Freelance digital nomad 2026 : résidence fiscale, cotisations URSSAF et TVA quand on travaille depuis l'étranger

Travailler depuis l'étranger avec une SASU ou EURL française : règles des 183 jours, cotisations sociales, IS en France, retenue à la source sur dividendes et conventions fiscales clés (Portugal IFICI, Espagne, Thaïlande, Émirats). Quand maintenir ou fermer sa structure française.

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De plus en plus de freelances français envisagent de travailler depuis l'étranger — Portugal, Espagne, Thaïlande, Émirats — tout en conservant leur structure française (SASU ou EURL). L'attrait est compréhensible : soleil, coût de la vie inférieur, parfois des régimes fiscaux avantageux pour les résidents étrangers. Mais avant de prendre le premier vol, il y a quelques réalités fiscales et sociales à intégrer. Ce guide fait le point sur ce qui change vraiment.

Résidence fiscale : les règles des 183 jours et au-delà

En droit fiscal français, vous êtes considéré résident fiscal en France si vous remplissez l'un des quatre critères suivants (article 4 B du CGI) :

  • Votre foyer (famille) est en France ;
  • Vous avez en France le lieu de votre séjour principal (plus de 183 jours par an) ;
  • Vous exercez en France une activité professionnelle principale ;
  • Vous avez en France le centre de vos intérêts économiques (comptes bancaires, investissements, revenus principaux).

Il suffit d'un seul critère pour être fiscalement résident en France. La règle des 183 jours est souvent citée, mais c'est la plus facile à contester : un freelance qui part 7 mois à l'étranger mais dont la famille reste en France, et dont la SASU est domiciliée en France, reste résident fiscal français.

Pour rompre sa résidence fiscale française, il faut généralement satisfaire simultanément à plusieurs conditions : quitter le foyer familial (ou être célibataire sans enfants en France), passer moins de 183 jours en France, ne plus avoir de centre d'intérêts économiques prédominant en France, et établir une résidence principale stable à l'étranger. C'est un acte formel qui nécessite une vigilance particulière — l'administration fiscale française n'hésite pas à remettre en cause les départs fiscaux insuffisamment préparés.

La structure française reste imposable en France

Même si vous devenez non-résident fiscal français, votre SASU ou EURL domiciliée en France reste soumise à l'IS en France. L'impôt sur les sociétés est dû au lieu d'établissement de la société, pas au lieu de résidence du dirigeant.

Concrètement, si votre SASU réalise 80 000 € de bénéfice, elle paiera l'IS français : 15 % jusqu'à 42 500 € (soit 6 375 €), puis 25 % sur le solde (soit 9 375 €), pour un total d'environ 15 750 €. Peu importe que vous soyez à Lisbonne, à Bali ou à Dubaï.

La seule façon d'échapper à l'IS français est de transférer le siège social de la société à l'étranger — une opération complexe, coûteuse, et soumise à des règles strictes (exit tax sur les plus-values latentes, liquidation de la société française dans certains cas). Ce n'est généralement pas une option envisageable pour un freelance solo.

Les cotisations sociales : que change le départ à l'étranger ?

Le traitement des cotisations sociales dépend du statut et de la destination :

SASU (assimilé salarié)

Si vous vous versez un salaire en tant que président de SASU, les cotisations sont dues auprès de l'URSSAF. Si vous résidez dans un pays de l'Union européenne ou de l'EEE, des règlements européens de coordination permettent en principe d'être affilié dans un seul régime. Mais si vous restez gérant d'une société française et vous versez un salaire depuis cette société, les cotisations françaises restent généralement dues.

Si vous résidez hors UE/EEE (Portugal avant IFICI, Thaïlande, Émirats, etc.), les cotisations patronales et salariales sur votre salaire de président restent dues en France tant que la société est française et que vous vous versez une rémunération depuis celle-ci.

EURL (TNS / SSI)

Les cotisations SSI (Sécurité Sociale des Indépendants) sont dues en France dès lors que vous exercez une activité dans une structure française, même depuis l'étranger. Les conventions bilatérales de sécurité sociale peuvent modifier ce principe pour certains pays, mais elles sont moins nombreuses que les conventions fiscales. Renseignez-vous auprès de la CPAM ou de la DSS avant de partir.

Dividendes et retenue à la source : le piège pour les non-résidents

C'est probablement le point le plus sensible pour les freelances qui partent à l'étranger en gardant leur SASU. Si vous devenez non-résident fiscal français, les dividendes que vous verse votre SASU peuvent être soumis à une retenue à la source en France.

Le taux de retenue à la source par défaut est de 12,8 % (IR) + les prélèvements sociaux au taux de 17,2 % pour les résidents de l'EEE, soit un prélèvement total proche du PFU. Pour les résidents hors EEE, la retenue à la source est souvent de 12,8 % ou du taux prévu par la convention fiscale applicable (parfois 0 %, souvent 10-15 %).

Attention : si votre pays de résidence impose également ces dividendes, vous risquez une double imposition — même si la plupart des conventions fiscales prévoient un mécanisme d'élimination (crédit d'impôt ou exonération dans l'un des deux pays).

