Vous vous installez en libéral ou cherchez à optimiser votre structure fiscale en tant que chirurgien-dentiste ? Ce guide fait le point sur les règles 2026 : régime BNC quasi-systématique, cotisations CARCDSF détaillées branche par branche, TVA spécifique au cabinet dentaire (soins exonérés, prothèses à 5,5 %, actes esthétiques à 20 %), choix entre SELARL et SELASU, et les leviers pour maximiser votre revenu net.
Pourquoi le BNC est quasi-systématique pour les chirurgiens-dentistes
Les honoraires perçus pour des actes bucco-dentaires relèvent fiscalement des Bénéfices Non Commerciaux (BNC), que vous exerciez en exercice libéral individuel ou en société. Contrairement à d'autres secteurs, vous ne pouvez pas structurer votre activité clinique via une SASU classique ou une EURL : la loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 et l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 imposent le recours à une Société d'Exercice Libéral (SEL) pour tout exercice dentaire en société.
En pratique, les chirurgiens-dentistes libéraux choisissent entre :
- EI BNC réel (déclaration contrôlée 2035) — la forme la plus simple, sans personnalité morale, recommandée jusqu'à environ 80-100 k€ de revenus nets.
- SELARL — SEL de forme SARL, gérant TNS, soumise à l'IS, avec la règle des 10 % du capital pour les dividendes.
- SELASU — SEL de forme SASU, président assimilé salarié, IS, flat tax 31,4 % sur tous les dividendes sans règle des 10 %.
- SELAS — équivalent pluripersonnel de la SELASU, pour les cabinets de groupe à plusieurs associés.
- SCP — Société Civile Professionnelle transparente à l'IR pour deux praticiens ou plus (hors champ de ce guide).
La micro-BNC (abattement 34 %, plafond 77 700 €) existe techniquement pour les chirurgiens-dentistes, mais la quasi-totalité des praticiens dépasse le plafond ou opte dès la première année pour le régime réel, car les charges réelles d'un cabinet dentaire (matériel, prothèses de laboratoire, loyer, personnel) excèdent largement 34 % du chiffre d'affaires.
Cotisations CARCDSF 2026 — le détail branche par branche
La CARCDSF (Caisse Autonome de Retraite des Chirurgiens-Dentistes et des Sages-Femmes) gère votre protection sociale spécifique en matière de retraite et de prévoyance. Ses cotisations s'ajoutent aux cotisations URSSAF maladie-maternité PAMC, à la CSG/CRDS et aux allocations familiales.
Section A — Retraite de base
La retraite de base des chirurgiens-dentistes libéraux est adossée au régime général (CNAV) depuis la réforme des retraites. Les cotisations sont calculées sur les revenus BNC (ou rémunération SEL) avec :
- Un taux de ~17,75 % sur les revenus jusqu'à 1 PASS (47 100 € en 2026), ouvrant droit à des trimestres de retraite de base CNAV.
- Un taux déplafonné de ~2,30 % sur la fraction des revenus au-delà de 1 PASS, sans droit supplémentaire à retraite de base.
Un chirurgien-dentiste avec 100 k€ de bénéfice net après charges paie environ 10 000-12 000 €/an de cotisations retraite de base à la CARCDSF/CNAV.
Section B — Retraite complémentaire (classes A à G)
La retraite complémentaire CARCDSF est forfaitaire par classes, fixées selon vos revenus N-2. Les classes 2026 (valeurs estimées — vérifiez sur carcdsf.fr) :
| Classe | Revenus N-2 (BNC / rém. SEL) | Cotisation 2026 (estimée) |
|---|---|---|
| A | < 35 000 € | ~2 000-2 500 €/an |
| B | 35 000 – 65 000 € | ~4 500-5 500 €/an |
| C | 65 000 – 100 000 € | ~7 000-8 500 €/an |
| D | 100 000 – 140 000 € | ~10 000-11 500 €/an |
| E | 140 000 – 180 000 € | ~13 000-14 500 €/an |
| F | 180 000 – 220 000 € | ~16 000-17 500 €/an |
| G | > 220 000 € | ~19 000-21 000 €/an |
Ces cotisations génèrent des points CARCDSF valorisés à la retraite. La cotisation Section B est déductible en Madelin (art. 154 bis CGI) en EI BNC réel — elle n'est pas déductible en micro-BNC.
