Indemnité de fin de mandat et rupture conventionnelle : exonération ramenée à 1 PASS en 2027 (PLF/PLFSS 2027)

Le budget 2027 remplace les plafonds d'exonération des indemnités de rupture (jusqu'à 6 PASS pour un salarié, 3 PASS pour un mandataire social) par un plafond unique de 1 PASS, soit 48 060 €, pour l'impôt sur le revenu comme pour les cotisations et la CSG. Ce que ça change pour un président de SASU révoqué, pour un salarié qui négocie son départ vers le freelance, et ce qu'il est raisonnable de faire avant le 31 décembre 2026.

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Mesures issues du PLF 2027 (art. 2) et du PLFSS 2027 (art. 6), non votées au 16 octobre 2026. Mise à jour au fil des débats.

Les indemnités de rupture sont, pour un futur freelance, le capital de départ : la rupture conventionnelle qui finance les premiers mois, ou l'indemnité de révocation d'un mandat social quand un dirigeant est écarté par ses associés. Leur régime fiscal et social est aujourd'hui généreux, avec des plafonds d'exonération qui montent à plusieurs centaines de milliers d'euros. Le budget 2027 propose de tout ramener à un plafond unique de 1 PASS, soit 48 060 €, pour l'impôt sur le revenu, les cotisations sociales et la CSG. Voici ce que ça change, chiffres à l'appui.

1. Le régime actuel, en deux tableaux

Impôt sur le revenu (art. 80 duodecies CGI)

Type de ruptureFraction exonérée d'IR (règle 2026)Plafond
Licenciement (hors PSE), rupture conventionnelleLe plus élevé de : indemnité légale ou conventionnelle ; 50 % de l'indemnité ; 2 × la rémunération brute de l'année précédente6 PASS = 288 360 € (sauf indemnité légale/conventionnelle, exonérée sans plafond)
Cessation forcée de mandat social (révocation)Le plus élevé de : 50 % de l'indemnité ; 2 × la rémunération brute de l'année précédente3 PASS = 144 180 €
Démission, fin de mandat volontaire, indemnité que l'associé unique se verseAucune exonération : imposable comme un salaire—
Licenciement dans le cadre d'un PSEExonération totale—

Cotisations sociales et CSG-CRDS (art. L. 242-1 CSS)

PrélèvementRègle 2026
Cotisations socialesExonérées dans la limite de la fraction exonérée d'IR, plafonnée à 2 PASS (96 120 €) ; assujettissement intégral dès le premier euro au-delà de 10 PASS (salarié) ou 5 PASS (mandataire social)
CSG-CRDSExonérées dans la limite la plus faible entre la fraction exonérée de cotisations et l'indemnité légale ou conventionnelle
Contribution patronale sur rupture conventionnelle30 % sur la fraction exonérée de cotisations (déjà en vigueur)

2. Ce que prévoit le budget 2027

  • PLF 2027, art. 2 : plafond unique d'exonération d'IR égal à 1 PASS(48 060 € en 2026, montant 2027 à paraître en décembre), pour toutes les indemnités de rupture du contrat de travail ou du mandat social. La fraction au-delà est imposable au barème, avec le système du quotient (art. 163-0 A CGI) pour atténuer la progressivité. L'exonération totale des indemnités versées dans le cadre d'un PSE n'est pas remise en cause dans la version déposée.
  • PLFSS 2027, art. 6 : exonération de cotisations et de CSG-CRDS limitée à 1 PASS ; assujettissement intégral dès le premier euro au-delà de 5 PASS pour les mandataires sociaux et 10 PASS pour les salariés (seuils inchangés).
  • Entrée en vigueur : ruptures à compter du 1er janvier 2027. Pour un contrat de travail, la date qui compte est celle de la rupture (fin du préavis ou date fixée dans la convention homologuée) ; pour un mandat, la date de la décision de révocation. Un versement différé en 2027 d'une indemnité due au titre d'une rupture 2026 resterait, en principe, sous le régime 2026.

