Notaire libéral 2026 : statut juridique, cotisations CRN et cession d'office

SCP notariale, SELARL ou SELURL : quel statut pour un notaire libéral en 2026 ? Cotisations CRN détaillées, émoluments réglementés (décret 2016), TVA 20 % honoraires, cession ou création d'office (loi Macron), frais déductibles spécifiques (logiciels GENAPI, RC Pro, CSN) et 6 pièges à absolument éviter.

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Officier ministériel nommé par le ministre de la Justice, le notaire libéral occupe une position unique dans le paysage des professions libérales : à mi-chemin entre le service public (authentification des actes, monopole légal) et l'entreprise privée (revenus, charges, fiscalité). Cette double nature crée des contraintes très spécifiques en matière de statut juridique, d'accès à la profession — via la cession ou la création d'office — et d'optimisation fiscale.

Ce guide couvre l'ensemble de la problématique fiscale et sociale du notaire libéral en 2026 : la qualification BNC, les cotisations CRN classe par classe, la TVA à 20 % sur les honoraires, les émoluments réglementés, le comparatif chiffré des statuts accessibles, la cession d'office et les six pièges les plus fréquents.

Notaire libéral : BNC et officier ministériel — une double contrainte

L'activité du notaire libéral relève quasi-systématiquement des bénéfices non commerciaux (BNC). Qu'il rédige des actes authentiques, conseille ses clients en droit immobilier, droit de la famille ou droit des successions, ou qu'il authentifie des contrats, le notaire exerce une profession intellectuelle libérale par nature.

Mais le notaire est également un officier ministériel : il est titulaire d'un office notarial dont il a reçu délégation de l'État pour l'authentification des actes. Ce statut particulier a deux conséquences majeures sur le plan juridique :

  • La SASU classique est interdite : la loi du 31 décembre 1990 (loi 90-1258) et ses décrets d'application imposent des formes sociétaires spécifiques — les Sociétés d'Exercice Libéral (SEL) — dès lors que le notaire exerce en société.
  • L'accès à l'office est réglementé : on ne crée pas un cabinet de notaire comme on crée une SASU. Il faut soit racheter un office existant, soit être nommé dans une zone nouvellement créée par le gouvernement (loi Macron 2015).

Structures juridiques accessibles au notaire en 2026

Contrairement à un consultant ou un développeur, le notaire libéral ne peut pas choisir librement sa forme sociétaire. Voici les quatre structures accessibles :

La SCP notariale (Société Civile Professionnelle)

Forme historique de l'exercice en commun du notariat, la SCP est une société civile transparente fiscalement (régime IR par défaut, option IS possible). Les associés sont responsables indéfiniment et solidairement des dettes sociales. Elle est progressivement remplacée par les SEL dans les nouvelles installations, mais reste très présente dans les offices existants. La SCP présente l'inconvénient d'une responsabilité illimitée, ce qui la rend moins attractive pour les nouvelles installations.

La SELARL (et sa variante SELURL associé unique)

La SELARL (Société d'Exercice Libéral à Responsabilité Limitée) est l'équivalent de la SARL pour les professions libérales réglementées. Le gérant associé majoritaire relève du régime TNS (Sécurité Sociale des Indépendants). La SELURL est la variante à associé unique (équivalent de l'EURL).

Attention à la règle des 10 % du capital (art. L131-6 § 4 CSS) : la fraction des dividendes dépassant 10 % du capital social + primes d'émission + CCA est soumise aux cotisations TNS (~45 %), exactement comme en EURL classique. Un capital de 1 € est donc à proscrire absolument — la quasi-totalité des dividendes serait alors soumise aux cotisations de la CRN et de l'URSSAF.

La SELAS (et sa variante SELASU associé unique)

La SELAS (Société d'Exercice Libéral par Actions Simplifiée) est l'équivalent de la SAS. Le président est assimilé salarié (régime général) — pas de règle des 10 % sur les dividendes, flat tax 31,4 % sur l'ensemble des dividendes versés. La SELASU est la variante à associé unique.