Section C — Invalidité-Décès
Cotisation forfaitaire d'environ 1 000-1 200 €/an en 2026, ouvrant droit à une rente en cas d'invalidité professionnelle totale ou partielle et à un capital décès pour vos ayants-droit. Déductible en Madelin (art. 154 bis CGI).
ASV — Avantage Social Vieillesse
L'ASV est un régime de retraite supplémentaire financé à 2/3 par la CPAM et à 1/3 par le praticien, accessible uniquement aux chirurgiens-dentistes conventionnés (secteurs 1 et 2). La part praticien représente environ 600-900 €/an selon votre volume d'activité conventionnée. Elle génère des droits à retraite supplémentaires valorisés à la liquidation. Les praticiens non conventionnés ne cotisent pas à l'ASV et n'en bénéficient pas.
Cotisations URSSAF maladie-maternité PAMC
En plus des cotisations CARCDSF, vous réglez à l'URSSAF :
- Maladie-maternité PAMC : environ 6,5 % de la rémunération conventionnelle pour les secteurs conventionnés, avec prise en charge partielle par la CPAM.
- CSG/CRDS : 9,2 % sur les revenus BNC (dont 6,8 % déductibles du bénéfice imposable).
- Allocations familiales : 3,1 % jusqu'à 110 % du PASS puis 3,1-6,5 % au-delà.
TVA au cabinet dentaire : une fiscalité à trois vitesses
La TVA est l'un des points les plus complexes et les plus litigieux pour les chirurgiens-dentistes libéraux. Trois régimes coexistent selon la nature de la prestation.
Soins dentaires conventionnés — exonérés de TVA
Les actes de soin à visée thérapeutique sont exonérés de TVA en application de l'article 261-4-1° du CGI, qui exonère « les soins dispensés aux personnes par les membres des professions médicales et paramédicales ». Sont concernés : consultations, soins conservateurs (caries, dévitalisations), extractions, parodontologie thérapeutique, chirurgie orale à visée fonctionnelle, détartrage, orthodontie correctrice chez l'enfant.
Prothèses dentaires — TVA à 5,5 %
Les prothèses dentaires (couronnes, bridges, appareils amovibles, implants prothétiques) facturées par le chirurgien-dentiste sont soumises à la TVA réduite à 5,5 % en vertu de l'article 278-0 bis du CGI (appareillages pour personnes handicapées ou à mobilité réduite). Cette TVA s'applique sur la part honoraires prothétiques, distincte des honoraires de soin. Elle est collectée et reversée à la DGFiP dès lors que le praticien dépasse le seuil de franchise de 37 500 €/an de chiffre d'affaires taxable (prothèses + actes esthétiques).
En contrepartie, la TVA à 5,5 % sur les honoraires prothétiques vous permet de récupérer la TVA sur les factures du laboratoire de prothèses (également à 5,5 %) ainsi que sur tout le matériel prothétique acheté, réduisant significativement votre coût net d'approvisionnement.
Actes esthétiques purs — TVA à 20 %
Les actes purement esthétiques, sans finalité thérapeutique ni médicalement justifiée, sont soumis à la TVA à 20 %. Sont concernés : blanchiment dentaire cosmétique (hors indication thérapeutique), facettes céramiques à visée esthétique pure, implants posés sans indication fonctionnelle documentée. La distinction entre acte thérapeutique et acte esthétique repose sur la documentation médicale dans le dossier patient.
