VTC : une activité commerciale, pas une profession libérale
Le chauffeur VTC (voiture de transport avec chauffeur) exerce une activité commerciale de transport de personnes. Trois conséquences fiscales et sociales en découlent dès le premier jour : imposition en BIC (bénéfices industriels et commerciaux, et non en BNC), affiliation à la Sécurité sociale des indépendants (SSI), gérée par l'URSSAF, et immatriculation comme entreprise commerciale au Registre national des entreprises (RNE) via le guichet unique de l'INPI.
À ne pas confondre avec le taxi : le VTC ne peut pas pratiquer la maraude (prendre un client qui le hèle dans la rue ou stationner en attente de clientèle sur la voie publique). Toute course VTC doit faire l'objet d'une réservation préalable. C'est la frontière juridique qui sépare les deux métiers (Code des transports, art. L3120-1 et suivants).
Carte VTC, registre REVTC et véhicule conforme : les obligations d'accès
Avant de transporter le premier client, il faut réunir quatre conditions propres au métier — c'est ce qui distingue le VTC d'un freelance classique :
1. La carte professionnelle de conducteur VTC. Elle s'obtient après réussite de l'examen VTC(épreuves d'admissibilité théoriques + épreuve d'admission pratique de conduite), sous réserve d'un permis B de plus de 3 ans, d'un casier judiciaire compatible et d'une visite médicale. La carte est délivrée par la préfecture et doit être présentée derrière le pare-brise.
2. L'inscription au registre des exploitants VTC (REVTC). C'est l'entreprise (et non le conducteur) qui doit s'inscrire à ce registre national tenu par le ministère chargé des transports. L'inscription, payante, est valable 5 ans et renouvelable. Sans inscription au REVTC, exercer est un délit.
3. Un véhicule conforme. Le véhicule doit compter de 4 à 9 places (conducteur compris), respecter des critères d'ancienneté, de dimensions ou de puissance, et arborer la vignette VTC sur le pare-brise. Il faut aussi une carte grise mentionnant l'usage et une assurance transport de personnes à titre onéreux (la RC auto classique ne suffit pas).
4. Les assurances et garanties. Assurance responsabilité civile professionnelle adaptée au transport de personnes, et garantie financière éventuelle selon la forme d'exploitation. Voir notre guide de la RC Pro.
Micro-entreprise VTC : plafond, abattement et cotisations 2026
La course VTC est une prestation de services commerciale (BIC). En micro-entreprise, cela fixe vos paramètres :
Plafond de chiffre d'affaires : 83 600 € (seuil micro des prestations de services). Au-delà, vous basculez automatiquement au régime réel. Voir le plafond micro-entrepreneur 2026.
Cotisations sociales : 21,2 % du chiffre d'affaires encaissé (taux des prestations de services BIC), auxquels s'ajoutent la contribution à la formation professionnelle (CFP) et, le cas échéant, une taxe pour frais de chambre. Le calcul se fait sur le CA brut, sans tenir compte de vos charges réelles.
Impôt sur le revenu : application d'un abattement forfaitaire de 50 % (régime micro-BIC services) sur le CA pour déterminer le bénéfice imposable, soumis au barème de l'IR. Vous pouvez aussi opter, sous condition de revenu fiscal de référence, pour le versement libératoire (1,7 % du CA pour une prestation de services BIC).
Le point à retenir : en micro, ni le carburant, ni le loyer du véhicule (LLD/LOA), ni l'entretien, ni les commissions de plateforme ne sont déductibles. L'abattement de 50 % est censé « représenter » ces charges — or, pour un VTC, elles sont bien plus lourdes.
TVA : 10 % sur les courses, et un avantage rare sur le véhicule
Le transport de voyageurs relève du taux réduit de TVA de 10 % (CGI, art. 279, b quater), et non du taux normal de 20 %. Vous facturez donc vos courses à 10 %, à condition que la prestation soit bien un transport de personnes (course au forfait ou selon la distance). Une mise à disposition à l'heure avec kilométrage illimité, assimilable à une location de véhicule avec chauffeur, peut en revanche relever du taux de 20 % : la frontière mérite attention.
Franchise en base. Tant que vous restez sous 37 500 € de chiffre d'affaires, vous bénéficiez de la franchise en base de TVA : pas de TVA facturée, mais pas de TVA récupérable non plus. Voir le guide TVA et freelance.