Pour le notaire, la SELASU est souvent la structure la plus avantageuse pour optimiser la rémunération : dividendes au PFU 31,4 % sans cotisations CRN ni SSI, compatible avec la stratégie ARE sans salaire (dividendes non écrêtés par France Travail).

La SELAFA

Réservée aux grandes structures, la SELAFA (forme anonyme) nécessite un capital minimum de 37 000 € et un conseil de surveillance. Elle est peu adaptée aux installations individuelles et concerne principalement les offices de taille importante.

Dans tous les cas, l'agrément du Conseil Régional des Notaires (CRN) est obligatoire avant l'immatriculation au RCS. Ce délai de 4 à 8 semaines doit être anticipé lors de toute installation ou transformation.

Cotisations CRN 2026 : la caisse de retraite spécifique des notaires

Les notaires libéraux cotisent à la Caisse de Retraite des Notaires (CRN), caisse autonome distincte de la SSI (ex-RSI) et de la CIPAV. Cette caisse gère leur retraite de base, leur retraite complémentaire et leur régime de prévoyance (invalidité-décès). Ils cotisent également à l'URSSAF pour la maladie-maternité, la CSG/CRDS et les allocations familiales.

Retraite de base CRN

La retraite de base CRN fonctionne sur un système de points propre à la caisse. Les cotisations sont proportionnelles aux revenus professionnels nets avec un taux global d'environ 17,75 % jusqu'au plafond PASS (47 100 €/an en 2026), puis un taux réduit au-delà. La cotisation minimale reste due même à revenus nuls lors des premières années d'installation.

Retraite complémentaire CRN

La retraite complémentaire CRN fonctionne selon un système de classes forfaitaires, similaire à la CIPAV :

  • Classe A (~800–1 200 €/an) — revenus professionnels faibles, début d'installation
  • Classe B (~2 000–3 500 €/an) — revenus modérés
  • Classe C à E (~4 000–9 000 €/an) — revenus intermédiaires à élevés
  • Classe F et au-delà (~9 000–15 000 €/an) — notaires à forts revenus

La classe est déterminée sur la base des revenus de l'avant-dernière année (N-2), ce qui génère un choc de régularisation en N+2 pour les notaires qui progressent rapidement. Il est impératif de provisionner 35 à 40 % des revenus les deux premières années pour faire face à cette régularisation.

Prévoyance invalidité-décès CRN

La cotisation invalidité-décès est forfaitaire : environ 400 à 800 €/an selon la classe et les garanties souscrites. Elle est déductible du bénéfice imposable dans le cadre du contrat Madelin (art. 154 bis CGI), uniquement en régime réel BNC — pas en micro-BNC où l'abattement forfaitaire couvre l'ensemble des charges.

Cotisations URSSAF (hors CRN)

En plus des cotisations CRN, le notaire libéral TNS cotise à l'URSSAF pour :

  • Maladie-maternité PAMC : ~6,5 % de la rémunération conventionnelle (taux réduit pour les professions de santé et paramédicales conventionnées CPAM — les notaires ne sont pas conventionnés CPAM mais bénéficient d'un taux spécifique)
  • CSG/CRDS : 9,2 % dont 6,8 % déductibles de l'assiette imposable
  • Allocations familiales : 3,1 % jusqu'au plafond

Au total, les charges sociales et fiscales obligatoires d'un notaire libéral représentent35 à 45 % des revenus professionnels nets, selon le niveau de revenus et la classe CRN. Ce poids est significativement supérieur à celui d'un consultant en micro-BNC (23,1 % URSSAF uniquement).

TVA et émoluments : la spécificité tarifaire des notaires

TVA 20 % sur les honoraires et émoluments

Contrairement aux médecins ou aux kinésithérapeutes, les notaires ne bénéficient d'aucune exonération TVA sur leurs prestations. L'ensemble de leurs honoraires et émoluments est soumis à la TVA à 20 % (art. 269 CGI). La franchise en base de 37 500 €/an s'applique aux notaires comme à toute profession libérale, mais dans la pratique, un notaire installé dépasse quasi-systématiquement ce seuil dès les premiers mois d'activité.

La TVA collectée sur les émoluments est donc à traiter avec la plus grande rigueur comptable : elle ne constitue pas un revenu pour le notaire. Ne pas provisionner la TVA collectée est l'une des erreurs les plus courantes en début d'installation.

