral (SEL) pour tout exercice vétérinaire en société.
En pratique, les vétérinaires libéraux choisissent entre :
- EI BNC réel (déclaration contrôlée 2035) — la forme la plus simple, sans personnalité morale, recommandée jusqu'à environ 80-100 k€ de revenus nets imposables.
- SELARL — SEL de forme SARL, gérant TNS, soumise à l'IS, avec la règle des 10 % du capital pour les dividendes.
- SELASU — SEL de forme SASU, président assimilé salarié, IS, flat tax 31,4 % sur tous les dividendes sans règle des 10 %.
- SELAS — équivalent pluripersonnel de la SELASU, pour les cabinets de groupe à plusieurs associés.
- SCP — Société Civile Professionnelle transparente à l'IR pour deux vétérinaires ou plus (hors champ de ce guide).
La micro-BNC (abattement 34 %, plafond 77 700 €) existe techniquement, mais la quasi-totalité des vétérinaires installés dépassent ce seuil ou ont des charges réelles (médicaments, matériel, loyer) nettement supérieures à 34 % du chiffre d'affaires. En pratique, le régime réel BNC s'impose dès la première année.
Cotisations CARPV 2026 — le détail branche par branche
La CARPV (Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Vétérinaires) gère votre protection sociale spécifique en matière de retraite complémentaire et de prévoyance. Ses cotisations s'ajoutent aux cotisations SSI/URSSAF (maladie, retraite de base CNAV, CSG/CRDS, allocations familiales) payées comme tout travailleur non salarié.
Retraite de base SSI
Comme les autres professions libérales non médicalement conventionnées, les vétérinaires libéraux cotisent à la retraite de base via le régime SSI (anciennement RSI pour certaines branches, désormais intégré à l'URSSAF) :
- Un taux de ~17,75 % sur les revenus BNC (ou rémunération SEL) jusqu'à 1 PASS (47 100 € en 2026), ouvrant droit à des trimestres de retraite de base CNAV.
- Un taux déplafonné de ~2,30 % sur la fraction des revenus au-delà de 1 PASS, sans droit supplémentaire à retraite de base.
Un vétérinaire avec 60 k€ de bénéfice net après charges paie environ 5 100-5 500 €/an de cotisations retraite de base.
Retraite complémentaire CARPV
Le régime complémentaire CARPV fonctionne par classes forfaitaires en fonction du revenu. Les cotisations 2026 s'échelonnent approximativement de ~700 €/an (classe A) à ~6 000 €/an (classe F) selon les tranches de revenus N-2. Cette contribution est déductible du bénéfice BNC en régime réel (déclaration contrôlée 2035), mais non déductible en micro-BNC (l'abattement forfaitaire est censé tout couvrir).
- Classe A — revenus inférieurs à environ 20 000 €/an : ~700-900 €/an
- Classe B — ~20 000-35 000 €/an : ~1 200-1 600 €/an
- Classe C — ~35 000-55 000 €/an : ~1 800-2 500 €/an
- Classe D — ~55 000-80 000 €/an : ~2 800-3 800 €/an
- Classe E — ~80 000-120 000 €/an : ~4 000-5 000 €/an
- Classe F — au-delà de 120 000 €/an : ~5 500-6 500 €/an
Note : les tranches exactes et les montants 2026 sont publiés par la CARPV chaque année. Ces estimations sont indicatives ; consultez le site officiel de la CARPV pour les barèmes définitifs.
Prévoyance invalidité-décès CARPV
La CARPV gère également une couverture prévoyance obligatoire (invalidité et décès) dont la cotisation annuelle se situe autour de 300 à 600 €/an, variable selon les options choisies et le revenu. Cette cotisation est déductible en régime réel BNC.
Cotisations maladie URSSAF
En tant que TNS (EI ou gérant SELARL), vous cotisez également à l'assurance maladie-maternité SSI (~6,5 % sur le revenu d'activité jusqu'à 5 PASS, avec un plancher minimum), à la CSG/CRDS (~9,2 % dont 6,8 % déductibles) et aux allocations familiales (~3,1 %). Ces cotisations sont distinctes des cotisations CARPV et entrent dans le calcul global des charges sociales.