Concrètement, si vous réalisez à la fois des soins (exonérés), des prothèses (5,5 %) et des actes esthétiques (20 %), vous devez tenir une comptabilité analytique séparant ces trois flux pour remplir correctement votre déclaration CA3. Dès le franchissement de 37 500 €/an de CA taxable (prothèses + esthétique), vous devez vous immatriculer à la TVA.
Récapitulatif TVA cabinet dentaire
| Nature de l'acte | Taux TVA | Base légale |
|---|---|---|
| Soins thérapeutiques (caries, extractions, parodontologie, etc.) | Exonéré | Art. 261-4-1° CGI |
| Prothèses dentaires (couronnes, bridges, appareils) | 5,5 % | Art. 278-0 bis CGI |
| Actes esthétiques purs (blanchiment, facettes cosmétiques) | 20 % | Art. 256 CGI (droit commun) |
Honoraires et revenus : repères 2026 pour les chirurgiens-dentistes
Les honoraires varient fortement selon la spécialisation, la localisation et le mix d'activité (conventionné/non conventionné, prothétique, implantaire). Voici des fourchettes représentatives pour 2026 :
| Profil | Recettes annuelles typiques |
|---|---|
| Omnipraticien secteur 1 (convention pure) | 70 000 – 130 000 € |
| Omnipraticien avec activité prothétique / implantaire | 120 000 – 220 000 € |
| Orthodontiste secteur 2 | 120 000 – 250 000 € |
| Parodontiste spécialisé | 100 000 – 200 000 € |
| Chirurgien oral (implantologie, chirurgie des dents de sagesse) | 150 000 – 350 000 € |
| Dentiste esthétique non conventionné (facettes, blanchiment) | Variable (souvent 150 k€+) |
Comparatif des statuts : quel net mensuel à 100 k€ et 180 k€ ?
Ces simulations supposent un chirurgien-dentiste conventionné secteur 1 ou 2 avec des charges de cabinet de ~30-35 % du chiffre d'affaires. Les montants sont indicatifs.
À 100 000 € de recettes annuelles
| Statut | Net annuel estimé | Net mensuel estimé |
|---|---|---|
| EI BNC réel (2035) | ~40 000 € | ~3 333 € |
| SELARL (IS 15 %) — capital 50 k€ | ~41 500 € | ~3 458 € |
| SELASU (IS 15 %) | ~43 000 € | ~3 583 € |
À 100 k€, les différences entre statuts restent limitées. L'EI BNC réel est souvent la solution la plus simple et la moins coûteuse en comptabilité. La SEL n'apporte un avantage réel que si vous capitalisez des bénéfices en IS 15 % pour les distribuer ultérieurement.
À 180 000 € de recettes annuelles
| Statut | Net annuel estimé | Net mensuel estimé |
|---|---|---|
| EI BNC réel (2035) | ~65 000 € | ~5 417 € |
| SELARL — capital 80 k€, rém. 70 k€ | ~72 000 € | ~6 000 € |
| SELASU — salaire 55 k€ + dividendes | ~78 000 € | ~6 500 € |
À 180 k€ de recettes, la SELASU devient nettement plus avantageuse grâce à la flat tax 31,4 % sur les dividendes (sans cotisations SSI) et à la capitalisation de l'IS à 15 % sur la fraction non distribuée. L'écart avec l'EI BNC réel atteint ~13 000 €/an.
SELARL vs SELASU : quelle SEL choisir ?
SELARL — gérant TNS
En SELARL, vous êtes gérant majoritaire au régime TNS (SSI). Vos cotisations sociales représentent environ 40-45 % de votre rémunération nette. La règle des 10 % du capital (art. L131-6 § 4 CSS) s'applique : la fraction de dividendes excédant 10 % du capital social + primes d'émission + CCA est soumise aux cotisations TNS (~45 %). Avec un capital de 1 €, la quasi-totalité de vos dividendes supportent des cotisations sociales, annulant l'avantage de l'IS.
