Pacte Papin 2027 : céder ou reprendre une TPE/PME — abattement retraite 1 M€, droits 0,1 %, suramortissement 60 %

Après le pacte Dutreil pour les transmissions familiales, le PLF 2027 propose le pacte Papin pour les cessions à titre onéreux de TPE et PME, en particulier aux salariés : abattement de 1 M€ pour le dirigeant qui part à la retraite, droits d'enregistrement ramenés à 0,1 %, suramortissement de 60 % ou 30 % pour le repreneur. Conditions, calendrier 2027-2029, cas chiffrés et limites pour un indépendant.

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Mesure issue du PLF 2027 (art. 10), non votée au 16 octobre 2026. Mise à jour au fil des débats.

Chaque année, des dizaines de milliers de TPE ferment faute de repreneur au départ en retraite de leur dirigeant. Le Gouvernement propose dans le budget 2027 un dispositif baptisé pacte Papin(du nom de Denis Papin, inventeur de la machine à vapeur) pour rendre la reprise par les salariés plus attractive : moins d'impôt pour le cédant, moins de droits et plus de déductions pour le repreneur. Il s'appliquerait aux cessions réalisées du 1er janvier 2027 au 31 décembre 2029.

Pour un freelance ou un dirigeant de petite société, l'enjeu est double : côté cédant, si vous avez un ou deux salariés capables de reprendre ; côté repreneur, si vous envisagez de racheter une structure existante plutôt que de partir de zéro.

1. Les trois volets du pacte Papin

VoletRègle 2026Pacte Papin (cessions 2027-2029)Pour qui
Abattement fixe départ à la retraite (art. 150-0 D ter)500 000 € sur la plus-value imposable à l'IR1 000 000 €Cédant, uniquement si reprise par des salariés (ou une société 100 % de salariés)
Droits d'enregistrement sur fonds de commerce ou clientèle0 % jusqu'à 23 000 €, 3 % de 23 000 à 200 000 €, 5 % au-delà (art. 719)0,1 % au-delà de 23 000 €, sans taxes additionnellesRepreneur salarié (5 ans d'ancienneté sur 10, engagement 5 ans)
Droits d'enregistrement sur parts sociales (EURL, SARL)3 % après abattement de 23 000 € au prorata (art. 726)0,1 %, aligné sur les actionsRepreneur salarié, mêmes conditions
Suramortissement des investissements après reprise (nouvel art. 39 decies J)—60 % de tous les biens amortissables (micro-entreprise) ou 30 % d'une liste de biens de modernisation (PME), biens neufs acquis après la cession, déduction étalée sur la durée d'amortissementEntreprise reprise, au régime réel, avec au moins 5 ans d'activité

Conditions communes au suramortissement : la cession porte sur la totalité des titres, sur plus de 50 % des droits de vote, ou sur l'ensemble du patrimoine professionnel d'une entreprise individuelle ; le cédant cesse toute fonction ; l'activité est poursuivie pendant cinq ans. Le texte déposé ne précise pas clairement si le suramortissement est réservé aux reprises par des salariés ou ouvert à tout repreneur : c'est le point le plus important à surveiller dans les débats.

2. Cas chiffré n° 1 : un artisan cède sa SARL à son salarié

Hypothèses : plombier-chauffagiste de 62 ans, SARL créée il y a 20 ans, cédée 900 000 € à son chef d'équipe (8 ans d'ancienneté) qui crée une holding de reprise. Capital d'origine 20 000 €, plus-value 880 000 €. Départ à la retraite dans les deux ans.