TVA des vétérinaires : la spécificité qui change tout par rapport aux médecins
C'est le point le plus important à retenir et le plus souvent mal compris par les vétérinaires qui s'installent : les actes vétérinaires ne sont pas exonérés de TVA, contrairement aux soins médicaux dispensés aux personnes.
Pourquoi les vétérinaires paient la TVA et pas les médecins
L'article 261-4-1° du CGI exonère de TVA les « soins dispensés aux personnes par les membres des professions médicales et paramédicales réglementées ». Le mot-clé est « aux personnes » — il désigne les êtres humains. Les soins prodigués aux animaux (chiens, chats, chevaux, bovins…) ne bénéficient d'aucune exonération équivalente dans le droit français.
Conséquences directes pour votre cabinet :
- Toutes vos consultations, actes chirurgicaux, médicaments vendus et analyses de laboratoire sont soumis à la TVA au taux standard de 20 %.
- Vous êtes en franchise de TVA uniquement si votre CA HT n'excède pas 37 500 €/an (seuil standard BNC, pas de franchise élargie spécifique comme pour les artistes-auteurs ou les avocats). En pratique, la quasi-totalité des vétérinaires installés dépassent ce seuil dès la première année.
- En contrepartie, vous pouvez récupérer la TVA sur tous vos achats professionnels (médicaments, matériel médical, équipements, fournitures).
- Vous devez déclarer la TVA via le formulaire CA3 (mensuel ou trimestriel selon votre CA).
Cas particulier des missions sanitaires
Certains vétérinaires ruraux exercent des missions sanitaires déléguées par l'État (prophylaxie obligatoire, inspection ante/post mortem, surveillance épidémiologique). Ces missions, rémunérées par des honoraires conventionnés, peuvent bénéficier de règles TVA particulières selon leur nature exacte. Si vous êtes vétérinaire sanitaire, demandez un rescrit TVA à votre SIE pour clarifier le traitement de chaque flux.
Impact concret de la TVA sur votre trésorerie
Sur un CA de 100 k€ HT, vous collectez 20 000 € de TVA que vous reversez à l'État (déduction faite de la TVA déductible sur vos achats). Ces 20 000 € ne sont jamais disponibles pour vous — ils transitent par votre compte et doivent être provisionnés dès leur encaissement. Un compte bancaire séparé dédié à la TVA collectée est fortement recommandé.
Honoraires et revenus des vétérinaires libéraux en 2026
Les revenus vétérinaires varient considérablement selon la spécialité, la zone géographique et le type de clientèle.
- Vétérinaire généraliste animaux de compagnie (urbain) — consultation 55-85 € HT, CA annuel HT typique 80-150 k€.
- Vétérinaire généraliste animaux de compagnie (rural) — consultation 45-70 € HT, CA annuel HT 60-100 k€.
- Vétérinaire mixte (compagnie + rurale) — CA 80-160 k€ selon le mix et la zone.
- Vétérinaire rural/élevage — consultation 60-90 € HT + frais de déplacement 0,5-1 €/km, CA 80-200 k€.
- Vétérinaire équin — consultation 80-200 € HT + déplacement, CA 80-180 k€.
- Vétérinaire spécialiste (dermatologie, cardiologie, ophtalmologie, oncologie vétérinaire, neurologie) — consultation spécialisée 200-500 € HT, CA 150-350 k€.
- Urgentiste / clinique 24h — consultation urgence 120-300 € HT, CA global de la structure élevé.
Comparatif des statuts : EI BNC réel, SELARL et SELASU
Pour un vétérinaire avec 100 k€ de chiffre d'affaires HT annuel (après prise en compte des charges courantes et des cotisations), voici une estimation du revenu net disponible selon le statut choisi :
EI BNC réel (déclaration contrôlée 2035)
Avec 100 k€ de recettes HT et ~30 k€ de charges déductibles (hors cotisations sociales), le bénéfice avant cotisations est d'environ 70 k€. Les cotisations TNS (SSI + CARPV) représentent ~38-42 % du revenu net, soit ~26-28 k€. Revenu net imposable : ~42-44 k€. Après IR (TMI 30 %, quotient 1 part) : revenu disponible estimé à ~32-35 k€/an, soit ~2 700-2 900 €/mois.
