OBO immobilier 2026 : la vente à soi-même via SCI, mode d'emploi

Vendre son bien immobilier à sa propre SCI financée à crédit : liquidités immédiates, amortissement à l'IS, préparation de la transmission — mais un coût d'entrée réel et une ligne rouge, l'abus de droit. Le guide complet.

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Votre patrimoine immobilier a pris de la valeur, mais cette richesse est immobilisée dans la pierre: impossible d'en réinvestir une partie sans vendre. L'OBO immobilier (Owner Buy Out, littéralement « rachat à soi-même ») répond à ce problème : vous vendez le bien à une SCI que vous contrôlez, la SCI emprunte pour vous payer, et vous récupérez des liquidités — tout en gardant, indirectement, la maîtrise du bien.

Bien exécuté, c'est un outil puissant : cash disponible, effet de levier reconstitué, bascule des loyers vers l'IS avec amortissement, préparation de la transmission. Mal exécuté, c'est un schéma coûteux à l'entrée et exposé à l'abus de droit fiscal. Ce guide détaille le mécanisme, les vrais coûts 2026, un cas chiffré complet et les lignes rouges à ne pas franchir.

Le mécanisme, étape par étape

  1. Créer (ou utiliser) une SCI que vous contrôlez : seul avec un second associé minoritaire, en famille, ou — montage fréquent chez les indépendants — avec votre holdingcomme associée majoritaire. Dans la quasi-totalité des OBO, la SCI opte pour l'IS.
  2. Faire financer la SCI: un emprunt bancaire couvre l'essentiel du prix (souvent 70 à 100 %, avec caution personnelle), complété si besoin par un apport en compte courant d'associé de votre part ou de celle de la holding.
  3. Vendre le bien à la SCI, chez le notaire, à un prix de marché (une expertise indépendante est fortement recommandée — un prix de convenance est un signal d'alerte pour l'administration).
  4. Encaisser le prix: après remboursement du crédit restant éventuel et paiement de l'impôt de plus-value, les liquidités sont à vous — réinvestissement financier, nouvel immobilier, apport à votre société…
  5. La SCI vit sa vie: elle encaisse les loyers du locataire (qui ne change pas), rembourse la banque, déduit intérêts et amortissements de son résultat imposable à l'IS.

Pourquoi faire un OBO ? Les 4 moteurs du montage

  • Dégager des liquidités sans perdre le bien.C'est la raison d'être du schéma : la valeur accumulée dans la pierre redevient du cash mobilisable, alors que le bien reste dans votre sphère patrimoniale via la SCI.
  • Reconstituer l'effet de levier.Un bien payé depuis longtemps ne « travaille » plus : l'OBO le remet sous crédit, et les loyers — qui étaient lourdement imposés — servent désormais à rembourser une dette.
  • Basculer des revenus fonciers vers l'IS.En direct, des loyers nus sont taxés au barème de l'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux — jusqu'à 62,2 % de pression marginale. Dans la SCI à l'IS, le résultat est calculé après intérêts d'emprunt et amortissement du bâti(2 à 4 %/an) : pendant toute la durée du crédit, l'impôt courant est souvent proche de zéro.
  • Préparer la transmission.Des parts de SCI endettée ont une valeur faible juste après l'OBO : c'est le moment idéal pour en donner à ses enfants en profitant des abattements (100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans), la valeur se reconstituant ensuite à mesure que le crédit s'amortit.

Le coût d'entrée : plus-value et droits de mutation

L'OBO est une vraie vente: elle déclenche les mêmes impôts qu'une cession à un tiers. C'est le prix à payer pour la remise à zéro fiscale du bien.

1. L'impôt sur la plus-value immobilière

La plus-value (prix de vente − prix d'acquisition majoré) est taxée à 19 % d'IR et 17,2 % de prélèvements sociaux— le taux immobilier n'a pas été touché par la hausse de CSG de 2026, qui ne concerne que les revenus mobiliers. Des abattements pour durée de détention s'appliquent à partir de la 6ᵉ année :

  • IR : 6 % par an de la 6ᵉ à la 21ᵉ année, 4 % la 22ᵉ → exonération totale après 22 ans ;
  • Prélèvements sociaux : 1,65 % par an de la 6ᵉ à la 21ᵉ année, 1,60 % la 22ᵉ, puis 9 % par an → exonération après 30 ans.

