L'ophtalmologue libéral exerce l'une des spécialités médicales les plus techniques et les plus rentables du système de santé français. Plateau technique lourd — réfracteur automatique, biomicroscope, OCT, rétinographe, laser YAG — délégation de tâches aux orthoptistes, et revenus parmi les plus élevés de la médecine libérale : la gestion du statut juridique et de la fiscalité mérite une attention particulière. En 2026, un seul constat s'impose : la SASU classique est interdite, la règle des 10 % du capital peut coûter des dizaines de milliers d'euros par an, et la stratégie ARE + SELASU reste l'un des leviers les plus puissants pour démarrer sereinement.
Ophtalmologue libéral : profession réglementée, statuts imposés
L'ophtalmologie est une spécialité médicale réglementée. Elle est soumise à la loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990, qui interdit l'exercice en société à toute profession libérale réglementée via une SASU ou SAS classique. Pour un ophtalmologue souhaitant s'exercer en société, les seules structures disponibles sont :
- SELARL (Société d'Exercice Libéral à Responsabilité Limitée) : gérant TNS, régime social SSI, règle des 10 % du capital applicable.
- SELURL (SELARL à associé unique) : identique à la SELARL, mais pour l'exercice solo.
- SELASU (SELAS à associé unique) : président assimilé salarié, régime général, flat tax 31,4 % sur dividendes sans règle des 10 % — la structure la plus avantageuse dans la majorité des cas.
- SELAS (Société d'Exercice Libéral par Actions Simplifiée) : multi-associés, même régime que la SELASU pour le président.
- SCP (Société Civile Professionnelle) : transparente fiscalement (IR), adaptée aux associations entre confrères.
L'exercice individuel en EI BNC (déclaration contrôlée 2035) reste possible et souvent pertinent en début de carrière ou pour des revenus modérés. Le micro-BNC s'applique jusqu'à 83 600 € de recettes, mais l'abattement forfaitaire de 34 % couvre rarement les charges réelles d'un cabinet d'ophtalmologie, qui comprennent un plateau technique coûteux.
Avant toute immatriculation au RCS, un agrément de l'Ordre des médecins (conseil régional) est obligatoire. Le délai est généralement de 3 à 6 semaines. Toute immatriculation sans agrément est nulle de plein droit.
Secteurs tarifaires : secteur 1, secteur 2 OPTAM/OPTAM-CO et secteur 3
Le choix du secteur tarifaire conditionne directement les revenus et la prise en charge par l'Assurance Maladie. En ophtalmologie, la distinction est particulièrement importante car les actes techniques génèrent des dépassements significatifs en secteur 2.
- Secteur 1 (tarifs opposables) : l'ophtalmologue applique strictement les tarifs conventionnels. Consultation CS26 = 30 € (tarif 2026 incluant revalorisation récente). Pas de dépassement d'honoraires. En contrepartie, prise en charge maximale par la CPAM et les complémentaires santé. ASV (Avantage Supplémentaire Vieillesse) versé en totalité par la CPAM pour la cotisation retraite complémentaire.
- Secteur 2 OPTAM (Option Pratique Tarifaire Maîtrisée) : dépassements d'honoraires autorisés, pris en charge partiellement par les complémentaires du contrat responsable. Dépassements moyens en ophtalmologie : 30 à 80 % au-dessus du tarif conventionnel. L'OPTAM impose un taux de dépassement moyen plafonné et une proportion d'actes au tarif opposable. L'ASV est maintenu à 2/3 (fraction CPAM) contre 1/3 à la charge du praticien.
- Secteur 2 OPTAM-CO (pour chirurgiens et obstétriciens) : les ophtalmologues pratiquant la chirurgie réfractive ou la chirurgie de la cataracte peuvent être éligibles selon leur activité principale. Conditions spécifiques d'adhésion.
- Secteur 3 (hors convention) : honoraires entièrement libres. Aucune prise en charge des dépassements par les complémentaires responsables. L'ASV praticien est nul (0 € versé par la CPAM). Profil réservé aux ophtalmologues spécialisés sur des niches à forte valeur ajoutée (chirurgie réfractive laser haut de gamme, implants premium, cataracte complexe).
Cotisations CARMF 2026 : le détail par section
Les ophtalmologues libéraux relèvent de la CARMF (Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France). Les cotisations 2026 sont structurées en quatre sections, dont le montant dépend des revenus conventionnels N-2.
- Section A — Retraite de base (régime CNAVPL) : ~8,23 % jusqu'au plafond annuel de la Sécurité Sociale (1 PASS = 48 060 € en 2026), puis ~1,87 % sur la fraction comprise entre 1 et 5 PASS. Environ 4 800 à 5 200 €/an pour un revenu autour du PASS ; au-delà, seule la tranche à 1,87 % continue d'augmenter.