Pour que la SELARL soit efficace, il faut un capital suffisant — en pratique 50 k€ à 100 k€ minimum. Exemple : avec un capital de 80 k€, les 8 000 premiers euros de dividendes échappent aux cotisations TNS (flat tax 31,4 % uniquement). Au-delà, les cotisations TNS s'appliquent à nouveau.
SELASU — président assimilé salarié
En SELASU, vous êtes président assimilé salarié au régime général. Vos cotisations sur le salaire sont plus élevées (~80 % du net en charges patronales + salariales), mais la règle des 10 % du capital ne s'applique pas aux dividendes. Tous vos dividendes sont soumis à la flat tax 31,4 % (12,8 % IR + 17,2 % PS) sans cotisations SSI supplémentaires.
La stratégie optimale en SELASU consiste à allouer un salaire raisonnable (ouvrant droits à retraite AGIRC-ARRCO et CPAM) et à maximiser les dividendes en flat tax. Avec 180 k€ de recettes, un salaire de 55-70 k€ brut et le solde en dividendes représente souvent le meilleur arbitrage.
Tableau de décision SELARL vs SELASU
| Critère | SELARL | SELASU |
|---|---|---|
| Régime social | TNS (SSI) | Assimilé salarié (CPAM) |
| Dividendes sans cotisations SS | Seulement ≤ 10 % capital+CCA | Tous les dividendes (flat tax 31,4 %) |
| Capital recommandé | ≥ 50 k€ pour optimiser le seuil 10 % | 1 € suffisant (règle 10 % inapplicable) |
| IJ maladie | ~31,76 €/j (SSI, plafonné) | Jusqu'à ~114 €/j (CPAM, base salaire) |
| Retraite complémentaire | SSI + CARCDSF | AGIRC-ARRCO + CARCDSF |
| ARE si révocation mandat | Non (TNS) | Non (mandat révocable ad nutum) |
| DSN mensuelle | Non requise | Obligatoire (15 du mois M+1) |
| Pertinent à partir de | ~120-140 k€ recettes avec capital adapté | ~120-140 k€ recettes |
Frais déductibles spécifiques au cabinet dentaire
En régime réel BNC (2035) ou en SEL à l'IS, vous pouvez déduire l'ensemble de vos charges professionnelles réelles :
- Loyer du cabinet et charges locatives (ou quote-part si exercice depuis votre domicile).
- Matériel dentaire : fauteuil dentaire (amortissement 5-10 ans), unit dentaire, stérilisateur (autoclave), radiologie panoramique, scanner cone beam 3D (CBCT, amortissement 5-7 ans, 10 000-80 000 €).
- Prothèses de laboratoire : factures du prothésiste dentaire (sous-traitant), 100 % déductibles en EI BNC réel ou IS.
- Cotisation ordinale (Conseil Départemental de l'Ordre des Chirurgiens-Dentistes — CDOP) : environ 400-600 €/an.
- RC Professionnelle médicale : 1 000-3 000 €/an selon le volume d'activité et la couverture.
- Logiciels cabinet (Veasy, Logos, Doctolib ~2 400 €/an, logiciel de radiologie).
- Personnel : assistante dentaire (salaire + charges ~45 % brut), secrétaire de cabinet.
- Formation continue DPC (Développement Professionnel Continu, financement partiel FIFPL) : formations implantologie, endodontie, orthodontie, etc.
- Cotisations CARCDSF Sections B et C : déductibles en Madelin (art. 154 bis CGI) en EI BNC réel — NON déductibles en micro-BNC.
- Prévoyance Madelin : jusqu'à 3,75 % du bénéfice + 7 % du PASS (~5 547 €/an max) déductible en EI BNC et SELARL.
- Consommables : produits d'empreinte, matériaux d'obturation, anesthésiants, gants, masques, matériels à usage unique.
Cas chiffré complet — EI BNC réel à 100 000 € de recettes
Dr Julien, omnipraticien secteur 1, 35 ans, Province.