CédantCession à un tiers (règle 2026 ou 2027)Cession au salarié, pacte Papin
Plus-value880 000 €880 000 €
Abattement fixe retraite− 500 000 €− 880 000 € (plafond 1 M€)
IR 12,8 % (PFU)48 640 €0 €
Prélèvements sociaux 18,6 % (sur la plus-value totale, l'abattement ne joue pas)163 680 €163 680 €
CEHR≈ 22 000 €≈ 22 000 €
Net cédant≈ 665 700 €≈ 714 300 €

Le gain pour le cédant est de 48 640 €, soit 12,8 % de la fraction de plus-value comprise entre 500 000 € et 1 M€. L'abattement ne touche ni les prélèvements sociaux ni la CEHR, qui restent la plus grosse part de la facture. Pour les conditions de l'abattement (détention 25 %, fonction de direction, PME), voir cession des parts de SASU ou d'EURL.

Repreneur salariéRègle 2026Pacte Papin
Droits d'enregistrement sur 900 000 € de parts de SARL3 % × (900 000 − 23 000) = 26 310 €0,1 % × 900 000 = 900 €
Suramortissement sur 150 000 € de matériel neuf acheté la première année (PME, biens éligibles)—Déduction supplémentaire de 45 000 € étalée sur la durée d'amortissement, soit ≈ 11 000 € d'IS économisés (taux 25 %)
Gain repreneur—≈ 36 000 €

3. Cas chiffré n° 2 : un freelance rachète un petit cabinet

Hypothèses : un consultant en SASU rachète 120 000 € le fonds (clientèle, matériel) d'un cabinet de deux personnes dont le fondateur part à la retraite, et investit 40 000 € en matériel et logiciels la première année. Il n'est pas salarié du cabinet.

  • Droits d'enregistrement: règle de droit commun, car il n'est pas salarié repreneur : 3 % × (120 000 − 23 000) = 2 910 €. Le taux de 0,1 % ne lui est pas ouvert.
  • Abattement du cédant: 500 000 €, pas 1 M€ (reprise par un tiers) ; pour un cabinet de cette taille, l'abattement de droit commun couvre de toute façon la plus-value. Le cédant peut aussi relever de l'exonération art. 238 quindecies (cession de fonds jusqu'à 500 000 €).
  • Suramortissement: si le texte l'ouvre à tout repreneur d'une micro-entreprise, 60 % × 40 000 € = 24 000 € de déduction supplémentaire étalée, soit 6 000 € d'IS économisés au taux de 25 % (3 600 € au taux réduit de 15 %). Si le texte le réserve aux salariés : rien.

Conclusion : pour un freelance repreneur extérieur, le pacte Papin pèse au mieux quelques milliers d'euros. L'essentiel de la négociation reste le prix et le financement (voir financer sa création ou sa reprise).

4. Pacte Dutreil ou pacte Papin ?

Pacte Dutreil (en vigueur)Pacte Papin (projet)
OpérationDonation ou succession (gratuit)Vente (onéreux)
Bénéficiaire typiqueEnfants, familleSalariés
Avantage principalBase des droits de donation réduite de 75 %Abattement IR 1 M€ pour le cédant, droits 0,1 % et suramortissement pour le repreneur
EngagementsConservation collective 2 ans + individuelle 4 ans, direction 3 ansConservation et direction 5 ans par le salarié repreneur ; poursuite de l'activité 5 ans
CumulPossible en théorie sur des opérations distinctes (donation d'une partie à la famille, vente du reste aux salariés), à faire chiffrer

Le détail du Dutreil est dans pacte Dutreil et freelance.

5. Points de vigilance

  • Calendrier: cessions à compter du 1er janvier 2027. Une vente à un salarié prévue fin 2026 gagne à être décalée de quelques semaines, si le texte est adopté en l'état. Une promesse de vente signée en 2026 avec réalisation en 2027 devrait fonctionner, le fait générateur étant le transfert de propriété ; à sécuriser avec le notaire ou l'avocat.
  • Définition du salarié : cinq ans de contrat de travail dans les dix ans précédant la cession. Un apprenti ou un intérimaire de longue date ne remplit pas forcément la condition.
  • Holding de reprise: la société repreneuse doit être détenue à 100 % par des salariés. L'entrée d'un investisseur extérieur au capital de la holding fait perdre l'abattement de 1 M€ et les droits de 0,1 %.
  • Cumul abattement fixe / abattements pour durée de détention: toujours interdit ; l'abattement fixe vaut au PFU comme au barème.
  • Texte non voté : le périmètre du suramortissement et la définition des micro-entreprises et PME peuvent évoluer. Ne construisez pas un plan de cession sur une hypothèse non confirmée.