Le projet de réduire le délai d'exonération à 17 ans, voté en première lecture à l'Assemblée à l'automne 2025, n'a pas été retenu dans la loi de finances pour 2026— le barème ci-dessus reste le droit applicable. Deux majorations du prix d'acquisition jouent en votre faveur : le forfait frais d'acquisition de 7,5 % et, pour un bien détenu depuis plus de 5 ans, le forfait travaux de 15 % (sans justificatif). Enfin, une surtaxe de 2 à 6 % s'ajoute lorsque la plus-value imposable à l'IR dépasse 50 000 € (article 1609 nonies G du CGI).

2. Les frais d'acquisition payés par la SCI

La SCI paie des droits de mutation à titre onéreux — environ 6 à 6,5 % du prixdans la plupart des départements depuis que la loi de finances 2025 les a autorisés à relever leur taux (mesure applicable jusqu'en 2028) — plus les émoluments du notaire et les frais annexes. Au total, comptez 7 à 8 %du prix de vente. Ces frais sont toutefois inscrits à l'actif de la SCI et, à l'IS, amortissables ou déductibles.

Cas chiffré : appartement locatif de 300 000 € détenu depuis 10 ans

Vous avez acheté un appartement locatif 200 000 € il y a 10 ans ; il vaut aujourd'hui 300 000 € et il est loué 1 100 €/mois. Vous le vendez à une SCI à l'IS détenue avec votre holding, financée par un prêt de 250 000 € sur 20 ans et un apport en compte courant.

  • Plus-value imposable :prix d'acquisition majoré = 200 000 € × 1,225 (forfaits 7,5 % + 15 %) = 245 000 €. Plus-value brute = 55 000 €.
  • IR : abattement 30 % (5 années au-delà de la 5ᵉ) → base 38 500 € × 19 % = 7 315 €. Base inférieure à 50 000 € → pas de surtaxe.
  • Prélèvements sociaux : abattement 8,25 % → base 50 463 € × 17,2 % = 8 680 €.
  • Frais d'acquisition de la SCI : ≈ 21 500 € (droits de mutation ~18 900 € + notaire).
  • Frottement total : ≈ 37 500 €, soit 12,5 % de la valeur du bien — pour dégager ~284 000 € de liquidités nettes d'impôt de plus-value.

En face de ce coût : des loyers de 13 200 €/an qui, en détention directe avec une TMI à 30 %, subissaient ~6 200 €/an d'IR et de prélèvements sociaux — et qui, dans la SCI à l'IS, ne génèrent quasiment aucun impôt courant pendant la durée du crédit (intérêts + amortissement du bâti ≈ 10 à 12 k€/an de charges déductibles). Le point d'équilibre fiscal du montage se situe ici autour de 6 à 8 ans, avant de compter la valeur des liquidités réinvesties.

Après l'OBO : la vie du bien en SCI à l'IS

  • Amortissement :le bâti (généralement 75 à 85 % de la valeur, le terrain n'étant pas amortissable) s'amortit sur 25 à 50 ans par composants. C'est la grande force du régime IS.
  • La contrepartie : à la revente, la plus-value de la SCI est calculée sur la valeur nette comptable— les amortissements pratiqués sont repris et taxés à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà), sans aucun abattement de durée. L'OBO troque une fiscalité de détention contre une fiscalité de sortie.
  • Sortir l'argent de la SCIa aussi un coût : dividendes au PFU de 31,4 % si les parts sont détenues en direct, ou remontée quasi exonérée (régime mère-fille) si l'associée est votre holding. Le remboursement du compte courant d'associé, lui, se récupère sans impôt.
  • Détail qui pique :les loyers d'immeubles achevés depuis plus de 15 ans encaissés par une personne morale à l'IS supportent la contribution sur les revenus locatifs (CRL) de 2,5 %.