Recettes : 100 000 €/an. Frais réels : 42 000 €/an (loyer cabinet, assistante temps partiel, prothèses, matériel, logiciels, RC Pro, cotisation Ordre).
| Poste | EI BNC réel |
|---|---|
| Recettes brutes | 100 000 € |
| Frais professionnels | -42 000 € |
| Bénéfice avant cotisations | 58 000 € |
| Cotisations CARCDSF (RB + RC classe C + ID + ASV) | ~-16 500 € |
| Cotisations URSSAF (maladie PAMC, CSG/CRDS, AF) | ~-8 500 € |
| Bénéfice imposable (base IR) | ~33 000 € |
| IR (TMI 30 %, après abattements) | ~-7 200 € |
| Net annuel | ~25 800 € |
| Net mensuel | ~2 150 € |
Avec un PER Madelin de 5 000 €/an et la déduction complète des cotisations CARCDSF Sections B et C en Madelin (~8 000 €/an), le bénéfice imposable descend à ~20 000 €, générant une économie d'environ 2 600 €/an d'IR supplémentaires (net ~28 400 €/an soit ~2 367 €/mois).
Note : le net mensuel peut paraître bas à 100 k€ de recettes car les charges d'un cabinet dentaire (personnel, matériel, prothèses) sont structurellement élevées — souvent 40-50 % du CA. Un recours au simulateur intégrant des charges plus légères (cabinet partagé, pas d'assistant) donnera un net sensiblement plus élevé.
Stratégie ARE + SELASU sans salaire
Si vous quittez un poste de chirurgien-dentiste salarié (clinique dentaire, centre de santé, hôpital) avec une rupture conventionnelle ou un licenciement, vous pouvez percevoir l'ARE tout en exerçant en SELASU sans vous verser de salaire, et en percevant des dividendes non écrêtés par France Travail.
Cas chiffré — Dr Sophie, chirurgien-dentiste 38 ans
Dentiste salariée en clinique, rémunération 55 000 €/an brut. Rupture conventionnelle négociée, puis création d'une SELASU, avec 140 000 € de recettes dès la 1re année libérale.
- ARE mensuelle : environ 2 540 €/mois (57 % du salaire journalier de référence, durée 18 mois compte tenu de l'ancienneté).
- Dividendes SELASU : après IS 15 % sur 55 000 € de bénéfice (recettes 140 k€ − charges 67 k€ − frais divers 18 k€), soit IS ~8 250 €. Dividendes bruts ~46 750 €, net flat tax 31,4 % = ~32 100 €/an (non écrêtés par France Travail car dividendes ≠ rémunération).
- Total sur 18 mois : ARE ~45 700 € + dividendes ~48 150 € = ~93 850 € nets.
- Sans stratégie ARE (EI BNC réel dès le départ) : environ 60-65 k€ nets sur 18 mois.
Le différentiel atteint ~28 000-33 000 € sur 18 mois grâce à la combinaison ARE + dividendes non écrêtés. Conditions impératives : créer la SELASU avant de s'inscrire à France Travail, ne verser aucun salaire pendant la période d'ARE, et documenter le caractère distinct de l'activité libérale par rapport au poste salarié précédent.
Pour un guide détaillé sur la rupture conventionnelle, consultez notre article rupture conventionnelle pour se lancer en freelance.
Leviers d'optimisation fiscale en 2026
Plan d'Épargne Retraite (PER) Madelin
En EI BNC réel ou SELARL (gérant TNS), le PER est déductible jusqu'à 10 % du bénéfice + 15 % entre 1 et 8 PASS. Pour un chirurgien-dentiste avec 80 000 € de bénéfice net, le plafond PER dépasse 20 000 €/an, générant une économie d'IR considérable. En SELASU, le plafond est celui du salarié (10 % de la rémunération brute, plafonné à 37 680 €). Pour en savoir plus, consultez notre guide sur le PER freelance 2026.
