Expert-comptable libéral 2026 : statut, cotisations CAVEC et optimisation fiscale

Guide complet expert-comptable libéral 2026 : inscription OEC obligatoire, cotisations CAVEC détaillées, SELARL vs SELASU (règle 10 % capital), TJM par spécialité, frais déductibles spécifiques, stratégie ARE et 6 pièges à éviter.

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Avec près de 25 000 experts-comptables libéraux en France, la profession combine une forte valeur ajoutée (accompagnement fiscal, commissariat aux comptes, expertise judiciaire) et des contraintes réglementaires spécifiques : inscription obligatoire à l'Ordre des experts-comptables (OEC), exercice en société exclusivement via une Société d'Exercice Libéral (SEL), et cotisations à la CAVEC pour la retraite. Ce guide fait le point complet sur les règles 2026 pour optimiser votre structure et maximiser votre revenu net.

Inscription OEC et cadre juridique obligatoire

Toute personne souhaitant exercer à titre libéral la profession d'expert-comptable doit être inscrite au tableau de l'Ordre des experts-comptables (OEC), régi par l'ordonnance du 19 septembre 1945. L'inscription est régionale (chaque région dispose d'un conseil régional de l'OEC) et donne lieu à une cotisation annuelle de 500 à 800 € par an selon la région et le statut (collaborateur vs associé).

Comme pour les autres professions libérales réglementées, la loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 impose l'exercice en société via une SEL. La SASU classique et l'EURL standard sont interdites pour facturer des honoraires d'expertise comptable. En pratique, trois formes d'exercice sont accessibles :

  • EI BNC (déclaration contrôlée 2035) — la forme la plus simple pour démarrer ou pour un cabinet individuel jusqu'à 100-130 k€ de revenus nets.
  • SELARL — SEL de forme SARL, gérant TNS, soumise à l'IS, avec la règle des 10 % du capital pour les dividendes et cotisations CAVEC sur la fraction excédentaire.
  • SELASU — SEL de forme SASU, président assimilé salarié, flat tax 31,4 % sur la totalité des dividendes sans cotisations CAVEC, avantages DUE (ticket restaurant, FMD, PPV, prévoyance).

Il existe aussi la SELAS (pluripersonnelle) pour les cabinets avec plusieurs associés. Consultez notre guide SEL et professions libérales pour les détails sur chaque forme.

Cotisations CAVEC 2026 : retraite, complémentaire et prévoyance

La CAVEC (Caisse d'Assurance Vieillesse des Experts-Comptables et Commissaires aux Comptes) est la caisse de retraite obligatoire pour tous les experts-comptables libéraux, qu'ils exercent en EI ou en SEL. Son fonctionnement est distinct de la retraite de base SSI (Sécurité Sociale des Indépendants).

Retraite de base

La retraite de base SSI est calculée sur le revenu professionnel (BNC net ou rémunération en SELARL) selon le régime commun TNS : 17,75 % jusqu'à 1 PASS (47 100 € en 2026), puis un taux dégressif au-delà. Cela représente environ 1 500 à 2 500 € par an de cotisation retraite de base pour des revenus entre 30 et 60 k€, avec acquisition de 4 trimestres si les cotisations minimales sont atteintes.

Retraite complémentaire CAVEC

La retraite complémentaire CAVEC fonctionne par classes forfaitaires, choisies selon les revenus de l'avant-dernière année (N-2) :

  • Classe A — ~1 000 €/an (revenus < 27 500 €/an)
  • Classe B — ~2 000 €/an (revenus 27 500-40 000 €)
  • Classe C — ~3 000 €/an (revenus 40 000-55 000 €)
  • Classe D — ~4 500 €/an (revenus 55 000-80 000 €)
  • Classe E — ~6 000 €/an (revenus 80 000-120 000 €)
  • Classe F — ~9 000 €/an (revenus > 120 000 €)

Ce système à classes présente un choc en début d'activité : lors de la première installation, vous êtes affilié en classe A (minimale), puis votre cotisation est régularisée en N+2 sur les revenus réels. Provisionnez 35 à 40 % de vos bénéfices dès la première année pour absorber ce rattrapage.

Prévoyance invalidité-décès CAVEC

La cotisation prévoyance CAVEC couvre le risque d'invalidité et de décès. Son montant est forfaitaire : environ 400 à 600 € par an selon la classe choisie. Elle est déductible fiscalement au titre de la loi Madelin (art. 154 bis CGI) en EI réel BNC, mais pas en micro-BNC.