Conventions fiscales clés par pays de destination

La France a signé des conventions fiscales avec la quasi-totalité des pays. Voici les cas les plus courants pour les digital nomads français :

PaysRégime fiscal spécialIS sur dividendes (retenue source France)Points d'attention
PortugalIFICI (ex-NHR) : exonération ou taux réduit sur revenus étrangers pendant 10 ans, sous conditionsConvention : 15 % maxL'IFICI a été durci en 2024 — vérifiez l'éligibilité selon votre profil. Délai d'obtention du statut.
EspagneRégime Beckham : taux flat 24 % sur revenus d'activité pendant 6 ans (pour nouveaux résidents)Convention : 15 % maxNe couvre pas forcément les dividendes de société française. À analyser cas par cas.
ThaïlandePas de régime spécial. IR sur revenus rapatriés l'année de perception.Convention : 10 % max (art. 10)Convention fiscale signée mais peu protectrice. Prudence sur les revenus rapatriés.
Émirats Arabes UnisPas d'IR local (pour les particuliers). Zones franches attractives.Convention : 0 % pour dividendes si conditions rempliesNécessite une résidence effective (visa, logement, présence). L'administration française surveille les "départs" vers les Émirats.
MarocConvention ancienne, moins protectriceConvention : 15 % maxDouble imposition partielle possible. IR marocain sur revenus de source marocaine.

Ces informations sont indicatives. Les conventions fiscales sont des textes complexes dont l'application dépend de votre situation personnelle. Consultez un conseil fiscal spécialisé en mobilité internationale avant de partir — c'est un investissement qui se rentabilise rapidement.

TVA : la structure française continue de collecter la TVA française

Votre SASU ou EURL est établie en France. La TVA sur vos prestations suit les règles françaises, indépendamment de votre lieu de résidence.

  • Clients français (B2B ou B2C) : TVA française applicable normalement (20 %).
  • Clients UE B2B : auto-liquidation par le client étranger (article 44 de la directive TVA) — pas de TVA française sur la facture.
  • Clients hors UE : les prestations de services aux clients B2B hors UE sont exonérées de TVA française.

Pour les détails sur la facturation internationale, consultez notre article sur la TVA intracommunautaire freelance 2026.

Quand fermer sa structure française ?

Maintenir une SASU ou EURL française depuis l'étranger a un coût : expert-comptable, obligations déclaratives (liasse fiscale, AGO, dépôt greffe), DSN mensuelle si vous vous versez un salaire. Pour un freelance qui part définitivement, il peut être plus pertinent de fermer sa structure française et d'en créer une à l'étranger.

Les critères qui orientent vers la fermeture :

  • Départ définitif prévu (plus de 2-3 ans) ;
  • Rupture de la résidence fiscale française (famille partie également, pas d'intérêts économiques majeurs en France) ;
  • Clients principalement étrangers ;
  • Pays de destination offrant un régime fiscal avantageux et stable.

Les critères qui orientent vers le maintien :

  • Départ temporaire (1 à 2 ans de nomadisme) ;
  • Famille restée en France ;
  • Clients principalement français ;
  • Projet de retour en France à terme ;
  • Fermeture coûteuse (boni de liquidation imposable au PFU de 31,4 %) et complexe (3 à 6 mois).

Notre guide sur la fermeture de SASU ou EURL détaille la procédure complète.

Le cas du micro-entrepreneur à l'étranger

La micro-entreprise est plus simple à appréhender : les cotisations URSSAF sont dues tant que vous êtes inscrit au registre français, et l'IR suit votre résidence fiscale. Si vous partez longtemps à l'étranger et que vous rompez votre résidence fiscale française, votre CA de micro-entreprise peut ne plus être imposable en France — mais reste soumis aux cotisations URSSAF (sécurité sociale, pas d'impôt).

Pour un micro-entrepreneur sans clients français et résidant plus de 183 jours à l'étranger, la question de la radiation URSSAF et de la création d'une structure locale mérite d'être posée. Notre article sur la fermeture de micro-entreprise explique la procédure.

Ce qu'il faut retenir avant de partir

QuestionRéponse clé
Ma SASU/EURL paie-t-elle encore l'IS en France ?Oui, tant que le siège social est en France.
Mes cotisations URSSAF continuent-elles ?En général oui (à vérifier selon le pays de destination et les conventions de sécurité sociale).
Mes dividendes sont-ils imposés en France ?Si vous êtes non-résident, retenue à la source (taux convention ou 12,8 %). Vérifier la convention applicable.
Mon IR personnel est-il toujours français ?Seulement si vous restez résident fiscal français. Sinon, IR dans le pays de résidence.
Dois-je facturer la TVA française ?Oui sur les clients français. Auto-liquidation pour les clients UE B2B. Hors UE : exonéré.
Quand fermer ma structure française ?Pour un départ définitif avec rupture fiscale. Pas pour un nomadisme temporaire.

Notre conseil pratique

Le digital nomadisme fiscal est un sujet qui dépasse largement les simulateurs — il implique du droit fiscal international, des conventions bilatérales et une analyse personnalisée. Avant tout départ d'envergure, faites-vous accompagner par un expert-comptable spécialisé en mobilité internationale. Le coût d'une consultation (200–500 €) est largement inférieur à celui d'un redressement fiscal pour non-conformité.

En attendant, utilisez notre simulateur pour comparer les structures juridiques françaises et optimiser votre rémunération dirigeant — que vous soyez en France ou à l'étranger, la structure de base (salaire/dividendes, IS, charges) reste la même.

Pour aller plus loin : notre guide sur la domiciliation d'entreprise freelance, la fiscalité des dividendes SASU et notre article sur l'optimisation fiscale freelance 2026.

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