Prévoyance Madelin
La prévoyance complémentaire est déductible en Madelin pour les TNS (EI, SELARL) jusqu'à 3,75 % du bénéfice + 7 % du PASS (~5 547 €/an). En SELASU, la prévoyance est mise en place via une DUE, avec exonération de cotisations patronales dans les limites réglementaires. La prévoyance est particulièrement importante pour les dentistes : un arrêt de travail de 3 mois peut bloquer tout le cabinet.
DUE SELASU : avantages en nature
En SELASU, une Décision Unilatérale de l'Employeur (DUE) permet d'activer ticket restaurant (~860 €/an exonéré), forfait mobilités durables (~800 €/an exonéré), et Prime de Partage de la Valeur (~3 000 €/an exonérée IR si salaire < 3 SMIC). Ces avantages sont inaccessibles en SELARL ni en EI BNC.
Formulaire 2035 et déductibilité des cotisations Madelin
Le formulaire 2035 est le document central de votre déclaration BNC en EI réel. La ligne BQ regroupe les cotisations Madelin (retraite + prévoyance), la ligne BP les IK kilométriques (visites à domicile, déplacements inter-cabinets), et la ligne BK les amortissements de matériel. Vérifiez avec votre expert-comptable que toutes les cotisations CARCDSF déductibles sont bien reportées.
Zones sous-dotées et exonérations géographiques
Si vous vous installez dans une Zone Sous-Dotée (ZSD) ou une Zone d'Intervention Prioritaire (ZIP) définie par l'ARS, des aides à l'installation de la CPAM (contrats d'aide à l'installation dentaire — AID, contrats de solidarité territoriale) sont disponibles. Ces aides sont généralement non imposables à l'IR ni soumises à cotisations CARCDSF.
Une installation dans une zone France Ruralités Revitalisation (FRR) (art. 44 quindecies A CGI, communes < 25 000 habitants éligibles) ouvre droit à une exonération totale d'IR pendant 5 ans puis dégressive sur 3 ans — un levier puissant pour les jeunes praticiens qui s'installent en milieu rural.
Les 6 pièges à éviter absolument
1. Créer une SASU classique pour exercer en libéral conventionné
La loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 interdit strictement l'exercice de la chirurgie dentaire en société via une SASU classique ou une EURL. Seules les SEL (SELARL, SELASU, SELAFA, SELAS) sont autorisées, sous agrément de l'Ordre des Chirurgiens-Dentistes. Une SASU classique pourrait invalider vos actes, vous exposer à des poursuites disciplinaires et à des redressements de toute la facturation conventionnée.
2. Négliger la TVA sur les prothèses et les actes esthétiques
Beaucoup de chirurgiens-dentistes ignorent qu'ils doivent collecter la TVA à 5,5 % dès 37 500 €/an de recettes prothétiques + esthétiques. Au-delà du seuil de franchise, chaque facture prothétique doit mentionner la TVA à 5,5 %, et chaque acte esthétique la TVA à 20 %. L'absence de déclaration CA3 expose à un redressement de TVA sur 3 ans avec pénalités de 40 % et intérêts de retard de 0,2 %/mois.
3. SELARL avec capital à 1 € : les dividendes deviennent des cotisations
Avec un capital de 1 €, la règle des 10 % (art. L131-6 § 4 CSS) fait que la quasi-totalité de vos dividendes SELARL supportent des cotisations TNS à ~45 %. Un praticien qui distribue 60 000 € de dividendes avec un capital de 1 € paie environ 27 000 € de cotisations sociales sur ces dividendes, contre 18 840 € en flat tax 31,4 % (SELASU). La différence représente ~8 000 €/an perdus — à éviter absolument. Consultez notre guide SEL pour professions libérales.
4. Confusion entre soins exonérés et prothèses taxables
Lors d'un même plan de traitement (soin + pose de couronne), la part soin est exonérée de TVA et la part prothèse est soumise à 5,5 %. Il est impératif de ventiler les honoraires sur la facture patient (devis 1er et 2nd rang de l'AMO) en distinguant clairement les deux. Une facture globale sans distinction expose à un redressement TVA sur l'intégralité des honoraires.