Émoluments réglementés vs honoraires libres

La rémunération du notaire se compose de deux catégories distinctes :

  • Émoluments réglementés : fixés par le décret du 26 février 2016 (dit « décret émoluments »). Ils s'appliquent aux actes authentiques pour lesquels le notaire dispose d'un monopole légal — ventes immobilières, successions, donations, constitutions de sociétés, contrats de mariage. Ces émoluments sont calculés selon des tranches progressives sur la valeur du bien ou de l'acte, avec des taux allant de 0,799 % à 3,945 % de la valeur selon la tranche. Ils ne sont pas négociables.
  • Honoraires libres : pour les consultations juridiques, les actes sous seing privé, les conseils en gestion de patrimoine ou les prestations accessoires. Ces honoraires sont librement fixés par le notaire et son client, soumis à TVA 20 %.

Débours : exonérés de TVA

Les débours (droits d'enregistrement, taxe de publicité foncière, frais hypothécaires avancés pour le compte du client) ne constituent pas des revenus du notaire et ne sont pas soumis à la TVA. Ils doivent être clairement distingués dans la facturation et comptabilisés en compte de tiers (4716 ou 462), et non en produits d'exploitation. Confondre débours et honoraires dans la facturation est une erreur grave pouvant entraîner un redressement TVA.

Accès à l'office notarial : cession ou création (loi Macron)

L'accès à la profession de notaire libéral titulaire passe obligatoirement par l'obtention d'un office notarial. Il existe deux voies :

La cession d'office (zones contrôlées)

Dans les zones géographiques où le nombre d'offices est considéré comme suffisant par le gouvernement, le futur notaire doit racheter un office existant à un notaire qui prend sa retraite ou cède son activité. Le prix de cession est librement négocié entre le cédant et l'acquéreur (ou la société qui acquiert), avec l'agrément du ministère de la Justice via un « droit de présentation ».

Le prix d'un office notarial varie considérablement selon la localisation et le chiffre d'affaires : de quelques centaines de milliers d'euros en zone rurale à plusieurs millions d'euros pour un office parisien ou dans une grande métropole. Ce coût d'entrée constitue un investissement majeur, souvent financé par un emprunt professionnel sur 7 à 15 ans.

Sur le plan fiscal, la valeur de la clientèle (ou « droit de présentation ») est amortissable sur 10 à 15 ans dans les structures à l'IS, ce qui réduit mécaniquement le bénéfice imposable les premières années.

La création d'office (zones libres — loi Macron 2015)

La loi Macron du 6 août 2015 a ouvert la possibilité de créer de nouveaux offices notariaux dans des zones géographiques identifiées comme insuffisamment pourvues par le gouvernement. Dans ces zones libres, le candidat peut obtenir une nomination ministérielle sans rachat d'un office existant — le droit de présentation est gratuit.

Cette voie est considérablement plus accessible financièrement : le nouveau notaire démarre avec un chiffre d'affaires à construire de zéro, sans endettement lié à l'achat de clientèle. Elle s'accompagne toutefois d'un risque économique plus élevé (pas de clientèle acquise) et d'un délai de construction plus long avant d'atteindre la rentabilité. Les zones libres sont révisées régulièrement par le gouvernement.

Comparatif chiffré : 4 statuts à 80 k€ et 150 k€ de revenus

Cas n°1 — Thomas, notaire libéral, 80 000 € de revenus professionnels nets

Thomas vient d'être nommé dans une zone libre (loi Macron). Sa première année, il dégage 80 000 € de revenus professionnels nets après les débours.

