Électricien freelance 2026 : statut, assurance décennale, TVA et fiscalité

Guide complet pour les électriciens à leur compte en 2026 : qualification artisanale obligatoire, choix du statut (micro-BIC, EI, EURL, SASU), assurance décennale, TVA 20/10/5,5 % et auto-liquidation en sous-traitance, frais déductibles et 6 pièges à éviter.

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Électricien à son compte : un artisan, pas une profession libérale

Contrairement à la plupart des freelances du digital, l'électricien relève de l'artisanat du bâtiment. Cela change plusieurs règles dès le premier jour : immatriculation au répertoire des métiers tenu par la Chambre de Métiers et de l'Artisanat (CMA), fiscalité en BIC (et non en BNC), et surtout une obligation de qualification.

L'activité d'électricien fait partie des métiers réglementés par la loi du 5 juillet 1996 : pour vous installer, vous devez justifier d'un diplôme (CAP/BEP électricité, Bac pro MELEC, BTS électrotechnique…) ou d'une expérience professionnelle de 3 ans en tant que salarié dans le métier. À défaut, l'activité est considérée comme du travail illégal, avec des sanctions pénales et l'impossibilité d'assurer vos chantiers. Le stage de préparation à l'installation (SPI) en CMA n'est en revanche plus obligatoire depuis la loi PACTE de 2019.

Vous devez aussi détenir une habilitation électrique à jour (norme NF C18-510 : B1V, B2V, BR, BC selon les opérations) — non pas pour vous immatriculer, mais pour intervenir légalement sur des installations sous tension. Son coût et son recyclage sont déductibles (voir plus bas).

BIC : prestation de services ou vente de marchandises ?

Un électricien facture presque toujours de la fourniture et pose : de la main-d'œuvre (prestation de service artisanale) et du matériel (câbles, tableaux, disjoncteurs, luminaires…). Fiscalement, cette distinction est importante car elle détermine vos seuils micro et vos abattements :

Prestation de services BIC (la main-d'œuvre, et par défaut une facture globale « fourniture et pose ») : plafond micro 83 600 €, abattement forfaitaire de 50 %, cotisations URSSAF 21,2 % du CA.

Vente de marchandises (revente de matériel facturée séparément) : plafond micro 188 700 €, abattement 71 %, cotisations 12,3 % du CA. Le plafond global d'une micro mixte est de 188 700 €, dont 83 600 € au maximum pour la part prestation.

Retenez ce point, car il est au cœur de l'arbitrage de statut : en micro, vous payez des cotisations et de l'impôt sur l'ensemble de votre chiffre d'affaires — y compris sur la partie qui ne sert qu'à acheter le matériel. Quand le matériel pèse lourd dans vos devis, ce « matériel qui transite » est taxé comme du revenu, ce qui peut rendre la micro nettement défavorable.

L'assurance décennale : l'obligation à ne jamais oublier

C'est la spécificité la plus structurante du métier. L'installation électrique participe à la solidité et à la destination de l'ouvrage : à ce titre, elle relève de la garantie décennale (articles 1792 et suivants du Code civil, loi Spinetta de 1978). Vous devez donc souscrire une assurance décennale avant l'ouverture du premier chantier, et pas après.

Travailler sans décennale est un délit (jusqu'à 75 000 € d'amende et 6 mois d'emprisonnement) et vous expose surtout à une responsabilité personnelle illimitée pendant 10 ans en cas de sinistre — un incendie d'origine électrique peut représenter des centaines de milliers d'euros. Pour un électricien, la prime annuelle se situe en général entre 600 et 2 500 €/an selon le chiffre d'affaires, l'ancienneté et la sinistralité.

Pensez aussi à la garantie biennale (bon fonctionnement des équipements dissociables, 2 ans) et à la responsabilité civile professionnelle (RC Pro), qui couvre les dommages causés à des tiers en dehors de la garantie décennale. L'attestation décennale doit figurer sur vos devis et factures.

TVA dans le bâtiment : 20 %, 10 %, 5,5 % et auto-liquidation

La TVA des travaux est l'autre grande spécificité de l'électricien. Trois taux coexistent selon la nature des travaux et l'ancienneté du logement :

20 % (taux normal) : installation dans un logement neuf (moins de 2 ans), locaux professionnels, travaux d'installation d'équipements neufs sans amélioration énergétique.

10 % (taux intermédiaire) : travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien dans les logements achevés depuis plus de 2 ans (mise aux normes d'un tableau, rénovation d'installation, ajout de circuits…).

5,5 % (taux réduit) : travaux d'amélioration de la performance énergétique et travaux induits (raccordement d'une pompe à chaleur, d'un système de régulation/pilotage, bornes de recharge dans certains cas, etc.) dans les logements de plus de 2 ans.