5. Choc de cotisations CARCDSF en 2e année d'installation
La 1re année d'installation, les cotisations CARCDSF sont provisionnelles et très basses (classe A, car aucun revenu N-2 connu). En 2e ou 3e année, la régularisation sur vos revenus réels peut représenter 10 000-20 000 € de rappel en une seule fois. Provisionnez impérativement 35-40 % de vos recettes nettes de charges professionnelles dès la 1re année, et placez cet argent sur un livret bancaire dédié.
6. Convention CPAM non transférée après création de la SELASU
Lors de la transformation d'une activité EI en SELASU, vous devez renégocier et transférer votre convention CPAM au nom de la nouvelle structure. L'Ordre des Chirurgiens-Dentistes doit agréer la création de la SEL (délai 4-8 semaines), puis la CPAM doit être informée. Sans cette procédure, vous ne pouvez pas facturer en tiers payant, et les remboursements CPAM peuvent être suspendus. Anticipez ce délai pour éviter toute interruption de flux de trésorerie.
Questions fréquentes
Puis-je exercer en cabinet partagé avec d'autres dentistes tout en étant en SELASU individuelle ?
Oui. Une SELASU (associé unique) peut exercer dans des locaux partagés avec d'autres praticiens en SCM (Structure de Cotisation en commun) ou en location de plateau technique. La SELASU facture ses honoraires en propre, et la SCM répartit les charges communes (loyer, matériel, secrétariat). Pour un cabinet à plusieurs associés, il faudra opter pour une SELAS ou une SELARL multi-associés.
La CARCDSF couvre-t-elle aussi les sages-femmes ? Y a-t-il des différences ?
Oui, la CARCDSF gère également la retraite des sages-femmes libérales. Les taux et classes sont identiques dans la structure, mais les niveaux de cotisation peuvent différer selon les grilles de revenus propres à chaque profession. Les chirurgiens-dentistes et sages-femmes cotisent dans les mêmes sections A, B et C mais via des grilles tarifaires distinctes. Consultez directement carcdsf.fr pour les barèmes définitifs.
Comment fonctionne la SPFPL pour un chirurgien-dentiste ?
Une SPFPL (Société de Participations Financières de Professions Libérales) est une holding spécialement dédiée aux professions libérales réglementées, permettant de détenir des parts de SELASU. Elle permet d'appliquer le régime mère-fille (95 % des dividendes remontés exonérés d'IS) et de transmettre progressivement votre cabinet via le Pacte Dutreil libéral (75 % d'exonération de droits de donation). C'est une stratégie pertinente dès que vos recettes dépassent 200 k€/an et que vous envisagez une transmission ou une cession dans les 10-15 ans.
Les cotisations CARCDSF sont-elles déductibles en SELARL ou en SELASU ?
En SELARL (gérant TNS), les cotisations CARCDSF obligatoires (Sections A, B, C + ASV) sont des charges de l'entreprise déductibles de son résultat IS, ou déductibles en Madelin pour les Sections B et C (art. 154 bis CGI). En SELASU (assimilé salarié), les cotisations CARCDSF sont à la charge du praticien (et non de la SELASU), et elles sont déductibles de sa déclaration IR personnelle. Vérifiez ce point avec votre expert-comptable car les modalités pratiques varient selon la convention de remontée de rémunération.
Pour simuler précisément votre net mensuel selon votre niveau de recettes et votre statut, utilisez notre simulateur comparatif de statuts qui intègre les cotisations PAMC et l'IS PME 2026.
Pour aller plus loin sur les SEL et les spécificités des professions libérales, consultez nos guides : SEL et professions libérales réglementées, médecin libéral 2026 et kinésithérapeute libéral 2026.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil fiscal ou juridique personnalisé. Les montants de cotisations CARCDSF indiqués sont des estimations 2026 — vérifiez les taux définitifs sur carcdsf.fr. Consultez un expert-comptable spécialisé en professions libérales de santé pour une analyse personnalisée.