Livreur indépendant 2026 : statut, cotisations, TVA et plateformes (Uber Eats, Deliveroo)

Guide complet pour devenir livreur indépendant en 2026 : micro-entreprise BIC, cotisations 21,2 %, plafond 83 600 €, franchise de TVA 37 500 €, capacité de transport pour les véhicules motorisés, présomption de non-salariat et risque de requalification, frais réels (vélo, scooter, assurance) non déductibles en micro, ACRE 25 % et comparatif micro vs EI/EURL/SASU.

Calculez votre net en pocheComparez SASU, EURL, micro-entreprise et plus — gratuit et instantané
Lancer le simulateur →

Livreur indépendant : une activité commerciale BIC

Le livreur ou coursier indépendant — qu'il travaille pour Uber Eats, Deliveroo, Stuart ou en direct pour des commerçants — exerce une activité commerciale de transport de marchandises. Comme pour le chauffeur VTC, trois conséquences en découlent : imposition en BIC (bénéfices industriels et commerciaux, pas en BNC), affiliation à la Sécurité sociale des indépendants (SSI) gérée par l'URSSAF, et immatriculation au Registre national des entreprises (RNE) via le guichet unique de l'INPI.

La relation avec les plateformes repose sur la présomption de non-salariat de l'article L8221-6 du Code du travail : le livreur immatriculé est présumé indépendant. Cette présomption peut tomber en cas de lien de subordination avéré — on y revient plus bas, car c'est l'un des sujets juridiques les plus sensibles du secteur.

Capacité de transport : obligatoire dès qu'on est motorisé

C'est le point réglementaire le plus ignoré des candidats livreurs : le transport de marchandises pour le compte d'autrui avec un véhicule motorisé (scooter, moto, voiture, utilitaire <3,5 t) est une profession réglementée. Il faut :

1. Obtenir l'attestation de capacité professionnelle en transport léger de marchandises (examen ou formation de 105 heures, environ 500-2 000 €) — pour les véhicules de plus de deux essieux c'est le gestionnaire de transport qui doit la détenir ; 2. s'inscrire au registre des transporteurs tenu par la DREAL, avec une capacité financière de 1 800 € pour le premier véhicule léger (900 € par véhicule supplémentaire) ; 3. souscrire une assurance professionnelle couvrant le transport de marchandises.

La livraison à vélo (ou VAE) en est totalement dispensée — aucune capacité, aucun registre. C'est pourquoi le vélo est la porte d'entrée du métier : on peut créer sa micro-entreprise et commencer à livrer en quelques jours.

Micro-entreprise : le régime de départ quasi systématique

La livraison relève des prestations de services commerciales (BIC). En micro-entreprise en 2026 :

Plafond de chiffre d'affaires : 83 600 € — abattement forfaitaire de 50 % (l'impôt sur le revenu ne porte que sur la moitié du CA) — cotisations sociales de 21,2 % du CA encaissé — contribution à la formation professionnelle de 0,1 % — versement libératoire possible (1,7 % du CA) si le revenu fiscal de référence le permet.

Côté TVA, la franchise en base s'applique jusqu'à 37 500 € de CA annuel (seuil majoré 41 250 €) : pas de TVA facturée, mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » sur les factures. Attention au piège classique : entre 37 500 € et 83 600 €, on reste micro-entrepreneur mais on facture la TVA à 20 % — le transport de marchandises ne bénéficie pas du taux réduit de 10 %, réservé au transport de personnes (VTC, taxi).

Le piège de la micro pour les livreurs motorisés

L'abattement de 50 % est réputé couvrir toutes les charges. Or un livreur à scooter ou en voiture supporte des charges réelles souvent comprises entre 40 et 60 % du CA : leasing ou amortissement du véhicule, carburant, assurance professionnelle deux-roues (souvent 800-1 500 €/an pour un usage livraison), entretien, équipement, téléphone, commissions et frais bancaires. En micro, rien de tout cela n'est déductible.

Dès que les charges réelles dépassent durablement 50 % du CA — cas fréquent en livraison motorisée intensive — le régime réel (EI à l'IR, EURL ou SASU à l'IS) devient plus avantageux : déduction de toutes les charges, amortissement du véhicule, et en société récupération de la TVA sur les frais professionnels (la TVA sur un scooter ou un utilitaire affecté au transport de marchandises est récupérable, contrairement à une voiture particulière de tourisme classique — l'utilitaire doit être affecté à l'activité).