Cotisations URSSAF spécifiques

En sus de la CAVEC, l'expert-comptable libéral paie les cotisations URSSAF classiques du régime TNS : maladie-maternité (~6,5 % du revenu conventionné), CSG/CRDS (9,2 % dont 6,8 % déductibles), et allocations familiales (~3,1 % sous 110 % du PASS). En SELASU, ces cotisations sont remplacées par le régime général (cotisations salariales et patronales sur le salaire brut), identiques à un salarié standard.

SELARL vs SELASU : la règle des 10 % est déterminante

C'est le point le plus important pour un expert-comptable libéral souhaitant exercer en société : la règle des 10 % du capital (art. L131-6 § 4 CSS) s'applique dans les deux formes SEL.

SELARL : gérant TNS avec cotisations CAVEC sur les dividendes excédentaires

En SELARL, le gérant majoritaire est TNS (Travailleur Non Salarié). Les dividendes distribués qui dépassent 10 % du capital social + primes d'émission + comptes courants d'associés sont soumis aux cotisations sociales TNS (~45 % dont cotisations CAVEC) en plus de la flat tax 31,4 %.

Avec un capital de 1 €, quasi-totalité des dividendes est soumise aux cotisations TNS. Pour protéger efficacement vos dividendes, il faut un capital d'au moins 50 000 € — permettant de distribuer 5 000 €/an exonérés de cotisations CAVEC (soit une économie d'environ 2 250 € par an au taux moyen TNS de 45 %).

SELASU : président assimilé salarié, flat tax inconditionnelle

En SELASU, le président est assimilé salarié. Les dividendes sont soumis à la flat tax 31,4 % (12,8 % IR + 17,2 % prélèvements sociaux) sans cotisations CAVEC, quelle que soit la taille du capital. C'est le régime privilégié pour les cabinets avec des bénéfices élevés souhaitant distribuer des dividendes.

En contrepartie, le coût social du salaire est plus élevé en SELASU (~80 % de coût total vs ~45 % en SELARL pour 1 € de rémunération nette), mais cela ouvre droit à la retraite AGIRC-ARRCO (meilleur rendement que la CAVEC), aux IJ CPAM (~114 €/j vs ~32 €/j SSI), et à la possibilité de bénéficier des avantages DUE (voir notre guide DUE).

Honoraires 2026 : TJM par spécialité

Les honoraires des experts-comptables libéraux varient fortement selon la spécialité et le type de clientèle :

  • Expertise comptable générale (TPE/PME) — 200-500 €/j pour le suivi comptable récurrent, 600-900 €/j pour les missions de conseil
  • Commissariat aux comptes (CAC) — 500-1 000 €/j ; nécessite l'inscription à la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes (CNCC) en plus de l'OEC
  • Expertise judiciaire — 800-1 500 €/j ; inscription au tribunal compétent obligatoire, forte valorisation des spécialités (restructuration, fraude)
  • Directeur Financier de mission (DFO/DAF externe) — 600-1 200 €/j pour les PME et ETI cherchant une expertise financière sans CDI
  • Conseil fiscal et optimisation — 500-1 200 €/j ; la spécialité la plus valorisée sur les plateformes B2B (Comet, Malt)
  • Due diligence / M&A — 800-2 000 €/j pour les missions de cession-acquisition en cabinet ou en indépendant
  • Restructuration / liquidation judiciaire — 500-1 000 €/j, en lien avec les tribunaux de commerce

Les honoraires récurrents de comptabilité (forfait mensuel) constituent la base stable du revenu, tandis que les missions ponctuelles (due diligence, expertise judiciaire, DFO) permettent de fortement augmenter le TJM effectif.

Frais déductibles spécifiques à l'expert-comptable libéral

En EI réel BNC ou en SELARL/SELASU à l'IS, les frais professionnels suivants sont déductibles à 100 % :

