Le TJM (taux journalier moyen) est la première question que se pose tout futur freelance. Mais la plupart des guides donnent des ordres de grandeur par métier sans expliquer comment arriver au bon chiffre selon votre situation. Or, un TJM fixé trop bas, c'est un revenu net inférieur à celui d'un salarié — ce qui annule l'intérêt de se lancer.
Dans ce guide, on part dans l'autre sens : depuis le revenu net que vous voulez toucher chaque mois, on remonte au CA annuel nécessaire, puis au TJM à facturer — en tenant compte des charges réelles selon votre statut juridique.
C'est quoi le TJM ?
Le TJM (taux journalier moyen) est le tarif qu'un freelance facture à son client pour une journée de travail. C'est l'unité de prix standard dans le monde du conseil, du développement logiciel, du design et de la data.
Il existe deux niveaux à bien distinguer :
- TJM facturé (HT) — ce que vous inscrivez sur votre facture, hors TVA. C'est la base de votre chiffre d'affaires.
- Net dans la poche — ce qui reste réellement sur votre compte bancaire personnel après cotisations sociales, impôt sur le revenu et impôt sur les sociétés (si applicable).
Entre les deux, il y a souvent un écart de 40 à 55 % selon votre statut juridique et votre niveau de revenu. C'est cet écart qu'il faut maîtriser avant de fixer son TJM.
La formule pour calculer son TJM
La méthode classique part de votre revenu net mensuel cible, puis remonte au TJM à facturer en trois étapes.
Étape 1 — Estimer le nombre de jours facturables par an
Une année compte 365 jours, mais un freelance ne peut pas tous les facturer. Voici le décompte réaliste :
- Weekends : −104 jours
- Congés (5 semaines) : −25 jours
- Jours fériés : −8 jours
- Inter-contrats et prospection : −20 à 30 jours
- Formation, admin, maladie : −10 jours
Résultat : un freelance facture en moyenne 200 à 210 jours par an. Utilisez 200 jours comme base de calcul prudente — c'est l'hypothèse généralement retenue dans le secteur.
Étape 2 — Estimer le CA annuel brut nécessaire
Selon votre statut, le ratio "net dans la poche / CA" varie significativement :
- Micro-entreprise (BNC) : environ 55 à 60 % du CA vous revient en net
- EI régime réel : environ 50 à 55 % du CA en net
- EURL IS : environ 55 à 60 % du CA en net (selon optimisation salaire/dividendes)
- SASU : environ 50 à 58 % du CA en net (selon optimisation salaire/dividendes)
Ces ratios varient selon votre TMI, vos charges déductibles et votre niveau de CA. Pour un calcul précis, utilisez le simulateur DansTaPoche.
Étape 3 — Calculer le TJM
Une fois votre CA annuel cible estimé, divisez-le par le nombre de jours facturables :
TJM = CA annuel cible ÷ jours facturables Exemple : 80 000 € ÷ 200 jours = 400 €/jour
Exemples chiffrés : quel TJM pour 4 000 €/mois net ?
Prenons un objectif de 4 000 € nets par mois (48 000 €/an). Voici le TJM minimum à facturer selon votre statut, sur la base de 200 jours facturés par an, en hypothèse de service BIC/BNC sans charges déductibles significatives :
| Statut | CA annuel nécessaire | TJM minimum (200 j) | Ratio net/CA |
|---|---|---|---|
| Micro-entreprise (BNC) | ~80 000 € | ~400 €/j | ~58 % |
| EI régime réel | ~82 000 € | ~410 €/j | ~56 % |
| EURL IS optimisée | ~78 000 € | ~390 €/j | ~60 % |
| SASU optimisée | ~82 000 € | ~410 €/j | ~56 % |
Valeurs indicatives pour un célibataire sans enfant, TMI 30 %, activité de service, sans charges déductibles importantes. Utilisez le simulateur pour votre situation réelle.
Ce tableau montre que les différences entre statuts sont faibles à ce niveau de revenu. Elles s'accentuent à partir de 100 000 € de CA, où l'EURL IS et la SASU deviennent nettement plus intéressantes que la micro-entreprise.
Tableau récapitulatif : TJM → CA → net mensuel par statut
Le tableau suivant donne une estimation du revenu net mensuel selon votre TJM et votre statut juridique, sur la base de 200 jours facturés par an. Hypothèse : activité de service BNC, célibataire sans enfant, TMI 30 %, sans ACRE ni ARE.
| TJM | CA annuel | Micro BNC | EI réel | EURL IS | SASU |
|---|---|---|---|---|---|
| 300 €/j | 60 000 € | ~3 400 €/mois | ~3 100 €/mois | ~3 300 €/mois | ~3 000 €/mois |
| 400 €/j | 80 000 € | ~4 400 €/mois | ~4 000 €/mois | ~4 300 €/mois | ~4 000 €/mois |
| 500 €/j | 100 000 € | ✗ Plafond dépassé | ~4 800 €/mois | ~5 400 €/mois | ~5 100 €/mois |
| 600 €/j | 120 000 € | ✗ Plafond dépassé | ~5 500 €/mois | ~6 500 €/mois | ~6 100 €/mois |
| 800 €/j | 160 000 € | ✗ Plafond dépassé | ~7 000 €/mois | ~8 700 €/mois | ~8 200 €/mois |
✗ La micro-entreprise est limitée à 83 600 € de CA pour les services en 2026. Au-delà, vous devez changer de statut. En savoir plus sur les plafonds micro.