À l'inverse, le livreur à vélo a des charges réelles très faibles (vélo, équipement, téléphone : rarement plus de 10-15 % du CA) : la micro-entreprise est alors imbattable.

Comparatif micro vs EI vs EURL vs SASU

Pour un livreur motorisé réalisant 36 000 € de CA avec 9 000 € de charges réelles (25 % du CA) : la micro reste devant — 21,2 % de cotisations sur 36 000 € (7 632 €) et un IR calculé sur 18 000 € après abattement. Le même livreur avec 18 000 € de charges réelles (50 % du CA) bascule : en EI au réel, cotisations et IR ne portent que sur 18 000 € de bénéfice réel ; en micro, les cotisations restent assises sur le CA total encaissé, charges ou pas.

La SASU présente un intérêt spécifique pour le livreur qui perçoit encore l'ARE d'un emploi salarié antérieur : président non rémunéré, dividendes différés, maintien de 100 % de l'allocation — la stratégie classique détaillée dans notre article SASU + ARE. Hors ce cas, les cotisations minimales et les frais de gestion d'une société se justifient rarement en dessous de 40 000-50 000 € de CA.

Plateformes, présomption de non-salariat et requalification

Les arrêts Take Eat Easy (Cass. soc., 28 novembre 2018) et Uber (Cass. soc., 4 mars 2020) ont montré que le statut d'indépendant peut être requalifié en contrat de travail lorsque la plateforme exerce un pouvoir de direction, de contrôle et de sanction (géolocalisation permanente, sanctions en cas de refus de courses, tarifs imposés).

Depuis l'ordonnance du 21 avril 2021, l'ARPE (Autorité des relations sociales des plateformes d'emploi) organise un dialogue social sectoriel : élections de représentants des livreurs, accords collectifs sur un revenu minimal par course, la transparence des algorithmes et les conditions de déconnexion. Le droit européen avance dans le même sens avec la directive plateformes de 2024 (présomption réfragable de salariat, transposition attendue d'ici fin 2026) — un point de vigilance pour tous les livreurs et les plateformes.

ACRE, ATI et protection sociale

L'ACRE exonère 25 % des cotisations pendant 12 mois pour les créations à partir du 1er juillet 2026 (le taux micro-BIC services passe d'environ 21,2 % à 15,9 %). La demande se fait dans les 45 jours suivant la création. Voir notre guide ACRE 2026.

Protection sociale : le livreur indépendant cotise pour la maladie, la retraite de base et complémentaire (RCI) et les indemnités journalières, mais pas pour l'assurance chômage. En cas d'accident — risque bien réel du métier — il n'y a pas de couverture accident du travail automatique : les plateformes proposent des assurances collectives (obligatoires depuis la loi LOM pour les plateformes de mobilité), souvent complétées utilement par une prévoyance individuelle. La cotisation retraite n'est validée que si le CA dépasse certains seuils : environ 2 900 € de CA pour valider un trimestre en BIC services en 2026.

Les 6 pièges à éviter

1. Livrer en scooter sans capacité de transport — amende, impossibilité d'assurer correctement l'activité, et la plateforme peut désactiver le compte. La capacité n'est pas optionnelle dès qu'on est motorisé. 2. Oublier que la TVA arrive avant le plafond micro — franchise à 37 500 €, plafond micro à 83 600 € : entre les deux, TVA à 20 % à facturer et déclarer. 3. Rester en micro avec de grosses charges véhicule — au-delà de 50 % de charges réelles, le réel gagne presque toujours. 4. Négliger l'assurance — l'assurance responsabilité civile personnelle ne couvre jamais l'usage professionnel du deux-roues ; il faut une assurance « usage professionnel livraison ». 5. Sous-louer son compte de plateforme — pratique répandue et totalement illégale (travail dissimulé, sanctions pénales, responsabilité en cas d'accident du sous-loueur). 6. Ne pas déclarer tous ses encaissements — les plateformes transmettent automatiquement les revenus à l'administration fiscale (DAC7) : tout écart est détectable.