  • Micro-BNC : abattement forfaitaire 34 % → base imposable 52 800 €. Cotisations URSSAF ~23,1 % de 52 800 € = ~12 197 €. Mais le micro-BNC ne permet pas de déduire les cotisations CRN complémentaire en Madelin. Revenu net estimé ~44 000 €/an — pertinent uniquement si les frais réels sont très faibles et que la CRN complémentaire est en classe A/B.
  • EI réel (déclaration contrôlée 2035) : frais réels déductibles (logiciels, RC Pro, CRN Madelin, documentation), cotisations TNS ~40-45 % sur le bénéfice net. Revenu net estimé ~38 000–42 000 €/an selon les frais réels.
  • SELURL gérant TNS (IS 15 %) : capitalisation IS 15 % sur les premiers 42 500 €, règle 10 % capital sur dividendes excédentaires → cotisations CRN sur dividendes si capital trop faible. Revenu net avec capital adéquat (50 000 €+)~44 000–47 000 €/an.
  • SELASU président assimilé salarié (IS 15 %) : dividendes au PFU 31,4 % sans cotisations CRN, compatible ARE. Revenu net estimé ~46 000–50 000 €/an avec optimisation salaire/dividendes.

Cas n°2 — Marie, notaire libérale, 150 000 € de revenus

Marie a racheté un office il y a 5 ans dans une ville moyenne. Ses revenus atteignent 150 000 € nets annuels (après débours, hors charges de structure).

  • Micro-BNC impossible : le plafond de 83 600 € est dépassé. Marie doit obligatoirement opter pour un régime réel.
  • EI réel : charges TNS très lourdes à ce niveau de revenus (CRN classe E/F + URSSAF), revenu net estimé ~68 000–72 000 €/an.
  • SELURL/SELARL (IS 15/25 %) : capitalisation IS, mais règle 10 % capital impacte fortement les dividendes avec capital insuffisant. Revenu net avec capital 80 000 € : ~78 000–82 000 €/an.
  • SELASU (IS 15/25 %) : salaire optimisé + dividendes PFU 31,4 % + PER TNS ou collectif. Revenu net estimé ~82 000–88 000 €/an — meilleur résultat net.

Frais déductibles spécifiques aux notaires

En régime réel (déclaration contrôlée 2035 ou liasse IS), les notaires libéraux peuvent déduire un ensemble de charges spécifiques à leur profession :

Logiciels et outils métier

  • GENAPI Suite Notariale / Real.not : logiciel de rédaction d'actes, gestion de l'office, comptabilité notariale — 3 000 à 8 000 €/an selon l'office, 100 % déductible (compte 6516 ou 6228).
  • Secib (groupe Fichorga) : autre éditeur majeur de logiciels notariaux, tarification similaire.
  • Bases de données juridiques : Dalloz, LexisNexis, Francis Lefebvre, Le Lamy notarial — 1 500 à 4 000 €/an, 100 % déductible.
  • Télétransmission actes au Ministère : réel notarial électronique, frais annuels déductibles.

Responsabilité civile professionnelle obligatoire

La RC Pro notariale est obligatoire et très élevée. Compte tenu de la valeur des actes authentifiés (transactions immobilières parfois à plusieurs millions d'euros), les primes d'assurance peuvent atteindre 3 000 à 15 000 €/an selon le volume et la nature des actes rédigés. Ces primes sont 100 % déductibles (compte 616).

Cotisations professionnelles

  • Cotisation au Conseil Supérieur du Notariat (CSN) : obligatoire, environ 500 à 1 200 €/an selon le CA de l'office.
  • Cotisation à la Chambre Régionale des Notaires : 300 à 800 €/an.
  • Cotisations CRN complémentaire et invalidité-décès : déductibles du bénéfice en Madelin (art. 154 bis CGI) uniquement en régime réel BNC — non déductibles en micro-BNC.

Personnel (clercs, collaborateurs)

Un office notarial emploie généralement du personnel : clercs habilités, rédacteurs d'actes, secrétaires, comptables. Les salaires et charges patronales associées constituent souvent le premier poste de charges de l'office (40 à 50 % du CA), 100 % déductibles. L'embauche du premier salarié déclenche la taxe d'apprentissage (0,68 % masse salariale) et la CFP (1 % pour les structures de moins de 11 salariés).

Locaux professionnels

Le loyer commercial ou l'amortissement des locaux acquis, les charges de copropriété, la taxe foncière, les assurances locaux — l'ensemble est déductible. Pour un notaire propriétaire de ses locaux via une SCI, la même vigilance s'applique qu'à tout professionnel libéral : le loyer versé à la SCI doit être au prix du marché pour éviter tout acte anormal de gestion.