  • Cotisation OEC — 500 à 800 €/an selon la région ; déductible en charge ou en Madelin selon le statut
  • Logiciels métier — Cegid Compta Cloud (~2 000-3 500 €/an HT), Sage 100 Comptabilité (~1 200-2 500 €/an), Pennylane (~1 500-3 000 €/an pour un cabinet) ; entièrement déductibles en charge courante (compte 6516 abonnements SaaS) avec TVA récupérable en régime réel TVA
  • Logiciels liasse fiscale — Cegid Tax, Jedeclare, Diapason (~800-1 800 €/an) ; déductibles intégralement
  • RC Professionnelle — 800 à 2 000 €/an selon le CA et les activités couvertes (obligatoire pour les CAC) ; intégralement déductible
  • Frais de formation et congrès OEC — formation continue obligatoire 40h/an selon les règles OEC ; déductibles en charge + CIFD doublé TPE (~974 €/an de crédit d'impôt pour les SELASU) via le formulaire 2079-FCE-SD
  • Abonnements de veille juridique et fiscale — Dalloz (~1 200 €/an), Francis Lefebvre (~900-1 500 €/an), Lexbase (~600 €/an) ; déductibles en charge
  • Cotisation CNCC (pour les CAC) — ~400-700 €/an ; déductible
  • Barème kilométrique — déplacements chez les clients, au tribunal, en formation : 0,529 €/km pour un véhicule 5 CV thermique 2026, +20 % pour un véhicule électrique, avec registre kilométrique obligatoire
  • Cotisations CAVEC retraite et prévoyance en Madelin — uniquement en EI BNC réel (art. 154 bis CGI) ; plafond Madelin retraite = 10 % du bénéfice + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS

En micro-BNC, aucun de ces frais n'est déductible : l'abattement forfaitaire de 34 % est censé les couvrir. Le seuil de bascule au réel est atteint quand les frais réels dépassent 34 % du CA — très fréquent avec les logiciels comptables et la cotisation OEC.

Comparatif chiffré : EI BNC vs SELARL vs SELASU à 120 k€ de revenus

Pour un expert-comptable libéral réalisant 120 k€ de CA HT annuel avec ~20 k€ de frais réels (cotisation OEC, logiciels, RC Pro, formation, déplacements) :

  • EI BNC réel (déclaration 2035) — Bénéfice imposable ~100 k€, cotisations TNS ~40 k€ (dont CAVEC ~5 000 €), IR ~18 k€ → net ~42 k€/an
  • SELARL capital 1 € — Salaire 45 k€ brut, IS 15 % sur bénéfice résiduel, dividendes soumis cotisations TNS ~45 % (règle 10 % avec capital 1 €) → net ~40-42 k€/an (peu d'avantage sans capitalisation)
  • SELARL capital 80 k€ — Salaire 45 k€ brut + 8 000 €/an de dividendes exonérés de cotisations TNS (10 % × 80 k€) → net ~46-48 k€/an ; avantage si bénéfices distribués importants
  • SELASU — Salaire 35 k€ brut (optimisé droits retraite), IS 15 % sur bénéfice résiduel, dividendes flat tax 31,4 % sans cotisations CAVEC → net ~48-52 k€/an grâce à l'optimisation salaire/dividendes et aux avantages DUE (ticket restaurant, FMD, PPV)

La SELASU est généralement la structure la plus favorable au-delà de 80-100 k€ de CA, en particulier quand les bénéfices distribuables sont importants. En dessous de 60 k€, l'EI BNC réel reste souvent plus simple et aussi efficace fiscalement.

Stratégie ARE + SELASU : le cas de l'expert-comptable en transition

La stratégie la plus rentable pour un expert-comptable salarié souhaitant passer en libéral consiste à combiner la rupture conventionnelle, le maintien de l'ARE et la création d'une SELASU sans salaire.

Cas chiffré — Antoine, expert-comptable senior, 40 ans

  • Salaire CDI : 55 k€ brut/an
  • Ancienneté : 8 ans → indemnité légale ~13 750 € nette
  • ARE : ~2 300 €/mois × 18 mois = 41 400 € nets
  • SELASU sans salaire : CA 100 k€, frais 18 k€, IS 15 % sur bénéfice ~82 k€ = 6 150 € → dividendes ~75 850 € bruts → flat tax 31,4 % → ~52 100 € nets
  • Total sur 18 mois : ~93 500 € nets vs ~58 k€ en EI réel + 0 ARE (différentiel +35 500 €)

Les dividendes SELASU ne sont pas écrêtés par France Travail (contrairement au salaire). Antoine peut ainsi cumuler intégralement ARE + dividendes pendant toute la durée de son indemnisation, à condition de ne pas se verser de salaire. Consultez notre guide rupture conventionnelle et ARE pour les détails de la procédure.

Après la période ARE, Antoine peut activer un salaire optimisé (~2 500 €/mois brut) pour acquérir des droits AGIRC-ARRCO et rester éligible aux IJ CPAM, tout en continuant à distribuer des dividendes flat tax.