3. Cas chiffré n° 1 : président de SASU révoqué, indemnité de 120 000 €

Hypothèses : rémunération brute 2025 de 60 000 €, révocation par l'assemblée après l'entrée d'un investisseur, indemnité conventionnelle de 120 000 €, foyer dans la tranche à 41 %.

Rupture en 2026Rupture en 2027 (projet)
Fraction exonérée d'IRmax(60 000 ; 120 000) = 120 000 €, sous 3 PASS → 120 000 €48 060 €
Fraction imposable0 €71 940 €
IR supplémentaire (41 %, avec quotient)0 €≈ 28 000 €
Cotisations salariales + patronales (≈ 65 % en assimilé salarié) sur la fraction assujettieExonération jusqu'à 2 PASS : assujettie 23 880 € → ≈ 15 500 €Exonération jusqu'à 1 PASS : assujettie 71 940 € → ≈ 46 800 €
CSG-CRDS 9,7 % sur la fraction non exonérée≈ 2 300 €≈ 7 000 €
Coût global supplémentaire (société + dirigeant)—≈ 64 000 €

Les montants de cotisations sont des ordres de grandeur (le taux global dépend de la tranche de rémunération et de la convention collective). L'essentiel est là : sur une indemnité de révocation de 120 000 €, la réforme coûterait plus de la moitié de l'indemnité en prélèvements cumulés. Dans la pratique, les pactes d'associés et les conventions de mandat seront renégociés pour intégrer ce surcoût. Les mécanismes de protection (clause d'indemnité, GSC, préavis) sont détaillés dans indemnité de fin de mandat du président de SASU.

4. Cas chiffré n° 2 : rupture conventionnelle de 80 000 € avant de passer freelance

Hypothèses : cadre à 55 000 € brut par an, 12 ans d'ancienneté, indemnité légale d'environ 17 900 €, indemnité négociée de 80 000 €, tranche à 30 %.

Rupture en 2026Rupture en 2027 (projet)
Fraction exonérée d'IRmax(17 900 ; 40 000 ; 110 000) = 110 000 € → 80 000 € (totalité)48 060 €
Fraction imposable0 €31 940 €
IR supplémentaire (30 %)0 €≈ 9 600 €
CotisationsExonérées (sous 2 PASS)Assujetties sur 31 940 € : ≈ 7 000 € salarié + ≈ 13 000 € employeur
Net perçu par le salarié (hors CSG sur la fraction non légale)≈ 74 000 €≈ 57 000 €

Le salarié perdrait environ 17 000 € nets, et l'employeur paierait 13 000 € de plus : une rupture conventionnelle à 80 000 € en 2027 coûterait à l'entreprise ce que coûte une rupture à 95 000 € aujourd'hui. Les employeurs ajusteront les montants à la baisse. Si vous préparez votre départ pour créer une société, lisez rupture conventionnelle et freelance et quitter son CDI pour devenir freelance.

Point souvent oublié : l'indemnité, exonérée ou non, entre dans le calcul du différé d'indemnisation ARE (différé spécifique plafonné à 150 jours). La réforme ne change rien de ce côté.

5. Faut-il anticiper avant le 31 décembre 2026 ?

  • Rupture conventionnelle déjà en négociation: si l'indemnité dépasse 48 060 €, boucler la convention et la date de rupture en 2026 est cohérent. Attention au calendrier : 15 jours de rétractation après signature, puis 15 jours ouvrables d'instruction par la DREETS ; la date de rupture ne peut pas précéder le lendemain de l'homologation. Pour une rupture au 31 décembre, la convention doit être signée au plus tard fin novembre.
  • Révocation de mandat en discussion: même logique, mais une révocation artificielle suivie d'une renomination serait requalifiée. La révocation doit correspondre à une décision réelle des associés.
  • Associé unique de SASU: rien à anticiper. Votre indemnité de fin de mandat n'est déjà pas exonérée ; la réforme ne vous concerne pas. Les leviers de sortie restent le salaire, les dividendes et, le cas échéant, la liquidation amiable.
  • Ne pas surjouer : le texte peut être amendé (plafond relevé, mandataires exclus, entrée en vigueur décalée). Une décision irréversible prise uniquement pour un projet de loi est un pari.