- Section B — Retraite complémentaire (ASV compris) : cotisations forfaitaires organisées en classes A à G selon les revenus N-2, allant de ~2 500 €/an (classe A, début d'activité) à ~17 500 €/an (classe G, revenus élevés). C'est la section la plus lourde : elle représente généralement la majeure partie des cotisations CARMF d'un ophtalmologue senior.
- Section C — Invalidité-décès : ~1 100 à 1 200 €/an (cotisation quasi forfaitaire, peu variable selon les revenus).
- ASV (Avantage Supplémentaire Vieillesse) : cotisation spécifique aux médecins conventionnés. En secteur 1 : fraction praticien 1/3 (~800 à 1 100 €/an), le reste étant pris en charge par la CPAM. En secteur 2 OPTAM : fraction praticien 1/3 également. En secteur 3 : 0 € de prise en charge CPAM — le praticien assume la totalité s'il cotise.
À titre indicatif, un ophtalmologue secteur 2 avec 150 000 € de BNC peut anticiper 25 000 à 35 000 €/an de cotisations CARMF totales (toutes sections confondues). L'effet classe de la Section B crée un phénomène de marche : les cotisations N+1 et N+2 augmentent fortement dès que les revenus N-2 progressent, ce qui impose une provision rigoureuse.
S'y ajoutent les cotisations URSSAF maladie PAMC (~6,5 % de la rémunération conventionnelle pour les secteurs 1 et 2) et les prélèvements CSG/CRDS (9,2 %) et allocations familiales.
Les cotisations Sections B et C sont déductibles en Madelin (art. 154 bis CGI) uniquement dans le cadre d'une déclaration contrôlée BNC réelle — elles ne sont pas déductibles en micro-BNC.
TVA et ophtalmologie : exonération médicale et actes esthétiques
Les actes d'ophtalmologie à visée thérapeutique et diagnostique sont exonérés de TVA en application de l'article 261-4-1° du CGI, qui exonère les soins médicaux dispensés par les membres des professions médicales. Sont exonérés : les consultations, les bilans visuels, les chirurgies de la cataracte remboursées par la CPAM, le traitement au laser des décollements de rétine, la prise en charge du glaucome, etc.
En revanche, certains actes peuvent être soumis à la TVA au taux de 20 % :
- Chirurgie réfractive esthétique (myopie, astigmatisme, hypermétropie sans indication médicale stricte) : la frontière entre acte thérapeutique et acte esthétique est ténue. Un rescrit fiscal est recommandé pour les ophtalmologues ayant une activité réfractive importante.
- Lentilles et lunettes vendues directement : si l'ophtalmologue vend des montures ou des lentilles au sein de son cabinet (activité commerciale distincte), cette fraction est soumise à TVA — taux réduit 5,5 % pour les verres correcteurs (art. 278-0 bis A CGI), 20 % pour les montures et lentilles décoratives.
- Implants premium non remboursables (implants toriques, multifocaux posés lors de chirurgies de confort) : traitement TVA à sécuriser par rescrit.
La franchise TVA de 37 500 € s'applique aux recettes imposables (et non à l'ensemble des honoraires exonérés). Pour la quasi-totalité des ophtalmologues, les recettes taxables (actes esthétiques, ventes optiques) sont bien en dessous de ce seuil, sauf cas particuliers.
Honoraires 2026 : les niveaux de revenus par profil
L'ophtalmologie est l'une des spécialités les mieux rémunérées de la médecine libérale, portée par une démographie médicale tendue (déserts ophtalmologiques) et des actes techniques à forte valeur ajoutée. Les fourchettes 2026 par profil :
- Ophtalmologue généraliste secteur 1 (consultations pures) : 80 000 à 130 000 € de BNC annuel. Rythme soutenu (20 à 25 consultations/jour), délégation orthoptistes pour réduire le temps médical.
- Ophtalmologue secteur 2 OPTAM (mixte consultation + actes) : 120 000 à 200 000 € de BNC. La combinaison dépassements + actes techniques (injections intravitréennes, laser) permet de dépasser largement le secteur 1 à activité équivalente.
- Spécialiste rétine/macula (IVT anti-VEGF) : 180 000 à 350 000 € de BNC. Les injections intravitréennes (cotées BFGA001 ~115 €) représentent une activité technique intensive et rentable, notamment dans les zones à forte prévalence DMLA.