SPFPL : la holding pour les experts-comptables multi-associés

Pour les cabinets avec plusieurs associés ou dans une logique de transmission patrimoniale, la SPFPL (Société de Participations Financières de Professions Libérales) permet de remonter les dividendes des SELARL/SELASU opérationnelles vers une holding bénéficiant du régime mère-fille 95 % (quasi-exonération d'IS sur les dividendes inter-sociétés). La SPFPL animatrice donne également accès au Pacte Dutreil (abattement 75 % sur la transmission) et à l'apport-cession 150-0 B ter en cas de cession du cabinet. Voir notre article sur la cession de clientèle libérale pour les exonérations applicables (art. 238 quindecies CGI).

PER et optimisation de la retraite CAVEC

Les cotisations CAVEC obligatoires assurent une retraite de base et complémentaire, mais leur rendement reste modeste. Pour compléter, le PER TNS (Plan d'Épargne Retraite) offre une déduction fiscale immédiate dans la limite de 10 % du bénéfice + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS, soit jusqu'à ~87 k€/an. En SELASU, le plafond est calculé sur la rémunération brute (10 %) mais reste très avantageux pour les salaires élevés.

Consultez notre guide PER freelance et notre comparatif assurance-vie vs PER pour arbitrer selon votre TMI actuelle et votre horizon de retraite.

Les 6 pièges à éviter absolument

  • 1. Créer une SASU ou une EURL classique pour exercer la profession — La loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 interdit formellement l'exercice de la comptabilité en société hors SEL. Facturer des honoraires d'expertise comptable via une SASU classique expose à la nullité des actes, des sanctions disciplinaires de l'OEC pouvant aller jusqu'à la radiation, et à une requalification fiscale.
  • 2. Constituer une SELARL avec un capital de 1 € — Avec un capital de 1 €, la totalité des dividendes distribués est soumise aux cotisations TNS (~45 % dont CAVEC). Sur 50 000 € de dividendes, cela représente ~22 500 € de cotisations sociales supplémentaires par rapport à une SELASU. Soit vous capitalisez suffisamment la SELARL (≥ 50 000 € pour un effet notable), soit vous optez pour la SELASU.
  • 3. Oublier l'agrément OEC préalable à l'immatriculation de la SEL — Toute création de SELARL ou SELASU doit être soumise à l'OEC régional avant l'immatriculation au RCS. Le délai est de 2 à 8 semaines selon les régions. S'immatriculer sans cet agrément entraîne la nullité de la société et l'impossibilité d'exercer.
  • 4. Sous-estimer le choc de cotisations CAVEC complémentaire en N+2 — La première année d'exercice, vous cotisez à la classe minimale A (~1 000 €/an). En N+2, la régularisation sur vos revenus réels peut faire passer votre cotisation à 4 500-9 000 €/an si votre CA a bien démarré. Provisionnez 35-40 % de vos bénéfices dès la première année pour éviter le choc de trésorerie.
  • 5. Confondre la mission de commissariat aux comptes (CAC) et l'expertise comptable — Les deux activités nécessitent des inscriptions distinctes (OEC pour l'expertise, CNCC pour le CAC) et ne peuvent pas être exercées simultanément auprès du même client (incompatibilité légale). Un expert-comptable inscrit à la CNCC ne peut pas certifier les comptes d'un client dont il tient la comptabilité.
  • 6. Ne pas souscrire de RC Professionnelle adaptée ou sous-dimensionnée — La RC Pro est obligatoire pour tous les membres de l'OEC. Un sinistre non couvert (erreur dans une déclaration fiscale, mauvais conseil ayant entraîné un redressement) peut engager votre responsabilité civile et professionnelle illimitée. Vérifiez que votre plafond de garantie est proportionnel à la taille de votre portefeuille client, notamment en cas de missions CAC ou de due diligence.

Récapitulatif : quelle structure choisir selon votre profil ?

  • CA < 60 k€, démarrage — EI BNC réel + micro-BNC si frais réels < 34 % (peu probable avec l'OEC + logiciels + RC Pro) ; sinon EI réel déclaration contrôlée 2035
  • CA 60-100 k€ — EI BNC réel ou SELASU selon que l'ARE est en jeu ; simulation sur notre simulateur recommandée
  • CA 100-200 k€ — SELASU avec salaire optimisé + dividendes flat tax ; ou SELARL avec capital ≥ 50-80 k€ si préférence TNS
  • CA > 200 k€ ou cabinet multi-associés — SELASU ou SELAS + SPFPL holding (régime mère-fille 95 % + Pacte Dutreil pour transmission)

La décision dépend aussi de votre situation personnelle : ARE à préserver, crédit immobilier en cours, projet de cession à terme, transmission familiale. N'hésitez pas à utiliser le simulateur DansTaPoche pour comparer les statuts sur votre CA réel.

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