SELARL avec capital insuffisant (capital 1 €)
La SELARL soumet son résultat à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà). Le gérant TNS se verse une rémunération imposable à l'IR. Piège majeur : avec un capital social à 1 €, la quasi-totalité des dividendes dépasse le seuil des 10 % et est soumise aux cotisations CARPV + SSI (~45 %). L'avantage IS est alors quasi-entièrement annulé par les cotisations sociales sur dividendes.
SELARL bien capitalisée (capital ≥ 50 000 €)
Avec un capital de 50 000 € + CCA de 50 000 €, le seuil des 10 % est de 10 000 €. Sur 100 k€ de CA HT, après charges et IS (estimé ~5 000-8 000 €), la société distribue ~30-40 k€ de dividendes ; la fraction inférieure à 10 000 € est à la flat tax 31,4 %, le reste (20-30 k€) est soumis aux cotisations sociales ~45 %. Revenu net estimé : ~33-38 k€/an. L'avantage reste limité à ce niveau de CA.
SELASU (président assimilé salarié)
La SELASU est souvent la structure la plus efficace au-delà de 80-100 k€ de CA. Le président peut choisir de se verser un salaire modéré ou de ne pas se salarier du tout (stratégie ARE+SELASU, voir ci-dessous). Tous les dividendes distribués sont soumis à la flat tax de 31,4 % sans cotisations CARPV ni SSI — contrairement à la SELARL. Pour un CA de 100 k€ avec salaire 0 et dividendes ~45 k€ nets après IS : revenu disponible estimé à ~42-45 k€/an, soit ~3 500-3 750 €/mois (hors ARE).
La règle des 10 % en SELARL : le piège à éviter
En SELARL (comme en EURL classique), les dividendes qui excèdent 10 % du capital social + primes d'émission + comptes courants d'associés sont soumis aux cotisations sociales TNS (art. L131-6 §4 CSS). Ces cotisations comprennent les prélèvements CARPV et SSI, soit environ 40-45 % de cotisations supplémentaires.
Exemple : capital social 1 000 € + CCA 0 €. Seuil 10 % = 100 €. Chaque euro de dividende au-delà de 100 € par an est soumis aux cotisations sociales. Avec 30 000 € de dividendes distribués, la quasi-totalité (29 900 €) sera lourdement taxée, réduisant à néant l'avantage IS.
Pour neutraliser ce mécanisme en SELARL, il faut un capital social suffisamment élevé. Pour distribuer 30 000 € de dividendes hors cotisations, il faut un capital + CCA d'au moins 300 000 €. C'est souvent incompatible avec la situation de démarrage d'un vétérinaire libéral.
La SELASU évite totalement ce problème : la règle des 10 % ne s'applique pas, et tous les dividendes bénéficient de la flat tax à 31,4 % sans cotisations CARPV ni SSI.
Stratégie ARE + SELASU sans salaire : le cas de Camille
Cas fictif à titre illustratif.
Camille, 34 ans, vétérinaire salariée dans une clinique (CDI 48 000 € brut/an), négocie une rupture conventionnelle pour s'installer en libéral. Elle crée une SELASU (SEL de forme SASU) avant son départ et vise 100 000 € de CA HT la première année.
Indemnités ARE estimées
Salaire journalier de référence (SJR) = 48 000 / 365 ≈ 131,5 €/j. Indemnité journalière ≈ 57 % × 131,5 ≈ 74,9 €/j ≈ 2 247 €/mois. Durée de droits : 18 mois (sauf senior). Total ARE sur 18 mois ≈ 40 446 €.
Dividendes SELASU sur 18 mois
Camille ne se verse aucun salaire depuis la SELASU (salaire = 0 € → 0 cotisation URSSAF → 0 € d'écrêtement ARE). La SELASU réalise 100 k€ de CA HT. Après charges (pharmacie, loyer, matériel, RC Pro, CARPV via rémunération distincte si EI parallèle — à analyser avec son expert- comptable) et IS estimé à ~5 000-7 000 € (taux réduit 15 %), les dividendes distribuables représentent environ 35-42 k€ bruts, soit ~24 000-29 000 € nets après flat tax 31,4 %.