Pour appliquer le 10 % ou le 5,5 %, vous devez faire signer au client une attestation de TVA (simplifiée ou normale) à conserver à l'appui de votre comptabilité. Appliquer un taux réduit sans attestation expose à un redressement où l'administration réclame la différence avec le taux de 20 %.

Cas très fréquent et souvent mal maîtrisé : la sous-traitance dans le BTP. Lorsque vous intervenez comme sous-traitant pour une entreprise principale elle-même assujettie à la TVA, c'est l'auto-liquidation qui s'applique (article 283-2 nonies du CGI) : vous facturez hors taxe, avec la mention « Autoliquidation », et c'est le donneur d'ordre qui déclare et acquitte la TVA. Facturer de la TVA à tort à l'entreprise principale est une erreur classique qui bloque le paiement et déclenche des régularisations. Voir notre guide de la sous-traitance freelance.

Côté franchise : tant que vous restez sous le seuil de 37 500 € de prestations, vous pouvez bénéficier de la franchise en base de TVA (facturation sans TVA). Mais attention : en franchise, vous ne récupérez pas la TVA sur vos achats de matériel — un vrai handicap pour un métier où les fournitures sont lourdes. La plupart des électriciens ont donc intérêt à opter pour la TVA dès le départ pour récupérer la TVA sur le matériel, l'outillage et le véhicule. Voir le guide TVA et freelance.

Quel statut juridique choisir ?

Comme pour les autres indépendants, quatre statuts couvrent l'essentiel des situations : micro-BIC, EI au réel, EURL à l'IS et SASU à l'IS. Mais pour un artisan du bâtiment, le poids du matériel et de l'outillage fait souvent pencher la balance différemment que pour un consultant.

Micro-BIC : zéro comptabilité, simplicité maximale, idéale pour démarrer (dépannage, petites interventions, peu de matériel). Son talon d'Achille : aucune déduction des achats réels. Si le matériel et la sous-traitance représentent plus de 50 % de vos devis, l'abattement de 50 % ne couvre plus vos charges et vous payez des cotisations sur de l'argent qui n'est pas du bénéfice.

EI au réel (BIC) : vous déduisez le matériel, le véhicule, les assurances, l'outillage et amortissez le gros équipement. Cotisations TNS (SSI) calculées sur le bénéfice réel. C'est souvent le premier réflexe pertinent pour un électricien avec un volume de matériel significatif, sans la complexité d'une société.

EURL à l'IS : IS à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, cotisations TNS sur la rémunération du gérant. Permet de piloter sa rémunération et de laisser de la trésorerie dans la société (utile pour financer le stock de matériel ou un nouveau fourgon). Attention à la règle des dividendes > 10 % du capital, soumis aux cotisations SSI.

SASU à l'IS : président assimilé salarié (meilleure protection sociale mais cotisations plus élevées), dividendes à la flat tax de 31,4 % sans cotisations sociales, compatibilité avec l'ARE. Pertinente pour les chiffres d'affaires élevés, l'embauche à venir ou une stratégie de versement en dividendes. Voir SASU vs EURL en 2026 et micro ou société : quand changer ?.

Comparatif chiffré : le poids du matériel change tout

Prenons deux profils d'électricien au même chiffre d'affaires de 90 000 € HT, mais avec une structure de charges très différente.

Profil A — dépannage et petites installations : surtout de la main-d'œuvre, ~12 k€ de matériel et frais réels. En micro-BIC, l'abattement de 50 % couvre largement ces 12 k€ : cotisations ~19 100 € (21,2 % de 90 k€), base imposable 45 000 €. La micro est ici simple et compétitive, avec un net souvent supérieur à une société à ce niveau de charges.

Profil B — installation et rénovation : ~38 k€ de matériel, fourgon, outillage et assurances. En micro-BIC, ces 38 k€ ne sont pas déductibles : vous payez 19 100 € de cotisations + l'IR sur une base de 45 000 €, alors que votre bénéfice réel n'est « que » d'environ 33 k€ avant cotisations. Au réel (EI, EURL ou SASU), vous ne cotisez et n'êtes imposé que sur le bénéfice réel après déduction des 38 k€ — l'écart en votre faveur peut dépasser 8 000 à 12 000 €/an.

La règle pratique : plus la part de matériel et de sous-traitance est élevée, plus le régime réel (EI/EURL/SASU) devient avantageux, même en dessous des plafonds de la micro. À l'inverse, un électricien « tout en main-d'œuvre » reste souvent gagnant en micro jusqu'à proximité du plafond.