- Chirurgien de la cataracte : 150 000 à 300 000 € de BNC selon le volume opératoire. Le KDEC005 (chirurgie de la cataracte par phacoémulsification) est côté à environ 298 € en secteur 1, avec des dépassements significatifs en secteur 2 pour les implants non standards.
- Centre de chirurgie réfractive : revenus très variables selon l'investissement en équipement laser (LASIK, LASEK, SMILE) et la patientèle. Honoraires libres, recettes souvent comprises entre 200 000 et 500 000 € bruts, avec des charges d'exploitation très lourdes.
Délégation de tâches aux orthoptistes : un levier économique majeur
Depuis les protocoles de coopération HAS validés et généralisés par la loi de financement de la Sécurité Sociale, les ophtalmologues peuvent déléguer de nombreux actes aux orthoptistes dans le cadre d'une organisation structurée :
- Réfraction subjective et objectivation de la correction optique par l'orthoptiste (protocole 2013 révisé), permettant à l'ophtalmologue de se concentrer sur les actes médicaux à forte valeur diagnostique ou chirurgicale.
- Prises de tension, mesure de l'acuité visuelle, retinographies, OCT préliminaires : actes délégués entièrement à l'orthoptiste salarié ou en cabinet secondaire.
- Impact économique : un ophtalmologue organisé avec 2 orthoptistes peut passer de 18-20 consultations/jour à 30-35 consultations/jour avec un niveau de qualité maintenu.
Le recrutement d'orthoptistes salariés (voir notre guide sur le premier salarié) génère des charges patronales (~42-45 % du brut) mais ouvre droit à la réduction Fillon sur les bas salaires, et potentiellement au statut JEI si une activité de R&D est associée.
SELARL vs SELASU : le choix déterminant
La différence fondamentale entre une SELARL (gérant TNS) et une SELASU (président assimilé salarié) réside dans le traitement des dividendes et la règle des 10 % du capital.
En SELARL, les dividendes versés au gérant sont soumis aux cotisations sociales TNS (~45 %) sur la fraction dépassant 10 % du capital social + comptes courants d'associés + primes d'émission (art. L131-6 § 4 CSS). Avec un capital de 1 € — comme beaucoup de SEL créées sans réflexion — la quasi-totalité des dividendes supporte une taxation à ~45 %, neutralisant totalement l'avantage fiscal de l'IS. Pour qu'un ophtalmologue en SELARL protège réellement ses dividendes, son capital doit être au minimum de 50 000 à 100 000 €, selon le niveau de distribution souhaité.
En SELASU, le président est un assimilé salarié. Les dividendes sont soumis à la flat tax de 31,4 % (18,6 % PS + 12,8 % IR) quel que soit le montant distribué, sans aucune règle des 10 % du capital. C'est le régime le plus favorable pour un ophtalmologue solo dégageant des bénéfices significatifs, car il combine :
- IS 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà ;
- PFU 31,4 % sur les dividendes distribués ;
- Accès aux avantages du statut assimilé salarié (CPAM, AGIRC-ARRCO, IJ CPAM).
La SELASU est également éligible à la DUE (Décision Unilatérale de l'Employeur) permettant au président d'activer ticket restaurant, FMD (600 €/an), PPV (3 000 €/an exonérés) et mutuelle d'entreprise. Voir notre guide sur la DUE SASU 2026.
Frais déductibles spécifiques à l'ophtalmologie
Les ophtalmologues bénéficient de nombreux postes de déduction spécifiques à leur activité, sous réserve d'exercer en régime réel (déclaration 2035 BNC ou SELASU/SELARL IS) :
- Réfracteur automatique (Nidek, Topcon, Zeiss) : 8 000 à 20 000 €, amortissement sur 5 à 7 ans.
- Biomicroscope à lampe à fente : 3 000 à 12 000 €, amortissement 7-10 ans.
- OCT (Tomographie par Cohérence Optique) : 25 000 à 80 000 € selon le modèle (Spectralis, Cirrus, Optovue). Amortissement 7-10 ans. Poste d'investissement majeur.
- Rétinographe non mydriatique : 10 000 à 30 000 €, amortissement 7-10 ans.
- Laser YAG (capsulotomie, iridotomie) : 20 000 à 50 000 €, amortissement 5-7 ans.
- Laser photocoagulation (argon/diode) : 30 000 à 80 000 €, amortissement 5-7 ans.
- Tonomètre à air / pachymètre : 3 000 à 8 000 €, amortissement 5-7 ans.
- Logiciels de gestion de cabinet (Doctolib ~2 400 €/an, logiciel médical ophtalmologique Mediboard, Ophtasoft, Softway Medical) : déductibles en charge directe (compte 6516).