Résidence principale : l'OBO à ne pas faire

Sur le papier, vendre sa résidence principale à sa SCI semble génial : la plus-value est totalement exonérée (article 150 U II 1° du CGI), donc le coût d'entrée se réduit aux droits de mutation. En pratique, c'est le plus risqué de tous les OBO: vous restez dans les murs en payant un loyer à votre propre SCI, ce qui matérialise un but « principalement fiscal » au sens de l'article L64 A du LPF ; vous perdez l'exonération de plus-value pour toutes les années futures ; et le Comité de l'abus de droit fiscal a déjà rendu des avis défavorables sur des ventes à soi-même dépourvues de substance économique. Réservez l'OBO aux biens locatifs.

Abus de droit : où passe la ligne rouge

Deux textes encadrent le sujet : l'article L64 du LPF (but exclusivementfiscal, majorations de 40 à 80 %) et, depuis 2021, l'article L64 A (but principalementfiscal). La vente à soi-même n'est pas interdite — c'est un acte juridique réel — mais elle doit se défendre par autre chose que l'économie d'impôt :

  • Un financement bancaire réel : un OBO autofinancé à 100 % par compte courant d'associé, sans banque, ressemble à un simple jeu d'écritures ;
  • Un prix de marché, appuyé par une expertise ou des références de transactions ;
  • Des flux réels : loyers effectivement encaissés au prix de marché, échéances de crédit prélevées, comptabilité tenue ;
  • Un objectif patrimonial documenté : réinvestissement des liquidités, donation de parts, protection du conjoint — écrivez-le noir sur blanc dans une note d'opération ;
  • Pas de résidence principale, et pas de rétro-location de complaisance.

Pour qui l'OBO a-t-il du sens ?

  • Vous détenez un bien locatif largement remboursé, avec une plus-value latente raisonnable ou une détention longue (l'impôt de plus-value fond avec les années) ;
  • Vos loyers subissent une TMI de 30 % ou plus — la bascule vers l'IS change alors la donne ;
  • Vous avez un vrai projet pour les liquidités : nouvel investissement, apport à votre société, diversification financière ;
  • Vous pensez transmission : parts de SCI endettée à donner, holding familiale à structurer ;
  • Et vous acceptez les coûts de structure : comptabilité de SCI à l'IS (~1 000 à 2 000 €/an), acte notarié, dossier bancaire.

À l'inverse, oubliez l'OBO pour un bien détenu depuis moins de 5 ans (aucun abattement, surtaxe probable), pour votre résidence principale, ou si les liquidités n'ont pas de destination : payer 12 % de frottement pour laisser le cash dormir sur un livret n'a aucun sens.

Les 6 erreurs qui font capoter un OBO

  1. Vendre à un prix de convenance (trop bas pour réduire les droits, trop haut pour maximiser le cash) : redressement quasi garanti ;
  2. Se passer de banque et tout financer en compte courant : plus de substance économique ;
  3. Oublier la fiscalité de sortie de la SCI IS (reprise des amortissements) dans le calcul de rentabilité ;
  4. Faire l'OBO sur sa résidence principale ;
  5. Négliger la surtaxe au-delà de 50 000 € de plus-value imposable — parfois quelques mois de détention supplémentaires suffisent à passer sous le seuil ;
  6. Monter l'opération sans conseil : l'OBO mobilise un notaire, un expert-comptable et souvent un avocat fiscaliste. Leurs honoraires sont marginaux face au risque d'un montage bancal.

Ce qu'il faut retenir

  • L'OBO immobilier = vendre son bien à sa propre SCI financée à crédit : liquidités immédiates, loyers basculés à l'IS avec amortissement, transmission facilitée.
  • Coût d'entrée réel : impôt de plus-value (19 % + 17,2 % avec abattements de durée — barème inchangé en 2026) et ~7 à 8 % de frais d'acquisition pour la SCI.
  • La SCI à l'IS efface l'impôt courant sur les loyers pendant le crédit, mais la revente est taxée sur la valeur amortie, sans abattement.
  • La ligne rouge de l'abus de droit (L64 et L64 A du LPF) se franchit vite : banque réelle, prix de marché, flux effectifs et objectif patrimonial documenté sont indispensables.
  • Jamais sur la résidence principale.