Simulez votre situation

Micro, EI, EURL ou SASU : le meilleur statut dépend de votre CA, de vos charges réelles de véhicule et de votre situation (ARE, ACRE). Comparez le net dans votre poche pour chaque statut avec notre simulateur :

Questions fréquentes

Faut-il une capacité de transport pour livrer à vélo ?
Non. L'attestation de capacité professionnelle en transport léger de marchandises n'est exigée que pour les véhicules motorisés (scooter, moto, voiture, utilitaire de moins de 3,5 tonnes). La livraison à vélo ou à vélo à assistance électrique en est dispensée, tout comme la marche à pied. C'est ce qui explique que la quasi-totalité des livreurs de plateformes débutent à vélo.
Un livreur Uber Eats peut-il être requalifié en salarié ?
Oui, c'est un risque réel documenté par la jurisprudence (Cour de cassation, arrêt Take Eat Easy 2018, arrêt Uber 2020). Si la plateforme exerce un pouvoir de direction, de contrôle et de sanction caractérisant un lien de subordination, le contrat peut être requalifié en contrat de travail. La requalification s'exerce toutefois au cas par cas et l'ordonnance de 2021 a créé l'ARPE pour organiser un dialogue social propre aux plateformes sans passer par le salariat.
Quel chiffre d'affaires maximum en micro-entreprise pour un livreur ?
La livraison est une prestation de services commerciale (BIC) : le plafond micro est de 83 600 € de chiffre d'affaires annuel en 2026, avec un abattement forfaitaire de 50 % et des cotisations sociales de 21,2 %. La franchise en base de TVA s'arrête elle à 37 500 € (seuil majoré 41 250 €) — on peut donc devoir facturer la TVA tout en restant en micro.
Peut-on déduire son vélo, son scooter ou son essence en micro-entreprise ?
Non. En micro-entreprise, aucun frais réel n'est déductible : l'abattement forfaitaire de 50 % est réputé couvrir toutes les charges. Un livreur motorisé qui supporte un leasing de scooter, du carburant, une assurance professionnelle et l'entretien peut avoir des charges réelles supérieures à 50 % de son chiffre d'affaires — dans ce cas, le régime réel (EI, EURL, SASU) devient plus intéressant, avec en plus la récupération de la TVA sur les frais en société.
Un livreur indépendant a-t-il droit au chômage ?
Pas au sens de l'assurance chômage des salariés. Le livreur indépendant ne cotise pas à France Travail. Il peut en revanche prétendre, sous conditions strictes (cessation involontaire d'activité, revenus antérieurs suffisants), à l'allocation des travailleurs indépendants (ATI, environ 800 €/mois pendant 6 mois maximum). S'il perçoit déjà l'ARE d'un emploi salarié antérieur, il peut la cumuler avec ses revenus de livraison ou opter pour l'ARCE.
L'ACRE s'applique-t-elle aux livreurs en 2026 ?
Oui. Pour une création à partir du 1er juillet 2026, l'ACRE exonère 25 % des cotisations sociales pendant les 12 premiers mois (le taux micro-BIC services passe de 21,2 % à environ 15,9 %). L'exonération était de 50 % pour les créations antérieures au 1er juillet 2026. Elle n'est accordée qu'une fois et se demande dans les 45 jours suivant la création pour les micro-entrepreneurs.

Sources officielles

Les informations de cet article sont fournies à titre indicatif et général. Elles ne constituent pas un conseil fiscal, social ou juridique personnalisé et peuvent évoluer avec la législation. Avant toute décision, vérifiez les règles applicables à votre situation auprès des organismes officiels (URSSAF, impots.gouv.fr) ou d'un expert-comptable.

🧮
Estimez votre net en pocheRésultat instantané — sans inscription
30 k€150 k€
Net mensuel estimé
4 263 €/mois
Affiner ma simulation →

Estimation sur la base des paramètres standards (célibataire, 10 k€ de frais). Le simulateur complet permet d'ajuster tous les paramètres.

Articles associés

FiscalitéDividendes en SASU 2026 : fiscalité, flat tax et optimisationFiscalitéDividendes en EURL 2026 : fiscalité et cotisations SSI expliquéesStatut juridiqueEntrepreneur individuel (EI) 2026 : statut unique, IS/IR et cotisations TNS
← Tous les articles