Total estimé sur 18 mois : ~40 000 € ARE + ~27 000 € dividendes ≈ 67 000 € nets, contre ~35-40 k€ nets en EI réel sans ARE. Le différentiel peut représenter 25 000-30 000 € sur les 18 premiers mois.
Important : la stratégie SELASU sans salaire nécessite que Camille ait une autre affiliation pour ses cotisations CARPV (par exemple, si elle cotise via l'EI en parallèle pour la période de lancement, ou via un contrat de travail dans une autre structure). Consultez votre expert-comptable et la CARPV avant de mettre en place cette configuration.
Frais déductibles spécifiques aux vétérinaires libéraux
En régime réel BNC (ou via la SEL à l'IS), vous pouvez déduire les charges professionnelles réelles, parmi lesquelles :
- Pharmacie et médicaments vétérinaires — achat de médicaments pour le stock de la clinique (compte 6021/6020), soumis à TVA récupérable.
- Matériel médical — table de chirurgie, appareil de radiologie numérique, autoclave, microscope, analyseur biologique (amortissement 3-7 ans selon nature), TVA récupérable.
- Matériel d'échographie et d'imagerie — 8 000-30 000 €, amortissement 5-7 ans.
- Frais de déplacement (vétérinaires ruraux et équins) — barème kilométrique 2026 (0,529 €/km pour 5 CV thermique, +20 % pour les véhicules électriques) avec registre kilométrique daté et obligatoire. Indispensable en cas de contrôle URSSAF.
- Loyer de la clinique — loyer commercial ou quote-part si propriétaire d'un local inscrit au bilan (SCI à l'IS possible).
- RC Pro vétérinaire — entre 800 et 2 500 €/an selon la couverture et les spécialités pratiquées. Obligatoire.
- Cotisation Ordre National des Vétérinaires (ONV) — ~450-600 €/an, déductible.
- Logiciels de gestion de cabinet (Vétocloud, Pégase, Selvet, Vetup) — 600-1 800 €/an, déductibles en totalité (SaaS) ou amortissables si achat de licence perpétuelle.
- Formation continue DPC — formations réglementaires et stages de spécialisation déductibles.
- Cotisations CARPV (retraite complémentaire + prévoyance) — déductibles uniquement en régime réel BNC (déclaration contrôlée 2035), via le mécanisme Madelin art. 154 bis CGI pour la partie facultative. Non déductibles en micro-BNC.
- Personnel salarié — auxiliaires vétérinaires (ASV), secrétaires, infirmières : salaires + charges patronales entièrement déductibles.
Zones sous-dotées et aides à l'installation
Le désert vétérinaire est une réalité en France rurale. Des dispositifs d'aide à l'installation existent :
- Zones déficitaires en offre vétérinaire — certaines collectivités locales proposent des aides à l'installation (subventions, locaux à tarif préférentiel, voire aides à la reprise de clientèle) pour les vétérinaires ruraux s'installant dans des zones sous-dotées. Ces aides sont non imposables lorsqu'elles ont la nature d'une aide à l'investissement affectée à un bien amortissable.
- ZRR / France Ruralités Revitalisation — si votre cabinet est situé dans une zone éligible (commune < 25 000 habitants classée en Zone de Revitalisation Rurale ou FRR), vous pouvez bénéficier d'une exonération d'IR de 100 % pendant 5 ans puis dégressive sur 3 ans (art. 44 quindecies A CGI), sous conditions.
Les 6 pièges à éviter absolument en tant que vétérinaire libéral
Piège n° 1 — Créer une SASU classique au lieu d'une SELASU (loi 90-1258)
La loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 interdit aux vétérinaires d'exercer en société via une SASU ou une EURL classique. Seules les SEL (SELARL, SELASU, SELAS, SELCA) et la SCP sont autorisées. Créer une SASU classique pour facturer des actes vétérinaires expose au risque d'une invalidité de vos actes, de poursuites disciplinaires par l'Ordre des Vétérinaires, et d'une requalification fiscale sur plusieurs années. La transformation d'une SASU en SELASU nécessite un agrément de l'ONV et une modification statutaire.