L'exception qui change tout pour un VTC. En principe, la TVA sur l'achat d'un véhicule de tourisme n'est pas récupérable. Mais les véhicules affectés exclusivement au transport public de voyageurs (taxis et VTC) échappent à cette exclusion (CGI, annexe II, art. 206) : un VTC assujetti à la TVA peut donc récupérer la TVA sur l'achat ou la location de son véhicule, ce qu'un consultant ou un commercial ne peut pas faire. La TVA sur le carburant(gazole comme essence, à hauteur de 80 %) et sur l'entretien est elle aussi récupérable. Cet avantage est perdu en franchise et en micro : c'est l'un des grands arguments en faveur du régime réel.
Le piège de la micro : des charges réelles que l'abattement ne couvre pas
Un VTC supporte des charges parmi les plus lourdes de l'entrepreneuriat individuel. En additionnant la commission des plateformes(Uber, Bolt, Heetch, FREENOW — souvent 20 à 25 % de la course), le carburant ou la recharge, la location ou l'amortissement du véhicule, l'assurance transport de personnes, l'entretien, les pneus et les péages, le total des charges réelles atteint fréquemment 50 à 65 % du chiffre d'affaires.
Or, en micro, l'abattement forfaitaire n'est que de 50 %, et surtout les cotisations (21,2 %) se calculent sur le CA brut encaissé, commission de plateforme comprise. Concrètement, vous cotisez et payez de l'impôt sur de l'argent que vous ne touchez jamais réellement (la part reversée à la plateforme et au carburant). C'est la raison pour laquelle la micro, idéale pour tester l'activité, devient vite défavorable pour un VTC à temps plein.
Quel statut juridique choisir ?
Quatre statuts couvrent l'essentiel des situations : micro-BIC, EI au réel, EURL à l'IS et SASU à l'IS. Pour un VTC, le poids du véhicule et du carburant fait souvent pencher la balance vers le réel plus tôt que pour un prestataire intellectuel.
Micro-BIC : simplicité maximale, zéro comptabilité, idéale pour démarrer ou exercer à temps partiel. Son talon d'Achille : aucune déduction des charges réelles ni récupération de TVA. Dès que l'activité devient le revenu principal, elle est rarement optimale.
EI au réel (BIC) : vous déduisez le carburant, le véhicule (amortissement ou loyers de LLD/LOA), l'assurance, l'entretien et les commissions de plateforme, et vous récupérez la TVA. Cotisations TNS (SSI) calculées sur le bénéfice réel. C'est souvent le premier réflexe pertinent pour un VTC à temps plein, sans la complexité d'une société.
EURL à l'IS : IS à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, cotisations TNS sur la rémunération du gérant, possibilité de laisser de la trésorerie dans la société pour financer le renouvellement du véhicule. Attention à la règle des dividendes > 10 % du capital, soumis aux cotisations SSI.
SASU à l'IS : président assimilé salarié (meilleure protection sociale, mais cotisations plus élevées), dividendes à la flat tax de 31,4 % sans cotisations sociales, et compatibilité avec l'ARE. Pertinente pour préparer l'embauche d'un second chauffeur ou l'exploitation de plusieurs véhicules. Voir SASU vs EURL en 2026 et micro ou société : quand changer ?
Comparatif chiffré : pourquoi le réel devient vite gagnant
Prenons un VTC à temps plein réalisant 60 000 € de coursessur l'année, avec des charges réelles élevées : ~13 k€ de carburant, ~9 k€ de loyers de véhicule (LLD), ~2,5 k€ d'assurance, ~3 k€ d'entretien/pneus et ~13 k€ de commissions de plateforme — soit environ 40 k€ de charges (≈ 67 % du CA), pour un bénéfice réel d'environ 20 k€ avant cotisations.
En micro-BIC : cotisations ≈ 21,2 % × 60 000 = ~12 700 €, calculées sur l'intégralité du CA — y compris les ~13 k€ de commissions et les ~13 k€ de carburant qui ne sont pas du revenu. L'impôt se calcule en plus sur une base de 30 000 € (abattement 50 %), sans aucun lien avec le bénéfice réel de 20 k€.
Au réel (EI, EURL ou SASU) : vous ne cotisez et n'êtes imposé que sur le bénéfice réel (~20 k€ après déduction des 40 k€ de charges), et vous récupérez en plus la TVA sur le véhicule, le carburant et l'entretien. À ce niveau de charges, l'écart en votre faveur dépasse souvent plusieurs milliers d'euros par an.
La règle pratique : plus vous roulez (donc plus le carburant, le véhicule et les commissions pèsent), plus le régime réel l'emporte, même en dessous du plafond micro. Un VTC d'appoint, à faible kilométrage et sans loyer de véhicule, peut en revanche rester gagnant en micro. Ces chiffres sont des ordres de grandeur : pour une simulation tenant compte de vos charges, de l'IS et de la répartition salaire/dividendes, utilisez le simulateur DansTaPoche.