En résumé

  • Pacte Papin (PLF 2027, art. 10) : pour les cessions de TPE/PME du 1er janvier 2027 au 31 décembre 2029, abattement retraite porté à 1 M€ si reprise par des salariés, droits d'enregistrement à 0,1 % pour le salarié repreneur, suramortissement de 60 % (micro) ou 30 % (PME) sur les investissements après reprise.
  • Gain cédant : 12,8 % de la plus-value entre 500 000 € et 1 M€, soit jusqu'à 64 000 € ; les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus.
  • Gain repreneur salarié : 2,9 % de droits en moins sur un fonds, 2,9 points sur des parts de SARL, plus l'IS économisé sur le suramortissement.
  • Freelance seul ou repreneur extérieur : effet marginal, limité au suramortissement si le texte l'ouvre à tous.

Les autres mesures du budget 2027 sont dans notre synthèse PLF 2027 : ce qui change pour les freelances.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que le pacte Papin ?
C'est le nom donné par le Gouvernement à l'article 10 du PLF 2027, un ensemble de mesures pour faciliter la reprise des TPE et PME, en particulier par leurs salariés, pour les cessions réalisées entre le 1er janvier 2027 et le 31 décembre 2029. Il complète le pacte Dutreil, qui vise les transmissions à titre gratuit (donation, succession), là où le pacte Papin vise les cessions à titre onéreux.
L'abattement de 1 M€ s'applique-t-il à toute cession par un dirigeant qui part à la retraite ?
Non. Dans la version déposée, le doublement de l'abattement fixe de l'art. 150-0 D ter (de 500 000 € à 1 000 000 €) est réservé aux cessions à un ou plusieurs salariés de l'entreprise, ou à une société dont tous les associés sont des salariés. Pour une cession à un tiers, l'abattement reste à 500 000 €, et ses conditions habituelles (PME, fonction de direction, détention de 25 % pendant 5 ans, retraite dans les 2 ans) s'appliquent dans les deux cas.
Qu'est-ce qu'un salarié repreneur au sens du texte ?
Un salarié justifiant d'au moins cinq ans de contrat de travail dans l'entreprise au cours des dix années précédant la cession, qui s'engage à conserver les titres ou le fonds pendant cinq ans et à exercer une fonction de direction (ou à exploiter l'entreprise) pendant cette période. Le non-respect de l'engagement remet en cause l'avantage, sauf liquidation judiciaire pour les droits d'enregistrement.
Un freelance seul, sans salarié, est-il concerné ?
Pratiquement pas. Sans salarié, il n'y a pas de repreneur éligible aux droits de 0,1 % ni à l'abattement de 1 M€. Le suramortissement de 60 % pour les micro-entreprises reprises pourrait en revanche bénéficier à un freelance qui rachète une petite structure (par exemple un cabinet ou un atelier) et y investit, si le texte ne le réserve pas aux seules reprises par des salariés, point à confirmer.
Le pacte Papin est-il déjà applicable ?
Non. Il figure dans le projet de loi de finances déposé le 1er octobre 2026 et doit être voté, puis publié. Les cessions concernées ne commenceraient qu'au 1er janvier 2027. Une cession signée fin 2026 n'en bénéficierait pas.

Sources officielles

Les informations de cet article sont fournies à titre indicatif et général. Elles ne constituent pas un conseil fiscal, social ou juridique personnalisé et peuvent évoluer avec la législation. Avant toute décision, vérifiez les règles applicables à votre situation auprès des organismes officiels (URSSAF, impots.gouv.fr) ou d'un expert-comptable.

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