Piège n° 2 — Ignorer la TVA à 20 % sur les actes vétérinaires
Contrairement aux médecins, dentistes et sages-femmes dont les actes thérapeutiques sur les personnes sont exonérés de TVA (art. 261-4-1° CGI), les soins vétérinaires sont taxables à 20 %. Les nouveaux vétérinaires confondent parfois leur situation avec celle des professions médicales humaines et oublient de facturer la TVA, ou pire, ne s'inscrivent pas à la TVA en croyant être exonérés. Dès que votre CA HT dépasse 37 500 €, vous devez impérativement être immatriculé à la TVA et l'appliquer à tous vos actes. Un oubli peut entraîner un redressement TVA sur 3 ans (jusqu'à 10 ans en cas d'activité occulte).
Piège n° 3 — SELARL avec capital à 1 € et dividendes soumis à ~45 % de cotisations
Créer une SELARL avec un capital social symbolique de 1 € puis se distribuer des dividendes est une erreur coûteuse. La quasi-totalité des dividendes dépasserait le seuil des 10 % et serait soumise aux cotisations CARPV + SSI (~45 %), annulant l'avantage de l'IS. Pour que la SELARL soit pertinente, il faut un capital social d'au moins 50 000-100 000 € (via apport personnel ou incorporation de réserves), ou préférer la SELASU qui évite totalement ce problème.
Piège n° 4 — Ne pas déduire la CARPV en micro-BNC et perdre l'avantage Madelin
En micro-BNC (abattement forfaitaire 34 %), les cotisations CARPV complémentaires ne sont pas déductibles séparément — l'abattement est censé couvrir toutes les charges. En revanche, en régime réel BNC (déclaration contrôlée 2035), vous pouvez déduire vos cotisations CARPV au titre de l'art. 154 bis CGI (Madelin) dans la limite du plafond Madelin retraite (10 % du bénéfice imposable + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS). Passer à tort en micro-BNC et ne pas déduire ces cotisations peut coûter plusieurs milliers d'euros d'impôt par an.
Piège n° 5 — Sous-estimer le choc de cotisations CARPV à N+2
Comme tous les TNS, les vétérinaires en EI ou SELARL sont soumis au décalage des cotisations provisionnelles. Les premières années, les cotisations sont calculées sur une assiette minimale. À la régularisation (N+1, N+2), le rattrapage peut représenter 15 000-30 000 € en une seule fois si votre activité a bien démarré. Provisionnez systématiquement 35-40 % de votre bénéfice mensuel dès la première année.
Piège n° 6 — Déplacements ruraux sans registre kilométrique
Les vétérinaires ruraux et équins ont souvent des frais kilométriques très élevés (visites d'élevages, urgences à domicile). Ces frais sont déductibles via le barème kilométrique 2026 — mais uniquement si vous tenez un registre kilométrique daté (date, trajet origine-destination, nombre de km, objet professionnel). Sans ce registre, l'URSSAF peut rejeter l'intégralité de ces frais lors d'un contrôle, entraînant un redressement sur les 3 dernières années.
Récapitulatif : quel statut choisir selon votre situation ?
- CA HT < 77 700 € et frais réels < 34 % du CA — micro-BNC envisageable mais rare en vétérinaire (charges élevées). Dans la pratique, le régime réel s'impose presque toujours.
- CA HT 77 700-150 000 €, installation récente — EI BNC réel (2035) ou SELASU si ARE à préserver.
- CA HT > 150 000 €, situation stabilisée — SELASU avec arbitrage salaire/dividendes optimisé + PER Madelin + DUE (tickets restaurant, FMD, PPV).
- Association avec un ou plusieurs confrères — SELAS ou SCP selon la configuration fiscale souhaitée.
Quel que soit le statut, la SELASU est généralement préférable à la SELARL dès lors que vous souhaitez distribuer des dividendes significatifs, car elle évite la règle des 10 % et les cotisations CARPV supplémentaires sur les dividendes.
Pour simuler votre revenu net selon votre CA et votre statut, utilisez notre simulateur fiscal interactif qui compare en temps réel micro-BNC, EI réel, EURL IS et SASU IS (les résultats pour EURL IS et SASU IS restent une bonne approximation comparative avant la structuration en SELARL/SELASU). Rapprochez-vous ensuite d'un expert-comptable spécialisé en professions vétérinaires pour affiner les chiffres à votre situation précise.