Frais déductibles spécifiques au VTC (régime réel)
En EI au réel, EURL ou SASU, vous déduisez l'ensemble de vos charges professionnelles. Les plus caractéristiques du métier :
Le véhicule : achat (amortissement sur 4-5 ans), location longue durée (LLD) ou location avec option d'achat (LOA) — les loyers sont déductibles, et la TVA est récupérable car le véhicule est affecté au transport de personnes. Voir le guide du véhicule de société. Attention au plafond de déductibilité fiscale de l'amortissement selon le taux d'émission de CO₂ (un argument supplémentaire en faveur d'un véhicule électrique ou hybride).
Carburant et recharge : gazole, essence (TVA récupérable à 80 %) ou électricité (TVA récupérable à 100 % pour un véhicule électrique) — un poste majeur, entièrement déductible au réel.
Commissions de plateforme : les ~20-25 % prélevés par Uber, Bolt, Heetch ou FREENOW sont une charge déductible au réel — alors qu'en micro vous cotisez dessus. Voir aussi notre guide des plateformes et commissions et la transmission DAC7 au fisc.
Assurances : assurance transport de personnes à titre onéreux, RC Pro, garantie du conducteur — toutes déductibles.
Entretien, pneus, péages, lavage, parking : tous les frais d'exploitation du véhicule, ainsi que le téléphone et l'abonnement data indispensables aux applications. Voir le guide des frais de déplacement.
Carte VTC, REVTC et visite médicale : les frais d'examen, d'inscription au registre (renouvelable tous les 5 ans) et de visite médicale périodique sont déductibles. Pensez aussi à la CFE, due dès la deuxième année d'activité.
ACRE et stratégie de démarrage
À la création, vous pouvez bénéficier de l'ACRE : une exonération partielle de cotisations sociales la première année. Depuis le 1er juillet 2026, le taux d'exonération a été ramené à 25 % (contre 50 % auparavant). En micro, cela se traduit par un taux de cotisations réduit la première année. Voir le guide ACRE 2026.
Si vous quittez un emploi salarié pour vous lancer, la combinaison ARE + société peut amortir le démarrage : France Travail maintient une partie de vos allocations tant que vous ne vous versez pas (ou peu) de rémunération, le temps de constituer votre clientèle et de financer votre véhicule. Voir quitter son CDI pour se lancer et la SASU sans salaire et l'ARE.
6 pièges spécifiques au chauffeur VTC indépendant
1. Rouler sans carte VTC ni inscription au REVTC. Exercer sans la carte professionnelle ou sans inscription de l'entreprise au registre des exploitants VTC est un délit, passible d'amende, d'immobilisation du véhicule et de retrait d'autorisation.
2. Faire de la maraude. Prendre un client sans réservation préalable ou stationner en quête de clientèle relève du monopole du taxi. La requalification en exercice illégal de l'activité de taxi est lourdement sanctionnée.
3. Rester en micro à temps plein. L'abattement de 50 % ne reflète pas des charges réelles de 50-65 %, et vous cotisez sur le CA brut commission comprise. Au-delà d'un usage d'appoint, le régime réel (EI/EURL/SASU) est presque toujours plus avantageux.
4. Oublier de récupérer la TVA sur le véhicule. Le VTC bénéficie d'une exception rare : la TVA est récupérable sur l'achat/location du véhicule et le carburant. Rester en franchise ou en micro, c'est renoncer à cet avantage — un manque à gagner de plusieurs milliers d'euros sur un véhicule.
5. Se tromper de taux de TVA. Les courses relèvent du taux de 10 % (transport de voyageurs), mais une mise à disposition à l'heure en kilométrage illimité peut basculer à 20 %. Appliquer le mauvais taux expose à un redressement.
6. Ne pas provisionner la régularisation de cotisations. En EI ou EURL, les cotisations TNS de la première année sont provisionnelles, puis régularisées sur le revenu réel en N+1 — souvent un choc de plusieurs milliers d'euros. Mettez de côté 35-40 % du bénéfice net dès le départ.
Pour aller plus loin
Les sujets connexes utiles sur DansTaPoche : la TVA et le freelance, le véhicule de société, les plateformes et commissions, micro ou société : quand changer ? et le comparatif SASU vs EURL. Pour arbitrer entre les statuts selon votre chiffre d'affaires et le poids de votre véhicule, lancez le simulateur DansTaPoche.