Observation clé : à partir de 100 000 € de CA, l'EURL IS génère environ 5 à 10 % de net supplémentaire par rapport à la SASU. Cet écart provient des cotisations TNS moins élevées pour un gérant d'EURL versus les cotisations patronales d'un président de SASU. Comparatif SASU vs EURL détaillé →
TJM moyen par métier en France (2026)
Ces données sont des ordres de grandeur basés sur les tarifs observés sur les plateformes freelance (Malt, Comet, Toptal) et les enquêtes sectorielles. La fourchette reflète l'expérience : junior (bas) vs senior/expert (haut).
| Métier | TJM junior | TJM confirmé | TJM senior/expert |
|---|---|---|---|
| Développeur web (full-stack) | 350 – 450 € | 500 – 650 € | 700 – 900 € |
| Développeur mobile (iOS/Android) | 400 – 500 € | 550 – 700 € | 750 – 950 € |
| Data scientist / ML engineer | 450 – 550 € | 600 – 750 € | 800 – 1 100 € |
| Designer UX/UI | 300 – 400 € | 450 – 600 € | 650 – 800 € |
| Chef de projet / Scrum Master | 350 – 450 € | 500 – 650 € | 700 – 900 € |
| Consultant stratégie / management | 500 – 700 € | 750 – 1 000 € | 1 100 – 1 500 € |
| Consultant finance / contrôle de gestion | 400 – 550 € | 600 – 800 € | 850 – 1 200 € |
| Expert cybersécurité | 500 – 650 € | 700 – 900 € | 1 000 – 1 400 € |
| DevOps / Cloud architect | 450 – 600 € | 650 – 850 € | 900 – 1 200 € |
Ces tarifs correspondent à des missions en Île-de-France. En province, les TJM sont généralement 10 à 20 % inférieurs, sauf pour le full-remote.
Les 5 erreurs à éviter quand on fixe son TJM
1. Oublier l'inter-contrats
Beaucoup de freelances calculent leur TJM sur 220 ou 230 jours facturés. En réalité, même un freelance expérimenté perd 20 à 40 jours par an en prospection, renouvellement de mission, périodes de transition et congés non planifiés. Calculez sur 200 jours pour être prudent.
2. Confondre TJM HT et TJM TTC
Votre TJM s'exprime toujours hors taxes (HT). La TVA que vous collectez (20 % en général) ne vous appartient pas — vous la reversez à l'État. Si votre client vous demande votre TJM "tout compris", précisez que c'est HT.
Exception : si vous êtes en franchise en base de TVA (CA < 37 500 €), vous ne facturez pas la TVA — votre TJM affiché est votre TJM encaissé.
3. Ne pas intégrer les charges déductibles
En micro-entreprise, vous ne déduisez aucune charge réelle — seul un abattement forfaitaire s'applique (34 % pour les BNC, 50 % pour les BIC services). En EI régime réel, EURL ou SASU, vous pouvez déduire vos vraies charges : téléphone, internet, voiture (IK ou amortissement), loyer de bureau, matériel…
Ces charges réduisent votre bénéfice imposable et donc vos cotisations et impôts. Un freelance en EURL avec 10 000 € de charges déductibles récupère environ 4 000 à 5 000 € de net supplémentaire par rapport à la même situation sans charges. Intégrez-les dans votre simulation avec l'outil DansTaPoche.
4. Ignorer l'évolution du TJM avec la TVA
Dès que votre CA dépasse le seuil de franchise TVA (37 500 € pour les prestations de services depuis 2025), vous devez facturer la TVA à 20 %. Vos clients professionnels (assujettis à la TVA) la récupèrent, donc votre TJM HT reste inchangé pour eux. Mais si vous travaillez avec des particuliers ou des micro-entreprises non assujetties, votre TJM effectif augmente de 20 % pour eux — ce qui peut freiner certains.
5. Comparer son TJM à un salaire brut
Un salarié à 4 000 € brut/mois coûte environ 6 000 à 6 500 € charges patronales comprises à son employeur. Si vous êtes freelance et réalisez le même travail, un TJM de 300 à 350 €/jour (6 000 €/mois de CA) est un point de départ légitime — pas une prétention excessive. Vous assumez votre propre couverture sociale, votre outil de travail et votre risque commercial.
Comment ajuster son TJM à la hausse progressivement
Il est souvent plus difficile de monter son TJM avec un client existant que d'en fixer un plus élevé dès le départ avec un nouveau client. Quelques stratégies :
- Fixer un TJM légèrement supérieur au marché dès le premier contact — vous pouvez toujours négocier à la baisse, jamais à la hausse.
- Annoncer une grille tarifaire annuelle : "Mon TJM est de X € pour 2026, revu chaque année." Cela professionnalise la relation et rend les hausses naturelles.
- Anticiper l'inflation : +3 à 5 % par an est généralement accepté sans friction si c'est annoncé 1 à 2 mois avant renouvellement.
- Différencier par type de client : grands groupes (TJM élevé), startups (TJM intermédiaire), associations/secteur public (TJM standard).
TJM et choix du statut : le bon moment pour changer
Le statut juridique optimal dépend directement de votre TJM et de votre CA annuel :
- Moins de 400 €/j (CA < 80 000 €) — La micro-entreprise est souvent la solution la plus simple et compétitive en net pour démarrer.
- Entre 400 et 500 €/j (CA 80 000 – 100 000 €) — Zone de transition : la micro approche de son plafond. C'est le bon moment de simuler une EURL ou une SASU.
- Au-delà de 500 €/j (CA > 100 000 €) — L'EURL IS ou la SASU deviennent quasi systématiquement plus avantageuses. La SASU vous donne accès à l'ARE si vous quittez un CDI.
Guide complet : quand passer de la micro à l'EURL ou la SASU →