En résumé

  • PLF 2027 + PLFSS 2027 : exonération d'IR, de cotisations et de CSG des indemnités de rupture plafonnée à 1 PASS (48 060 €), contre 6 PASS (salariés) et 3 PASS (mandataires) aujourd'hui, pour les ruptures à compter du 1er janvier 2027.
  • Sur une révocation de président à 120 000 €, le surcoût global approche 64 000 € ; sur une rupture conventionnelle à 80 000 €, le salarié perd environ 17 000 € nets.
  • L'associé unique de SASU n'est pas concerné : son indemnité de fin de mandat n'a jamais été exonérée.
  • Une rupture prévue et dont l'indemnité dépasse 48 060 € gagne à être datée en 2026, dans le respect des délais légaux ; tout le reste attend le vote définitif.

Les autres mesures du budget 2027 sont dans notre synthèse PLF 2027 : ce qui change pour les freelances.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce qui change exactement pour les indemnités de rupture en 2027 ?
Le PLF 2027 (art. 2) remplace les plafonds actuels d'exonération d'impôt sur le revenu (jusqu'à 6 PASS pour un licenciement ou une rupture conventionnelle, 3 PASS pour une cessation forcée de mandat social) par un plafond unique de 1 PASS, soit 48 060 € en 2026. Le PLFSS 2027 (art. 6) aligne l'exonération de cotisations et de CSG-CRDS sur ce même plafond. Les deux mesures viseraient les ruptures intervenant à compter du 1er janvier 2027. Elles ne sont pas encore votées.
Mon indemnité de fin de mandat de président de SASU est-elle exonérée aujourd'hui ?
Seulement en cas de cessation forcée du mandat (révocation), et dans la limite la plus élevée entre 50 % de l'indemnité et deux fois la rémunération annuelle brute de l'année précédente, le tout plafonné à 3 PASS (144 180 € en 2026). Une démission ou une indemnité que l'associé unique se verse à lui-même ne bénéficie d'aucune exonération : elle est imposable comme un salaire et soumise à cotisations.
Je négocie une rupture conventionnelle pour créer ma société : dois-je la signer avant le 31 décembre 2026 ?
Si l'indemnité négociée dépasse 48 060 €, la fraction au-delà deviendrait imposable à partir de 2027, alors qu'elle est aujourd'hui exonérée dans la limite de 50 % de l'indemnité ou de deux ans de salaire (plafond 6 PASS). Sur une indemnité de 80 000 € dans la tranche à 30 %, l'écart est d'environ 9 600 € d'impôt. Si la rupture est de toute façon prévue, la signer en 2026 est cohérent ; mais la date de rupture doit être réelle, et la mesure peut encore évoluer au Parlement.
L'indemnité de rupture conventionnelle est-elle aussi soumise à cotisations à partir de 1 PASS ?
C'est ce que prévoit le PLFSS 2027 : exonération de cotisations et de CSG-CRDS limitée à 1 PASS. Aujourd'hui, l'exonération de cotisations va jusqu'à 2 PASS (96 120 €) et les indemnités de rupture conventionnelle supportent déjà la contribution patronale spécifique de 30 %. Pour l'employeur, le coût d'une indemnité élevée augmenterait donc nettement, ce qui pèsera dans les négociations.
La mesure a-t-elle une chance d'être votée ?
Le Gouvernement la présente comme visant les 5 % de salariés les mieux rémunérés, ce qui la rend politiquement défendable. Contrairement aux mesures sur les indemnités journalières et l'abattement des retraités, elle n'a pas été supprimée en commission des finances. Rien n'est acquis avant la promulgation, attendue fin décembre 2026.

Sources officielles

Les informations de cet article sont fournies à titre indicatif et général. Elles ne constituent pas un conseil fiscal, social ou juridique personnalisé et peuvent évoluer avec la législation. Avant toute décision, vérifiez les règles applicables à votre situation auprès des organismes officiels (URSSAF, impots.gouv.fr) ou d'un expert-comptable.

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