Amortissement de la clientèle (office racheté)

Pour les structures à l'IS (SELURL, SELASU, SELARL, SELAS), la valeur du droit de présentation inscrite à l'actif du bilan peut être amortie sur 10 à 15 ans(pratique usuelle, voire sur la durée résiduelle du financement). Cette charge comptable réduit mécaniquement le bénéfice imposable les premières années après l'installation. En régime BNC réel (EI), la clientèle libérale n'est techniquement pas amortissable — elle figure à l'actif mais sans amortissement fiscal.

Stratégie ARE + SELASU : le cas du notaire salarié reconverti

Le profil du notaire arrivant en libéral après un passage en office salarié (clerc, notaire salarié, ou passage en entreprise) peut bénéficier de la stratégie ARE + SELASU pour maximiser ses revenus la première année d'installation.

Cas chiffré — Élodie, 36 ans, notaire salariée en reconversion libérale

Élodie était notaire salariée à 45 000 € brut annuel. Elle obtient une rupture conventionnelle et est nommée dans un office de zone libre (loi Macron) qu'elle exploite via une SELASU. Son chiffre d'affaires prévisionnel la première année : 90 000 € de revenus professionnels nets.

  • ARE : ~2 100 €/mois pendant 18 mois = ~37 800 € nets cumulés (droits à l'ARE calculés sur le salaire brut 45 000 €)
  • SELASU sans salaire : 0 € de rémunération de présidente = 0 écrêtement ARE par France Travail. Dividendes versés après clôture de l'exercice : environ 35 000 à 40 000 € nets (après IS 15 % + PFU 31,4 %)
  • Total 18 mois : ~37 800 € ARE + ~37 000 € dividendes = ~74 800 € nets
  • Comparaison EI réel sans ARE : ~48 000 €/an nets — différentiel de ~26 800 € sur 18 mois.

Cette stratégie fonctionne d'autant mieux que le notaire peut démarrer son activité pendant la période d'indemnisation, en maintenant une rémunération nulle ou très faible de la SELASU.

Retraite et prévoyance : anticiper dès l'installation

La retraite du notaire libéral repose sur trois étages :

  • CRN retraite de base : régime obligatoire, cotisations proportionnelles
  • CRN retraite complémentaire : classes forfaitaires A à F+ selon revenus N-2
  • PER individuel ou collectif : épargne volontaire déductible du bénéfice imposable selon les plafonds TNS (10 % du bénéfice + 15 % entre 1 et 8 PASS), soit jusqu'à environ 87 000 €/an pour les notaires à hauts revenus

Pour les SELASU, le PER peut être mis en place via une DUE (Décision Unilatérale de l'Employeur) avec abondement patronal, dans les limites du PERCO (8 % PASS exonéré).

La prévoyance invalidité-décès via la CRN est obligatoire mais souvent insuffisante. Une prévoyance complémentaire Madelin (pour les TNS en SELURL/SELARL) ou via DUE (pour les assimilés salariés en SELASU) est vivement recommandée, surtout compte tenu de la responsabilité personnelle potentielle des officiers ministériels.

6 pièges spécifiques aux notaires libéraux

1. SASU classique interdite — et invalidation des actes

La SASU de droit commun est incompatible avec l'exercice de la profession de notaire. Un notaire qui exercerait via une SASU s'exposerait à la nullité des actes authentifiés, à des poursuites disciplinaires devant la Chambre des Notaires, et à une radiation de la profession. La SEL (SELURL, SELASU, SELARL, SELAS) est la seule forme sociétaire acceptable.

2. Capital SELURL à 1 € — quasi-totalité des dividendes soumis aux cotisations CRN

En SELURL avec un capital social de 1 €, pratiquement tous les dividendes versés au gérant associé dépassent le seuil de 10 % du capital (10 centimes), et sont donc soumis aux cotisations TNS (~45 %) via la règle de l'art. L131-6 § 4 CSS. Pour que la SELURL soit efficace, il faut un capital social significatif — au minimum 50 000 € — pour protéger une fraction substantielle des dividendes.