Les informations de cet article sont à jour pour 2026. Un OBO engage des montants importants et votre responsabilité vis-à-vis de l'administration fiscale : faites valider le montage par un notaire, un expert-comptable ou un avocat fiscaliste avant de signer quoi que ce soit.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un OBO immobilier (vente à soi-même) ?
L'OBO (Owner Buy Out) immobilier consiste à vendre un bien que vous détenez en direct à une SCI que vous contrôlez (seul, avec votre conjoint, vos enfants ou votre holding). La SCI finance l'achat par un emprunt bancaire, éventuellement complété d'un apport en compte courant. Vous récupérez le prix de vente en liquidités, et le bien repart dans la SCI avec un nouveau crédit remboursé par les loyers.
Combien coûte un OBO immobilier ?
Deux frottements principaux : l'impôt sur la plus-value immobilière (19 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux, avec abattements selon la durée de détention, exonération totale d'IR après 22 ans et de PS après 30 ans) et les frais d'acquisition payés par la SCI (droits de mutation ~6 à 6,5 % selon le département depuis la hausse autorisée par la loi de finances 2025, plus émoluments du notaire). Comptez généralement 8 à 15 % de la valeur du bien au total selon l'ancienneté de la détention.
L'OBO immobilier est-il un abus de droit ?
Pas en soi. Il devient attaquable (articles L64 et L64 A du LPF) quand il n'a pas d'autre justification que fiscale : vente sans financement bancaire réel, loyers non versés ou sous-évalués, liquidités qui ne servent à rien, ou OBO sur sa résidence principale pour profiter de l'exonération de plus-value. Un OBO solide a une vraie banque, de vrais loyers, et un objectif patrimonial documenté (liquidités réinvesties, transmission, protection du conjoint).
Peut-on faire un OBO sur sa résidence principale ?
C'est très déconseillé. Certes la plus-value de cession de la résidence principale est exonérée (article 150 U II 1° du CGI), ce qui rend le schéma fiscalement tentant, mais se vendre sa propre maison pour continuer à l'habiter en payant un loyer à sa SCI cumule les signaux d'abus de droit : but principalement fiscal, perte de l'exonération pour l'avenir, et le Comité de l'abus de droit fiscal a déjà rendu des avis défavorables sur des ventes à soi-même dépourvues de substance économique.
SCI à l'IS ou à l'IR pour un OBO ?
En pratique l'OBO se fait presque toujours vers une SCI à l'IS : les loyers y sont imposés après déduction des intérêts d'emprunt ET de l'amortissement du bâti (2 à 4 %/an), ce qui réduit fortement le résultat imposable pendant la durée du crédit. Une SCI à l'IR translucide ferait remonter les loyers dans votre foyer fiscal au barème + 17,2 % de PS, ce qui ruine l'intérêt du montage. Contrepartie de l'IS : à la revente, la plus-value est calculée sur la valeur nette comptable amortie, sans abattement de durée.
Quelle différence entre OBO immobilier et apport à une SCI ?
L'apport en nature transfère aussi le bien à la SCI, mais vous recevez des parts sociales, pas de liquidités — et la plus-value immobilière est due de la même façon. L'OBO est une vente : c'est le seul des deux schémas qui génère du cash disponible pour d'autres projets, grâce à l'emprunt bancaire souscrit par la SCI.

Sources officielles

Les informations de cet article sont fournies à titre indicatif et général. Elles ne constituent pas un conseil fiscal, social ou juridique personnalisé et peuvent évoluer avec la législation. Avant toute décision, vérifiez les règles applicables à votre situation auprès des organismes officiels (URSSAF, impots.gouv.fr) ou d'un expert-comptable.

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