- RC Pro médicale : 2 000 à 8 000 €/an selon spécialité (chirurgie réfractive = primes élevées) et compagnie (MACSF, MIC, Allianz).
- Cotisation Ordre (CNOM) : ~450 à 600 €/an.
- IK déplacements (visites domicile, déplacements inter-cabinets) : barème kilométrique 2026 (0,529 €/km 5CV) majoré de 20 % pour véhicule électrique. Registre kilométrique daté obligatoire.
- DPC (Développement Professionnel Continu) : formations financées par le FIFPL (professions libérales BNC) ou le FIF-PL. Les frais de formation non financés sont déductibles en charge (compte 6228) et ouvrent droit au CIFD (~974 €/an en SELASU).
- Cotisations CARMF Sections B et C : déductibles en Madelin uniquement en régime réel BNC (art. 154 bis CGI). Plafond Madelin : 10 % du bénéfice + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS.
Seuil micro-BNC : rarement pertinent en ophtalmologie
Le micro-BNC (abattement forfaitaire de 34 %) n'est accessible qu'en dessous de 83 600 € de recettes. Or, la plupart des ophtalmologues dépassent rapidement ce seuil dès leur installation. Même pour ceux qui y sont éligibles, l'abattement de 34 % couvre rarement leurs charges réelles : le plateau technique (OCT, laser, réfracteur) génère des amortissements et des frais de maintenance qui, combinés au loyer, aux cotisations CARMF Madelin et à la RC Pro, dépassent fréquemment 34 % du CA.
Règle pratique : dès que les frais réels dépassent 28 400 € sur 83 600 € de recettes (soit 34 % du CA), la déclaration contrôlée 2035 est plus avantageuse que le micro-BNC.
Stratégie ARE + SELASU sans salaire : le cas chiffré
La combinaison ARE (Aide au Retour à l'Emploi) et SELASU sans rémunération est l'une des stratégies les plus efficaces pour un ophtalmologue quittant un poste de praticien hospitalier ou une clinique salariée pour s'installer en libéral.
Cas chiffré — Dr. Sophie, ophtalmologue 38 ans : praticien hospitalier non titulaire avec un salaire brut de 65 000 €/an, elle négocie une rupture conventionnelle. Elle crée une SELASU avant sa démission, avec un capital de 50 000 € (pour protéger les futurs dividendes). Elle ne se verse aucun salaire pendant 18 mois, et distribue uniquement des dividendes.
- ARE estimée : ~53 000 € nets sur 18 mois (basée sur un SJR calculé sur le salaire hospitalier).
- CA SELASU : 180 000 € sur 18 mois (soit ~120 000 €/an). Après IS 15 % sur 42 500 € + 25 % sur le solde, et charges d'exploitation, bénéfice distribuable estimé à ~80 000 €.
- Dividendes nets : ~80 000 € × (1 − 31,4 %) ≈ ~54 880 € nets.
- Total sur 18 mois : ~107 880 € nets (ARE + dividendes), contre ~75 000 € nets en BNC réel seul. Différentiel : +32 880 €.
Les dividendes SELASU ne sont pas écrêtés par France Travail — contrairement à un salaire. C'est l'avantage décisif de la stratégie « SELASU sans salaire ». Pour approfondir le mécanisme d'écrêtement : cumul ARE et dividendes SASU 2026.
À noter : le différé d'indemnisation ARE (délai d'attente 7 jours + différé congés payés + différé spécifique) peut représenter 30 à 150 jours avant le premier versement, selon l'indemnité de rupture conventionnelle négociée. Plus l'indemnité supra-légale est importante, plus le différé est long.
ZRR / France Ruralités et zones sous-dotées
Compte tenu des déserts ophtalmologiques, de nombreuses communes éligibles offrent des avantages fiscaux et conventionnels aux ophtalmologues qui s'y installent :
- ZRR / France Ruralités Revitalisation (FRR) : exonération d'IR à 100 % pendant 5 ans, puis dégressive sur 3 ans, pour les cabinets créés dans une commune de moins de 25 000 habitants classée en zone FRR (art. 44 quindecies A du CGI). Un ophtalmologue en secteur 2 avec 150 000 € de BNC peut économiser 30 000 à 50 000 € d'IR sur la période.
- ZIP (Zones d'Intervention Prioritaire) et ZSD (Zones Sous-Dotées) : aides CPAM non imposables (aide à l'installation, aide à l'équipement), cumulables avec la FRR. Les aides CPAM sont déductibles des cotisations sociales mais pas de l'IR.