3. TVA collectée confondue avec la trésorerie disponible

La TVA à 20 % collectée sur les émoluments appartient à l'État, pas au notaire. Un office qui génère 200 000 € HT d'émoluments encaisse 240 000 € TTC — mais 40 000 € doivent être reversés à l'administration fiscale via la déclaration CA3 mensuelle ou trimestrielle. Utiliser ces 40 000 € pour financer la trésorerie courante crée un risque de trésorerie majeur lors de chaque déclaration.

4. Débours confondus avec les revenus professionnels

Les droits d'enregistrement, les taxes de publicité foncière et les frais hypothécaires avancés pour le compte des clients (débours) ne constituent pas des revenus du notaire. Les inclure dans la base de calcul des cotisations TNS ou de l'IS entraîne une surimposition significative. Ils doivent être comptabilisés en compte de tiers (4716 — Débours à facturer) et clairement distingués dans les factures.

5. Choc CRN complémentaire N+2 — ne pas provisionner

La classe CRN complémentaire est déterminée sur la base des revenus de N-2. Un notaire qui installe son office avec 50 000 € de revenus la première année peut se retrouver en classe B. Si ses revenus atteignent 120 000 € dès la deuxième année, il sera reclassé en classe E ou F à partir de N+2, avec un appel de cotisations de plusieurs milliers d'euros supplémentaires. Sans provisionnement, ce choc peut déstabiliser la trésorerie de l'office.

6. Agrément du Conseil Régional des Notaires non obtenu avant l'immatriculation

Toute structure sociétaire créée pour exercer le notariat (SELURL, SELASU, SELARL, SELAS) doit obtenir l'agrément du Conseil Régional des Notaires (CRN régional)avant son immatriculation au RCS. Immatriculer la société puis demander l'agrément expose à une période d'exercice non conforme et à un risque de nullité des actes authentifiés pendant cette période. Le délai d'obtention est de 4 à 8 semaines en moyenne — à anticiper impérativement.

FAQ notaire libéral 2026

Un notaire peut-il exercer en micro-BNC ?

Oui, un notaire qui démarre en zone libre avec un chiffre d'affaires faible peut opter pour le micro-BNC tant qu'il ne dépasse pas 83 600 € de revenus professionnels nets. En pratique, dès que l'activité se développe, le dépassement du seuil ou l'intérêt du régime réel (frais réels, CRN Madelin) pousse vers la déclaration contrôlée 2035 ou vers une structure à l'IS.

La clientèle d'un office peut-elle être vendue librement ?

Non. Le notaire ne vend pas sa « clientèle » au sens strict : il cède son droit de présentation à un successeur, avec l'agrément du ministère de la Justice. La cession est strictement encadrée. Le prix est librement négocié, mais la transaction n'est effective qu'après la nomination ministérielle du successeur. Le régime fiscal de la plus-value de cession dépend du statut (cession de fonds en EI réel → art. 238 quindecies CGI, cession de titres de SEL → PFU 31,4 % ou abattement retraite art. 150-0 D ter).

SELURL ou SELASU : que choisir en 2026 ?

La SELASU est généralement plus avantageuse pour un notaire qui cherche à optimiser sa rémunération nette à long terme : les dividendes sont au PFU 31,4 % sans cotisations CRN, quelle que soit la taille du capital. En SELURL, la règle des 10 % du capital impose un capital minimum élevé (≥ 50 000 €) pour protéger les dividendes des cotisations TNS. Le choix entre les deux dépend aussi des préférences en matière de protection sociale et de validation de trimestres retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO en SELASU vs CRN complémentaire en SELURL).

Comment financer le rachat d'un office ?

Le rachat d'un office se finance généralement via un emprunt professionnelsur 7 à 15 ans, souscrit par la structure sociétaire (SELURL ou SELASU). Les intérêts d'emprunt sont déductibles du résultat imposable à l'IS, et l'amortissement du droit de présentation réduit également la base imposable. Un apport personnel de 20 à 30 % de la valeur de l'office est généralement exigé par les banques. Certaines banques spécialisées (BNP Paribas, Crédit Agricole, Caisse des Dépôts via BPI) proposent des financements dédiés aux professions réglementées.

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