Ces chiffres sont des ordres de grandeur. Pour une simulation précise tenant compte de vos charges réelles, de l'IS, de l'ACRE et de la répartition salaire/dividendes, utilisez le simulateur DansTaPoche.

Frais déductibles spécifiques à l'électricien

En régime réel (EI, EURL, SASU), vous déduisez l'ensemble de vos charges professionnelles. Les plus caractéristiques du métier :

Véhicule utilitaire : fourgon aménagé (achat, location longue durée ou crédit-bail), carburant, entretien, assurance pro. Un utilitaire ouvre droit à la récupération de la TVA (contrairement à un véhicule de tourisme) — un avantage majeur. Voir véhicule de société et le guide des frais de déplacement.

Outillage et matériel : perceuse, perforateur, multimètre, pince ampèremétrique, vérificateur d'absence de tension (VAT), échelle, escabeau, petit outillage. Le matériel de plus de 500 € HT s'amortit sur 3 à 5 ans (règle des 500 €) ; en dessous, c'est une charge déductible immédiatement.

Assurances : décennale (600–2 500 €/an), RC Pro, garantie biennale — toutes déductibles au réel.

EPI et vêtements de travail : gants isolants, casque, chaussures de sécurité, lunettes, tapis isolant — déductibles car spécifiques à l'activité.

Formations et habilitations : passage et recyclage de l'habilitation électrique (tous les 3 ans), formations IRVE (bornes de recharge), photovoltaïque, domotique, norme NF C15-100 — déductibles, et potentiellement éligibles au crédit d'impôt formation du dirigeant.

Logiciels de devis et facturation : EBP Bâtiment, Tolteck, Batappli, Obat — de ~150 à ~600 €/an, déductibles.

Local ou dépôt : loyer d'un local de stockage de matériel, ou quote-part de la pièce dédiée à domicile. Pensez à la CFE, due dès la deuxième année d'activité.

ACRE et stratégie de démarrage

À la création, vous pouvez bénéficier de l'ACRE : une exonération partielle de cotisations sociales la première année. Depuis le 1er juillet 2026, le taux d'exonération a été ramené à 25 % (contre 50 % auparavant). En micro, cela se traduit par un taux de cotisations réduit la première année. Voir le guide ACRE 2026.

Si vous quittez un emploi salarié, la combinaison ARE + société peut être très efficace pour amortir le démarrage : France Travail maintient une partie de vos allocations tant que vous ne vous versez pas (ou peu) de rémunération, le temps de constituer votre clientèle et d'investir dans votre fourgon et votre outillage. La réforme des cotisations TNS 2026 (abattement de 26 % sur l'assiette) améliore par ailleurs le net des gérants EI/EURL.

6 pièges spécifiques à l'électricien freelance

1. Démarrer sans qualification reconnue. Sans CAP/BEP électricité ou 3 ans d'expérience salariée, votre immatriculation peut être refusée et votre activité requalifiée en travail illégal. La qualification conditionne aussi votre assurabilité.

2. Oublier (ou retarder) l'assurance décennale. Elle doit être souscrite avant le premier chantier. Un sinistre survenu sans décennale engage votre patrimoine personnel pendant 10 ans — le risque le plus grave du métier.

3. Rester en micro avec beaucoup de matériel. L'abattement de 50 % ne reflète pas vos achats réels. Dès que le matériel dépasse ~50 % du CA, le régime réel (EI/EURL/SASU) est presque toujours plus avantageux, même sous le plafond micro.

4. Se tromper de taux de TVA. Appliquer 20 % au lieu de 10 % ou 5,5 % vous rend plus cher que la concurrence ; appliquer un taux réduit sans attestation client signée vous expose à un redressement. La bonne pratique : une attestation TVA pour chaque chantier en logement de plus de 2 ans.

5. Facturer de la TVA en sous-traitance BTP. En sous-traitance pour une entreprise assujettie, c'est l'autoliquidation : facturation HT avec la mention dédiée. Facturer avec TVA bloque le paiement et oblige à tout refaire.

6. Ne pas provisionner la régularisation de cotisations. En EI ou EURL, les cotisations TNS de la première année sont provisionnelles, puis régularisées sur le revenu réel en N+1 — souvent un choc de plusieurs milliers d'euros. Mettez de côté 35–40 % du bénéfice net dès le départ.

Pour aller plus loin

Les sujets connexes utiles sur DansTaPoche : la sous-traitance freelance, la RC Pro, la TVA et le freelance, le véhicule de société et le comparatif SASU vs EURL. Pour arbitrer entre les statuts selon votre chiffre d'affaires et votre volume de matériel, lancez le simulateur DansTaPoche.

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