Les 6 pièges à éviter en ophtalmologie libérale
- 1. Créer une SASU classique, non une SELASU. L'erreur la plus lourde de conséquences : la SASU est interdite pour les médecins par la loi 90-1258. Tous les actes médicaux facturés par une SASU classique sont nuls et non avenus, et la radiation de l'Ordre des médecins peut être prononcée. Toujours vérifier « SELASU » et non « SASU » dans les statuts et les mentions Kbis.
- 2. Capitaliser la SELARL à 1 €. Avec un capital symbolique, la quasi-totalité des dividendes supporte les cotisations TNS (~45 %). Un capital minimum de 50 000 € est recommandé pour un ophtalmologue distribuant 30 000 à 50 000 € de dividendes annuels, afin de protéger 5 000 à 10 000 € de dividendes exonérés de cotisations.
- 3. Oublier l'agrément Ordre des médecins avant immatriculation RCS. L'agrément du conseil régional de l'Ordre prend 3 à 6 semaines. Commencer les démarches RCS avant d'obtenir l'agrément expose à la nullité de la société.
- 4. Confondre actes thérapeutiques (exonérés TVA) et actes esthétiques (20 % TVA). Un ophtalmologue pratiquant la chirurgie réfractive doit distinguer les actes à visée thérapeutique (kératocône, amblyopie empêchant l'exercice professionnel) des interventions de confort pur. En cas de doute, un rescrit fiscal auprès du SIE est indispensable avant le franchissement de la franchise TVA.
- 5. Sous-estimer le choc des cotisations CARMF Section B en N+2. Lors de la première installation, les cotisations sont calculées sur les classes minimales (classe A, environ 2 500 €/an Section B). Dès la 2e ou 3e année, elles sont recalculées sur les revenus N-2, ce qui peut représenter un rattrapage de 10 000 à 20 000 €/an. Provisionner 35 à 40 % des recettes dès la première année pour absorber ce choc.
- 6. Ne pas déclarer l'ASV en neutralisant la cotisation praticien. L'ASV (Avantage Supplémentaire Vieillesse) est versé par la CPAM directement à la CARMF pour la fraction praticien (1/3). Ce versement CPAM ne doit PAS être comptabilisé comme une recette sans neutraliser la cotisation praticien correspondante — sous peine de double comptage et de redressement fiscal.
Retraite CARMF et PER : construire un complément patrimonial
La retraite CARMF, même en secteur 2, offre un taux de remplacement relativement limité compte tenu des revenus élevés de la spécialité. Un ophtalmologue avec 150 000 € de BNC peut espérer une pension CARMF de 4 000 à 6 000 €/mois bruts, selon ses classes de cotisation et sa durée de carrière.
Pour compléter, deux leviers sont particulièrement efficaces :
- PER individuel (Plan d'Épargne Retraite) : déductible du BNC jusqu'à 10 % du bénéfice + 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS, soit un plafond de déduction pouvant dépasser 70 000 €/an pour un ophtalmologue très rémunéré. À un TMI de 41 %, chaque euro versé sur le PER génère 0,41 € d'économie fiscale immédiate.
- LMNP (Location Meublée Non Professionnelle) : capitaliser sur la trésorerie de la SELASU pour acquérir de l'immobilier meublé — voir notre guide sur LMNP et freelance 2026.
Synthèse : quel statut choisir en 2026 ?
Pour un ophtalmologue libéral en 2026, le choix du statut optimal dépend principalement du niveau de CA et de la stratégie de rémunération :
- Démarrage (CA < 80 000 €) : EI BNC déclaration contrôlée 2035, cotisations CARMF en Madelin, PER. Simplicité administrative maximale.
- CA 80 000 € à 150 000 € : SELASU IS avec capital 50 000 € minimum. IS 15 % sur les premiers bénéfices, flat tax 31,4 % sur dividendes, DUE pour avantages sociaux. Si ARE disponible : stratégie sans salaire pendant 12-18 mois.
- CA > 150 000 € : SELASU IS avec réflexion sur la mise en place d'une SPFPL (holding de profession libérale), régime mère-fille 95 %, Pacte Dutreil libéral pour transmission patrimoniale.
Dans tous les cas, l'accompagnement par un expert-comptable spécialisé en profession libérale médicale est fortement recommandé — le coût (1 500 à 4 000 €/an) est rapidement compensé par les optimisations réalisées sur les cotisations CARMF, le PER et la structuration de la rémunération.
Pour aller plus loin : notre guide du médecin libéral généraliste et spécialiste 2026, celui du médecin remplaçant libéral 2026 si vous débutez par des remplacements, et notre comparatif SASU vs EURL.